‹ Correspondance entre Goethe et Schiller. Volume 1Chapitre 14 sur 17 · GIETIIE A PC III ME II · texte numérisé non relu

GIETIIE A PC III ME II

Weimar, le «I fêvriir «798.

La lettre deHuinboldt est une nouvelle preuve de ce qui nous arrive quand on est trop longtemps privé de certains entretiens. Il faut que ce digne ami élude tout entretien théorique avec les Français, s'il ne veut pas iHrc réduit à se mettre sans cesse en colère car, en France, on ne comprend pas qu'il puisse y avoir quel-que chose dans l'homme qui ne lui ait pas été inculqué par des objets extérieurs. C'est ainsi queMounier1 m'a assure dernièrement que l'idéal était une certaine chose composée de plusieurs belles parties jointes ensemble. Kt lorsque je lui ai demandé d'où venaient l'idée de ces belles parties, comment l'homme était arrivé à exiger dans toute œuvre une harmonieuse unité, et si l'expres-sion joindre ensemble n'était pas trop vulgaire pour désigner l'opération du génie quand il se sert des élé-ments de l'expérience, sa langue philosophique lui four-nissait une seule réponse à toutes ces questions il y a longtemps, disait-il, qu'on attribue au génie une sorte de création.

11 s'apit ici (faHounirr, li- «iShMire inciuhr** de l'Asscmblde con-sliUiautP, l'un it<'s ihifs du parti constitutionnel, finisse do France par les ('•viiirim.'tiiï, et qui avait trouvé ft Woimar l'accueil 1« plus t'tOjtt'

COKUKSPONOilîiCE Et c'est ainsi qu'ils partent tous. Ils patient toujours d'une conception déterminée de !» raison, et lorsqu'on veut transporter la question dans des régions plus éle-vées, ils vous montrent que là encore il» ont un mot à vous jeter au visage, sans s'inquiéter de savoir si ce mot contredit ou non leurs assertions premières. Vous avez 4ans doute appris, par madame votre belle-aœiir, que Mounicr a déjà miné la gloire de Kant, et qu'il espère talaire sauter au premier jour. Ce Fian-çais si moral trouve très-mauvais que Kant déclare te mensonge immoral, dans quelque circonstance que ce soit. Bœttiger vient d'envoyer à Paris un traite contre cette proposition. Nous le verrous incessamment dans la Décade philosophique, où, à la grande consolation de plus d'une noble nature, on nous prouvera clairement qu'il faut mentir de temps à autre.

Je suis entré en relation avec le comte et la comtesse Foitquet, à l'occasion de mes travaux d'histoire natu-relle. Ce sont des personnes très-aimables, très-polies, fort obligeantes et qui semblent pleines de sympathie pour moi mais l'on s'ap«'i\*oil qu'elles ont la convic-tion intime de savoir certaines choses, de penser sur eertaines choses beaucoup mieux que tous les autres. Mon poeme, à ce que j'apprends, ne parait pas avoir été aussi bienfaisant pour Yoss que le sien l'a été pour moi. Je me rappelle encore parfaitement bien avec quel enthousiasme j'accueillis le Pmleur de Crunuu dès qu'il ont paru dans /<• Mercure1, et que de fois je le lisais à 1 tj Mercure, tvi-.in-tl littéraire ilirtgn ]>nr Wiettinri où îuifiit |itil>liiV» on lïHi les plus lu-Iles parties de l;t IjOuine de Vitss.

E.NTltK IHKTIIB ET SCHILLER.

4H voix haute au point de le savoir presque tout entier par ciBur je m'en suis bien trouvé, car cette joie poétique ri fini par devenir productive chez moi, elle m'a con-duit «tans le même domaine, elle a enfanté Hermann et Dorotltée, et Dieu sait ce qui peut encore en sortir. Quand je vois que Voss aujourd'hui ne goûte mon poème qu'à soit corps défendant, cela me fait de la peine à quoi sert en effet toute notre poésie passée, si elle u'cchauffc pas notre âme <>t ne nous rend pas sen-sibles à toutes les créations nouvelles? l'hit à Dieu que je pusse recommencer de nouveau, et, laissant der-rière moi toutes mes rouvres comme des souliers d'en-tant désormais inutiles à mes pieds agrandis, marcher d'tin pas ferme et plus sûr 1 Je me réjouis de penser que, dans mon prochain séjour » Iéna, je vais réaliser plusieurs petits travaux pourlos-quels j'ai besoin de t'influence bienfaisanteduprintemps. Combien je m'estime heureux de pouvoir être certain que nous serons toujours fermement unis et par le cœur et par notre communauté d'études.

L'arrivée inattendue de la jeunesse princièrede Gotha nous a valu cette nuit uu bal masqué improvisé, et un souper qui a commencé à deux heures après minuit; au$M ai-je dormi la plus grande partie de cette matinée, que j'aurais voulu pouvoir consacrer au travail. Conti-nue/ à vous préparer pour l'été prochain une agréable demeure dans votre jardin. Gosthe»

CORRESI'OiVDASCE

St:iULt.tU GOETHE.

Mil», ).! t mars ttîfll.

U'. temps est si beau que j'ai été prendre l'air, et je m'en suis parfaitement trouvé. Qucl dommage que vous ne soyez pas ici en ce moment 1 je suis sur que votre muse inspiratrice ne se ferait pas longtemps attendri*.

Ce que vous me dites des Français et de Motmier, qui est toujours, quoique émigré, leur digne repré-sentant, est la vérité même, et bien que cette vérité soit triste, on se réjouit pourtant de la connaître, paree qu'elle peint complètement et nécessairement toute une classe d'individus. On devrait toujours saisir ainsi la nature dans toute sa nudité, alors la démonstration des systèmes deviendrait claire et facile. Il est digne de remarque que le relâchement sur les choses esthétiques est toujours accompagné, d'un relâchement moral et qu'une tendance ardente et pure vers le beau, vers le sublime, sans enlever à l'esprit ses libérales sympathies pour tout ce qui relève de la nature, est cependant inséparable du rigorisme moral; tant il est vrai que les domaines du bon sens et de la raison se divisent d'une ma-nière précise, et que cette division se reconnaît sur toutes tes routes et dans toutes les directions que l'homme peut suivre.

Ilier enfin,- et ti-ès-séricuscmcnt cette fois, j'ai reçu le diplôme de ritoten fiançai» dont il a déjà

EKTBB filETIFE ET S CHU. EU.

ra •lé question dans tes journaux ii y a cint| mis*. Dès cette époque i! avait été délivré et signe par Roland niais comme il ne te trouvait sur t'adresse aucun nom de ville, ni même de province, il lui a fallu liien du temps pour arriver jusqu'à moi. Je ne sats même pas comment il pu me parvenir après avoir erré pendant tant d'années ce «|ii*it y a de certain, c'est que je l'ai reçu, cl, ce qu'il y a de plus singulier, par l'intervention de Campe, qui demeure maintenant à Hrunswick. Il m'écrit a cotte occasion les plus belles choses du inonde, tpie vous devinerez sans peine. Je crois que je ne forais pas mal d' instruire te duc île cet événement, et je vous prie de me rendre ce service si cela ne vous contrarie point. A tout hasard, je joins ici le diplôme eu question; vous trouverez fort divertissant de m'y voir liguer comme pnhUmte alle-mand, y.i~' i$/r,v. Je termine, car j'ai encore bien des choses à expédier avant le départ du courrier.

SclllM.MI.

i,«.l III. I m: II II. M: 6

Hiiiiwr, !•̃ iiiiti-. I7!K Lit smile |i'<ticitu(ion ipie je puisse vous adresser à l'occasion du diplôme de citoyen qui vous arrive de. l'empire des morts, c'est qu'il vous a trouvé parmi les vivants retardez, je vous prie, h* plus longtemps possible l'instant nù vous irez rejoindre vos défunts grands concitoyens. M. (lampe paraît él n encore atteint de la Smis mon* rarnnli-, ttoits X Introduction, tout ce qui cutiwi ne UiMoirr d« cr ilijilfune. 43* plus dangereuse des folies, comme beaucoup de nos bons Allemands, Malheureusement, contre celte maladie là, pas plus qne contre les autres pestes, it n'y a rien à l'aire ni rien à dire.

Le beau temps m'appelle chaque jour auprès de vous. Pour utiliser autant que possible mon séjour ici, j'ai repris me« travaux sur tes insectes et classe ma collec-- Mon do nuiK'raitx. Lorsqu'on entasse pêle-mêle une grande niasse dv matériaux tir tout genre, et qu'on rosi»; longtemps sans les ranger, on finit par ne pi»? savoir où l'on en est.

Moycr travaille! avec tant d'ardeur à sus essais sur l'ait, qu'il aura bientôt composé un petit volume.

G(KTHE.

Mt'.TIIK sr.UkM.KU.

V rimât1 l<\ mar» iT9H.

Votre chère femme ne nous a fait qu'imo visite par hop courte elle a emporté dn moins une honne impres-sion des travaux di; Mever, et elle en jouira Ihiijî-tt'inps. (juel dointna^c que vous n'uve/. pu l'accompa-l<iier Je vous «lirai, à cette occasion, que vous devriez vous occuper d'un logement à VYeirnar pour l'hiver prochain. En ne prenant notre théâtre que pour ce qu'il e«t en effet, on est force de convenir que c'est mu: grande jouissance que d'entendre presque Ions le* huit jours au moins une bonne musique, car noire opéra est charmant et les représentations offrent sou-vent un liaitnitnjftiv ensemble. Je (nninais vous pro-curer imo place meilleure et plus commode que celles

ENTRE fi (F. THE ET SCBlU.Ell.

de l'avant-sccnc. Quant votre solitude intérieure, elle ne sera pas souvent troublée, grâce au système d'isolement qu'ont adopté les habitants de notre ville. Je crois, au reste, qu'il vous serait favorable de ne pas toujours repousser les influences qui nous arrivent de l'extérieur, Pour moi, vous le savez, je suis forcé de parcourir périodiquement mon zodiaque, et chaque signe dans lequel j'entre, m'apporte de nouvelles occu-pations et des inspirations nouvelles.

Samedi prochain j'espère pouvoir vous dire définiti.vement quand je pourrai m'absenter.

J'ai repris (lellim, je corrige mon texte et je me fais tin plan pour les notes, .le me mets ainsi en mesure de terminer peu à peu les essais historiques indispensables pour le comploter je placerai ces notes à la suite de l'ouvrage, et je les classerai (le manière à ce qu'elles forment un tout qu'on puisse lire avec intérêt. Ce n'est qu'à léna que je pourrai trouver le temps et le recueil-lement nécessaire* pour envisager dans leur ensemble la multitude de travaux que nous avons entrepris. Il faut donc qu'à tout prix je me rende le plus tôt possible auprès de vous.

Je. suis bien ais«» que vous ayez enfin reçu le rescrit de Gotha Vous le devez à l'intervention de notre due. Voyant que toutes les démarches auprès des conseillers intimes, qui s'étaient laissés arriérer dans l'expédition d'une foule d'acte» de ce genre, ne servaient à rien, il a II v'ntiil il'im ri»M ril <|iii acrurttiiit i\ Srliillor le titre île Vlïifrs-mir ordinaire » l'Huitet-sité il'|i;na. Ilirn <|uo Schilli-r ne iimCn*)! |i|ii- i1|'|HMn (ilu*ii>ur> iiniiir*. ic fihv t.tll.nli.iil .1 l'iiniu 1 ih' ri l»ui\;iil lui |irnriii't-i' rprlaii^ iivanliif.'c». 43C pris le parti d'écrire directementau duc et à la duchesse de Gotha, pour 1rs» prier amicalement de ne pas vous faire languir pins longtemps. L'envoi de l'acte que vous avet reçu a été le résultat immédiat de cette démar-che. Piiisse-t-il en résulter pour vous nn avantage réel Je vous renvoie la lettre. de Humboldt. La manière dont il juge le théâtre français me plait beaucoup; moi aussi, je voudrais voir do mes ycut cas singulières pro-duclionsde la poésie dramatique. Ga-vrnt:.

ScntJ.IKtl S METRE.

lfiiii,li> 9 mars 1*98.

Ma femme a été enchantée de sa visite chez vous, et elle ne tarit pas d'éloges .sur la beauté des travaux de Meyer; son réeif a tellement excita nw enriositc que, si vous ne venez pas d'ici a huit joins, je me déciderai a faire une exeursion à Weimar.

J'ai aussi rittlcntion très-sérieuse de suivre voire conseil et do mieux profiter à l'avenir du théâtre, de Weiutar ee n'est que la difficulté de, trouver un loge-ment. convenable qui m'a empêché d'aller passer l'hiver iluus votre vil te mais je m'arrangerai pour l'avenir, j'y suis lue» décidé. Pv'e fut-ce <}uc j>our la musique, eeta est indispensable il est trop dur Ae. priver ses sens de toute émotion esthétique. Le théâtre lui-même exerce sur moi une salutaire influence. Le désir d'avancer mon travail m'a fait jusqu'ici négliger tout le reste. Aujour-d'hui ma pièce marche au gré de mes désirs; le plus difficile etl fait et les trois quarts sont copiés.

ENTRE GŒTHE ET SCHiUER.

N'avei-vons pas au la cuiiosité de faire connaissance avec la nouvelle tragédie anglaise do Valpolo, f/t<?Af;/«-terious mothert on la vante comme une tragédie par-faite dans le goût ou le sentiment de ïŒdipm rex. Il y a en effet quelque ressemblance pour le fond du sujet, à en juger par tes extraits que j'ai lm. Peut-être que le jugement porté sur cette œuvre tient seulement à cette ressemblance matérielle. S'il en était ainsi, il ne fau-drait pas laisser passer sans protestation cette légèreté des critiques anglais. En tout cas, il me semble conve-nable de saisir au passage le fugitif intérêt du public, et, puisque le fait se présente, de dire un mot de la loi et de ses exigences. Je tâcherai de me procurer la pièce, et je verrai si elle peut donner lieu à une disserta-tion sur le genre.

ï iC duc, à ce que m'apprend mon beau-frère, désire que je fasse déposer mon diplôme de citoyen français à la hi-bliothèque de Wciinai*. Je suis prêt à le satisfaire, mais je demanderai une copie légalisée de cet acte, car s'il prenait un jour fantaisie à un de mes enfants de se fixer en France, il lui serait utile do pouvoir réclamer ses droits de citoyen. Ma femme se rappelle à votre sou-venir. Si;mi,i.Kii.

i.(Kîiu: v salami.

Wcimar, la 10 mors r.m.

roue rendre mou existence encore plus bigarrée qu'elle ne l'est, il ne me manquait plus que d'inter-caler dans la dixième case de mon horoscope quelques trentaines d'arpents de terre. C'est précisément ce qui

CORHESPOSRANCE arrive; je viens d'acheter le domaine de franc-alleu d'Obcrroslar, acquisition pour laquelle je suis depuis plus de deux ans en discussion avec lé fermier actuel rt le propriétaire, h n'en suis pas moins très-satisfait de ma nouvelle propriété et de son prix. Les biens-fond* sont en ce moment dans le même cas que tes livres sibyllins comme on voit que le prix augmente Ion joins, personne n'ose acheter, et, pendant qu'on liésite, l'aug-mentation va son tfain.

Au reste, j'ai fait un achat, assez .singulier, car je n'a jamais vu ni les terres ni les bâtiments; je tes visiterai domain pour la première fois, et il ne me faudra guère que huit jours pour apprécier les amé-liorations et 1rs réparations « faite. Si vous pouviez venir me voir ici, j'en serai ravi; mais je dois vous prévenir que la semaine prochaine l'opéra sera repré-senté le jeudi. Samedi nu jouera une nouvelle pièce de KoUebue, pour laquelle je n'ai nulle envie de vous inviter1; vous ferez ce que vous voudrez, et vous s«rei! le bienvenu si vous croyez pouvoir vous contenter de la petite chambre verte à côté de celle de Mcyer; i pour l'instant, il me serait impossible de vous offrir un logement, plus vaste.

Je n'ai pas encore entendu parler de la pièce anglaise il serait bon, en tout cas, de nous la procurer. Nous vous donnerons de votre diplôme de citoyen la copie que vous désire/ avec 1'atlcslalfon que l'original est déposé, à la bibliothèque ducale, ("est fort aimable à vous de satisfaire le désir du prince. La bibliothèque possède 1 l.rtiCarttfx. ilramen» quain» m-les.

ENTRE (ifF.THE BT SCHIUKB.

déjà un document du même genre: c'est ta proclama-tion adressée dans toutes le* langues à lows les peuples de la terre pour leur notifier la magnifique révolution française.

Venez, si cela vous est possible, car je tiens beau-coup à vous faire voir les travaux <lc Meyer avant notre réunion à léna. G(kthe.

sunuKn r.<r.THK.

Ii'nn, le 15 mai". 1708.

Après quinze jouvs tl'assr* bonne santé qui m'avaient permis un travail assidu, voilà encore une fois ma tête prise nu point qnr je me sens incapable de tout. Il <•>( vrai que le temps est redevenu bien mauvais; je m» renonce pas toutefois à l'espoir de vous rendre visilt» cette semaine, mais pour un jour seulement, et j<> reviendrai satisfait » léna si j'ai pu vous voir, admirer les travaux de Mwcr, et obtenir l'annonce précise de votre arrivée ici.

.le vous félicita de tout mon cœur de votre acquisi-tion ma petite propriété, me fait comprendre !e plaisir qu'on éprouve en s'assurant un morceau «le terre pour soi et pour les siens.

.l'iti trouvé un i\\pw et honnite homme ponr l'insti-tution de Mounier; cela tes obligera tous «tous, car Monnicr .1 besoin d'un aide, et mon homme d'un emploi qui lui procure des moyens d'evietenec. Adieu, j'ai la tète bien malade. Schiixek. 4to

R(K f HE A SCHiUF.fi.

Wi'iinai', le 14 iiMIsiTOS.

Je serais charmé si vous pouviez venir cette semaine: dites-moi seulement quel jour, afin que je puisse pren-dre mes mesures J'ai à peu près loniiii»« tnut«s mes aiïaires, môme celle de tria petite acquisition, pi j'éprouve pins que jamais te besoin do vivre inteliOThieHement, ce que j'espère pouvoir faire bientôt auprès de vous. Pour vous prouver que notre; citer Wcimar est ou communication directe; avec Paris, je vous envoie quelques journaux français. Ce charlatanisme* de place publique m 'est tout a fait odieux; mais la langue française semble avoir été lïtile exprès pour exprimer l'apparition des apparitions, En tout c.'is, tes littérateurs de la nouvelle Franco, me paraissent aussi apprivoisés que .sa politique est sau-vage.

Mes compliments h volrft •bèiv Ioihuk'. (««ktiik.

•••'iiiiir.n i'.iktiik.

ti ii.i, le. Il itiao iVM.

Je vous renvoie vos journaux français, t.e discours sur Htrmtnm et Dorothée nie plaît beaucoup; et si j'étais sur qu'il a élu fait par mi Français pur saujf, cette faculté d'apprécier ce qu'il y a d'allemand dun> It Mijtl, et d'bomérique dans l'cvéeulion, tue toucherait au en* et me causerait un grand plaisir.

Mounier se niuiitre dans s» lettre tel que je m'y attendais, c'esi-à-«Hre an ie|>ré>cntant calme, maisres--

F.XTRE (METRE Et SCHILLER.

4H Ireint, de la raison vulgaire; et comme il est sans ma-lice, et qu'il ignore complètement le point principal de la chose dont il est question, on ne peut lui en vouloir. Pour en finir. définitivement avec lui, je me bornerais, si j'étais Kant, à h» renvoyer, en la prenant en sens in-verse, cette phrase par laquelle il termine sa lettre Ce serait un grand malheur si un juge de village adoptait la inorale de Kant et se conduisait eu consé-qiience.

Je ne puis vous fixer le jour de mon arrivée, car ma conduite de la journée dépend toujours de la manière dont j'ai passé la nuit. Schiueii.

sr.iuu.EU k ctKTiie.

Weimnr, le 1(1 mots 1*!W.

Deux mots seulement, car c'est mon jour de comriiT, et je me sens la tête très-lourde, II m'a été impossihle d'entreprendre le voyage do Weinrar, je ne me sens pas assez bien pour braver te temps qui est redevenu bien rude. Dans tous les cas, je m'absenterai un jour pendant votre séjour ici pour aller voir les travaux de Meycr, car je sens, comme vous, que cela est nécessaire à l'accomplissement de nos pro-jets. J'espère que vous apporterez beaucoup de choses faites et à faire sur les sciences et sur les arts. Je ne saurais vous dire avec quelle impatience j'attends vos communications sur des sujets qui n'ont rien de com-mun avec mon travail actuel. ~tou-En.

COBRKSPONIUNOE

e.<F,W. S SCIUUER.

Wi'imar, le 17 tfiarst'98.

JVspère que la semaine prochaine ne s'écoulera pas sans que nous soyons réunis. J'ai si bien disposé toutes tes affaire» qui me regardent, qtift maintenant elles pourront marcher seules.

J'ai rein le discours sur Hermann et florothéê, et je l'ai relu avec vos yeux, aussi Tai-je trouvé assez satis-faisant. Ce serait en effet un miracle s'il clait l'ouvrage •l'un Français, mais je sais de bonne part qu'il a été fait par un Allemand. Au reste, nous ne tarderons pas à arriver à un singulier amalgame, car beancoup de Français et d'Anglais apprennent l'allemand; presque tout se traduit, et daus beaucoup de parties notre litté-rature est plus active que cette des Français et (tes Anglais.

Les pauvres Bernois viennent de subir une défaite totale, et Mcycr craint fort que tous les caillons, l'un après t'autre, ne se laissent ainsi tuer moralement. D'après leur manière dr voir, les Suisses sont encore tes héros des temps passés; mais, dans ce pays-là, le patriotisme s'est survécu comme se sont survécu l'aris-tocratie et le règne des prêtres. Qui pourrait résister à a masse mouvante des Français, heureusement orga-nisée <>.t dirigée avec autant de génie que d'ardeur? (/est un grand bonheur pour nous d'être enfouis dans la masse immobile du Nord, à laquelle on ne s'en prendra pas facilement 1 I i ̃.iVniïlr il'i [<!«•[<' ii';i |i,'i-. i-li* jn-lillvc |>.it If- ('•M'iifiiii'iiK

ENTRE G(KTHE ET KMI1I.LEH.

Si vous demandez, en effet, la distraction de voir une foule de plans; d'essai» et d'idées, j'en ai à votre ser-vice, car ce que j'apporterai eu ce genre ne formera pas moins d'une rame de papier.

Je ne vous demande plus quand vous viendrez, à Weimar; pttisque*vous voulez, revenir dans la même, journée, peu importe tjue vous fassiez ce petit voyage «nianil je serai déjà a leria.

Travaillez missi assidûment que vous te pourrez mes compliments à votre chère femme. Gœtre.

Le 20 mars, Goethe arrive à lena pour entendre de la bouche de Schiller la lecture des trois premiers actes diï Walkmtein. « L'œuvre est excellente, «'•crït-il à Meyer, et l'étonnement même qu'elle inspire, dans quelques parties, va jusqu'à la stupeur. » Seu-tement, il parait effrayé des développements du (Ir.uno et il se demande comment le poète pourra les réduire aux proportions de la sràne. Encouragé par le suffrage de Gwtlic, Schiller sent redoubler sa verve « Puisque je ne vous verrai que ce soir, écrit-il le <> avril, jVmployerai ma journée à faire avancer le quatrième acte » II ajoute « J'ai lu ce matin la Phèdre d'Kuripidc la traduction, il est vrai, est sans aine et sans intelligence; elle suffit cependant l.a masse mouvante » siiiKttltfminrnl sfrourt et ti-vrillû la masse im-m»Me.

t)u phiWtt i'ilippolffte coiiromu'- lix-xitjtoi ̃3-:i^mn?r'f0i 44« pour prouver que ce beau sujet a été traité superfi-ciellement et avec une légèreté inconcevable. » Ainsi, soutenu par ses méditations sur la Poétique d'Aris-tote, par ses conversations avec Goethe, par l'élan de son propre génie, il ne craint pas de signaler ce qui lui parait au-dessous de son idéal même dans les chefs-d'œuvre des maîtres. Lui, c'est le grand art, l'art profond et religieux des Sophocle, des Eschyle, qu'il aurait l'ambition de reproduire. Dans ce su-blime effort, il a besoin de la présence de Goclhe. Malheureusement, Gœllie n'est restéqu'une quinzaine de jours à létia. Le <> avril, il retourne à Wcimar, et ce jour-là même Schiller reprend sa correspondance avec lui

m iiii.i.i.n i mktiii.

Krn.i, If Ci .tviil t*)K

Votre séjour ici me parait plus court maintenant qu'il ne Ta été en olïet le* journées se sont écoulée;? Uifit» vile, et après une si longue absence c'était vrai-ment trop peu.

Je, vais faire tous mes ef toits pour me remettre sé-rieusement h l'ouvrage, car lorsque ce mii n'existe encore, «pie dans ma pensée sera sur te papier, je M'rai plus tranquille, et il sera plus facile de le juger. Je suis beureiiv que vous sove/. coulent de l'ensemble de mon Wttllt'mtein je me réjoui:» surtout de ce que vous navet trouvé aucune contradiction ««nlrc le sujet et le genre de poésie auquel il appartû'iit. «Juaiil aux exi--

KNTIlE GflBTHE ET SCHILLER.

gence«<teta scène, j'espère entriomphet facilement. lAI grand point, c'est de satisfaire toutes les exigences tra-giques et poétiques.

Ma femme et moi nous nous apercevons péniblcmei.t t de votre absence. Schiller.

tilKTNF. X SCmi.I.KIi.

Wotmar, le 1 avril KUK.

Si certaines petites affaires de ménage qu'il était tii-dispcnsahle de mettre en ordre immédiatement n'a-vaient pas exigé ma présence à VVcimar, je ne vous ««irais certainement pas quitté de sitôt. Ce départ pré-cipité m'a d'autant plus contrarié que I»; retour du printemps, qui déjà se fait sentir si agréablement, m'avait mis dans une disposition d'esprit (oui à fait favorable à mon travail. Me voilà résigné, et j'espère que la prochaine fois je pourrai faire un plus long .̃séjour il léna.

.Vous avons tout lieu de nous féliciter de nos rela-tions, car malgré notre longue séparation nos pensées se sont mieux rapprochées que jamais, et l'opposition fie nos natures nous rend une innuence réciproque d'autant plus désirable qu'elle nous promet les plu* heureux résultats pour l'avenir.

Je me souviens de votre WiiUenstein avec beaucoup de Illaisir, et je fonde les plus belles espérances sur cet ouvrage. Vous l'avez disposé de telle manière que lorsque le tout sera terminé, l'exécution idéale et poé-tique se trouvera dans un accord parfait avec un sujet tout à fait prosaïque et terrestre. 4to Mes complimenta à votre chère femme, et recevez tous deux mes reniereîmenls des bons soins que vous m'avez donnés. Gœthb.

i;iktiië a si:iii 1.1.1:11.

l.'ii.i, lu lti mai 1798.

Je ne puis m'arracher à V Iliade, l'élude de ce poème mo fait toujours parcourir tin cercle de ravissement, d'espérant'i», de lumière et de désespoir. Je suis plus que jamais convaincu de l'unité et de l'indivisibilité de ce poéïnc. Au reste, il nVxistc plu» personne et il ne naîtra plus jamais un individu capable de le juger. Pour ma part, je tue trouve à chaque instant ramené a un jugement subjectif; «la est arrive il nos prédéces-seurs, et i-i'la arrivera à nos sncr.p8st>nri>. En tout cas, tiiou premier aperçu d'une A eh illade èJait juste, et it faut que je m\ liciiue, si jamais je veux faire quelque chose de sotnblablo.

Vllinde me parait si arrondie et si linic, que, mal-gré tout ce qu'on en dit, \v, tiens pour impossible d'e» 1 clraiiclier ou d'en supprimer quelque chose. !t faudrait doue qw« tout nmiveau poème de cv genre que l'un pmirrait tenter fut également isolé, lors même que par rapport à l'époque it se rattacherait à l'Iliade.

VAehtUéiile est un sujet tnufii)uey mais que son ampleur rend susceptible d'être traité èpiquemelit.

V AehUléule est un «ujW senlinunUil qui, par cette double qualité, punirait s«i préler à un travail mo-derne, et une exécution tout** réaliste rétablirait l'équi-libre entre le tragique «1 le sentimental.

ENTRE G<ETHE ET SCKlï.t.ER.

iVT VAchiUéide ne contient qu'un intérêt personnel et puîné, tandis que l'Iliade embrasse l'intérêt des na-tions d'une partie du monde, de la (erre et dn ciel. Prene», je vous prie, toutes ces propositions à cœur. Croyez-vous qu'un sujet tel que je viens de l'exposer puisse fournir un poème d'une vaste étendue, et que ce travail mérite d'être entrepris? Si vous le croyez, je puis commencer immédiatement, car je suis parfaite-ment d'accord avec moi-mème sur te comment de l'exécution; mais selon mon habitude cela restera mon secret jusqu'à ce que je puisse vous lire quelques passages terminés. Cicethe.

SriMI.f.KIt t r,(ETHK.

!i'nn, le ift mai fiflX.

Puisqu'il est certain qu'il ne saurait y avoir une se-conde Iliade, lors même qu'il naîtrait un second Homère et un autre peuple grec, je crois ne pouvoir rien vous conseiller «le mieux que de terminer votre Achil-- U'ule telle qu'elle existe dans votre imagination, et de ne la comparer qu'avec vous-même. lîornex-vous donc à chercher toutes les inspirations auprès d'Homère, mais sans établir des points de comparaison impos-sible. Je suis pemiadé que vous sautez faire accorder le sujet avec la forme que vous voulez, lui donner, i>t que vous ne vous tromperez point dans le. choix de cette forme; votre nature, vos lumières et voire expé-rience m'en sont un sur garant. La subjectivité de voire caractère de poêle balaitrera, sans aucun domV, co qu'il y a d«> tragique et de sentimental dans le siuVl.

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