septembre 17<S'2t par une brillante soirée
COnRESPONDANCF.
toi tandis que le duc Charles recevait magnifiquement h; t>iimri-riuc Paul de Hiissic, qui venait rfVpouser sa niéee, la jeune et belle princesse Marie de Wurtem-berg, lundis que les bois de tu Solitude retentissaient luicorc des fanfares du cor, des aboiements des chiens et des cris joyeux do l'hallali, an moment où le château ducal, illuminé jusqu'au faite, éclairait au loin la foret, et que, princes et gentilshommes, électeurs, ducs et «rands-ducs, se pressaient autour du jeune couple impérial, une modeste cariolc sortait de Stuttgart, vers dix heures, parla porte d'Essling. « Qui *Mes-vnns'! dcuiitndit un larlionnnire. Le docteur Witter et le docteur Wolf, répondirent deux voix qu'un observateur soupçonneux aurait Ironvêes peut-être assez mal assurées. hissez 1 » La voi-ture coiitinuit sa route; les deux voyageurs, immo-biles, silencieux, ta poitrine oppressée, semblaient épier quelque péril dans l'ombre. Vers minuit, (|tiand ils furent arrivés sur les hauteurs qui do.minent lit vallée, ils se serrèrent la main et échan-gèrent quelques paroles. Le docteur Rtttar, c'était le poète des Ih'vjimits le docteur Wolf, c'était un com-patriote de Schiller, un musicien, plus jeune que lui de deux années el qui le vénérait rommo nn inailre. André Slreicber, tel était son nom, devait partir au printemps de l'année suivante pour se rendre auprès d'Kiiituanuel Itach, le second fils de l illustre Sebas-tien, qui dirigeait t'orchestre <l<' Hambourg. Indigné
ENTRE «<KTHB RT SClirUSR. Mb m du jfl«£ qui pesait sur son ami, inquiet «lu sort «rat M lui réservait Je duc Charles, l'ardent musicien avail M avancé de six mois son voyage afin de faciliter In m tuile du poète. Au moment où ils allaient dire adieu M iiux vallées du Wurtemberg» une angoisse inexpri-- Wk niable s'emparn du cœur de Schiller. Le château de m lu Solitude, étincelant de lumières, brillait au milieu la tles liais. X ta clarté de l'iHuminntion, H montra h m Audir Slrciolier le logement qu'occupait sa famille M « Ottia m«>re! » sVrrifi-l-il avec un «tnglot étouffé, m ci il ivtontba sur son hanc. Knfin, après plus d'un M jour de inarcht1, dans la mâtiné du -i septembre, 9 If < .Iciix fugitifs arrivaient à Manlieiin. m Nimis possédons de bien touchants détails sur la 9 vie dti porte après sa fuite de Stuttgart. A miré Si ici- ̃ (hi'r a raconté lui-même tes aventures de ce voyage, m et rdlcs des mois qui suivirent, dans quelques pages ̃ tlntit' simplicité expressive. Kes biographes miriu-- 9 lifiisciiietit exacts ont suivi de semaine en semaine M et presque de jour en jour les destinées enaiiles des M iti-ux amis. Que d'illusions d'altord, <>l bientôt que a de misères I « Celui qui jamais n'a mangé son M |iaiti irempé de larmes, celui qui jamais, pendant ̃ des nuits pleines d'angoisses, ne s'est assis sur son ï lit eu pleurant, celui-là ne vous connaît pas, 6 puiVm siinces célestes! n Ces vers, que Goethe a insérés iil.itis Wilht'lm Mehkr', semblent avoir é(é écrits y VVi-t' nie soin Droit mil Tiintiicn iva>, t(Mi CORHESt'OHnANCE pour la jeunesse de Schiller; ils pourraient seniv | d'épigraphe à son histoire. Si je me proposais de la i raconter ici, cette histoire héroïque et louchante des §j illusions, des luttes, des défaillances, des fureurs i misanthropiques et finalement des sérieuses et vie. I torieuses inspirations du pnëte,je le montrerais avec g son petit bagage, pourvu de quelques florins à peine, | tantôt eu compagnie d'André Streieher, tantôt seul, allant frapper » bien des portes, essayant de se créer fa une destinée indépendante, puis abandonné par de M faux amis, rebuté par le sort, doutant de lui-même, E matu/eant un pain trempé de larmes, passant de M longues nuits pleines d'angoisses à pleurer sur son /»/, || jusqu'au tour où une femme d'élite, une noble et fl généreuse patronne lui ouvre sa demeure liospita- If Hère; jusqu'au jour plus heureux encore où une B jeune tille, digne de lui, devient la eotnpagtic de soit II existence, jours bénis où son génie se relève, où son 11 inspiration pénètre peu à peu en des domaines supé- | rieurs, où, passant de la poésie de sa jeunesse à une p philosophie virile et de cette philosophie à une poésie § plus haute, H peut s'écrier avev. Guclhe Se vom | ronnak, » jm'mann's célestes l a
Voilà, en W-suinè, l'histoire de Schiller depuis la <? nuit du 22 septembre 781 jusqu'à «îetle année 1 704, |
Wit nie ilie !<ntn!ii(Tïntlilii Havliin
Aul sriiirit IV.tti- wi'iiicinl sass, |J
Ih'i1 licmit cnrli nirlii, ilirhininilisrlirn Mn'c'lr. ï;
[Wilkrlm hMstm Uhrjahre. Jiv. Il.tliaj». nu.* fc
ESTKB biKTIIK ET SCHIU.ER.
où commence son amitié avec te grand poëte de WCiinar. Peur retracer toutes tes péripéties de cette lionloureuse et vaillante période, un volume ne suf-firait pas: marquons du moins tes dates principales, cl signalons en quelques traits les transformations décisives.
Lorsque Schiller prit le parti de s'enfuir du Wur-temberg, il avait déjà conçu te plan de deux autres tirâmes qui devaient être, sous une forme bien diffé-rente, la continuation de l'œuvre entreprise dans les Ihiijands. Nous avons dit avec quelle passion Schiller lisait les écrits de Jean-Jacques Kousscau un mot de Jean-Jacques sur ta conjuration de Ficsquc lui inspira t'idée de mettre cet événement sur la scène. h'.i < Bt7~/M<t t'*ta)t'nt un cri de révolte contre ta société tout entière; la conjuration de Fiesque, dans la pensée du poète, devait être un drame républi-cain. Il avait, ébauché ce drctiue à Stuttgart; il le ter-mina eu 1785, dans Kï petit village d'Oggersheim, mi il axait cherché un refuge aux environs de Mimlieim. Froidement reçu par Dalherg, qui crai-gnait de se brouiller avec le duc Maries, toujours sous le coup d'une menace d'extradition et voyant en jiLispective l'odieuse forteresse où languissait Schu-harl, obligé de se cacher sous de faux noms inquiet, irrité, on comprend dans quelle disposition d'esprit Vf-'ulH'ilt* SluriKiirt, il avait pris liî nom «lu docteur Riiter; i Maaii(iiii, à Oggmheiin, il i-c luisitil u|i|iulci' te docteur Schmidt.
l'.ORKKSl'OXlMSCK Schiller traça les scènes ardentes de la Conjuration de Fmtfttey et surtout to caractère du républicain Yerrina. L'autre drame, ébauché aussi il Sfnllgaii, et qui portait alors le nom de Louise Miller -Mail aussi une fpiivre toute frémissante de passions belli-queuses. Si la société politique est prise à partie dans la Conjuration de Fmqne, c'est à la suciéte civile que s' attaque l'auteur de himise Miller, et les deux pièces se rattachent manifestement à ce drame des liriqands, uù toute la société d'avant H!», société politique ott ci- t vile, peu importe, est ébranlée avec une titauique fureur. t!es trois tirâmes, conçus et exécutés sous h même inspiration, écrits tous trois en prose, dans cette menu; prose violente, tumuitiicu.se, sincèrement emphatique, forment une sorti* de trilogie révolu-tionnaire. Des critiques ont indiqué de singuliers rapprochements entre plusieurs scènes des Ihiginuh et certains épisodes de la Révolution française; on pourrait faire le même travail sur Louise Miller et {« (Joiijtii afiou de Fiesque. (« comte de Fiesque, si acharné au renversement des Doria, et toujours si brillant, si aristocratique, ;iu milieu des emporte-ments de la lutte, n'est-ce pas, si l'on veut, le comte de Mirabeau dans les derniers mois de sa carrière' Ne dii ait-on pas mènic, à de certains moments, quel-- 1 Ijouise Miller <!l«it le imui primitif du <lraiin". |i* n.iiii rlmpi yM S-Iiilit'i1. <">>! |l«i> I .tt-cl. :m mniiMMit ili t:i ir[«r^fii!;il!im. qur l'actoiir Ittiaitd tiiiisoilla au irh'U* un aniri1 litre. <t ijuc Ijtmm Milltr devint Intrigue et Amour.
Dis
kxtrb iur.rnti ki scirrr.i.KH.
tu»
tjti"«n des jacobins de 00, un Dtiport on un Bar-imve'J Derrière Mirabeau, derrière les premiers jaco-bins, il y o les girondins qui s'avancent; ces! Verrina, surveillant le comte de Fiesque. Seulement l'histoire est bien autrement complète que la création du pnetc. lorsque le comte de Fiesque accepte la dignilé souveraine dans cette république de Gènes, qu'il a délivrée du joug des Doria, Vcrrina le tue, et son rôle est fini. Sur la scène de la révolution, ce n'est pas ainsi que finissent les hommes auxquels on peut com-parer le Verrina de Schiller. Après le 10 août, Ver-rina n\[ lutté contre les despotes de la Terreur, et serait mort «>n 95 sur l'échnfoud des girondins.' El que dire de Ijuke MiHerï l'ii historien habile, M. Hillebmnd, y voit la préface poétique de la Révo-luliori de 8!>. Je ne sais si le baron Ferdinand de Walter peut être appelé un Mirabeau bourgeois, (-Minute le veut le même critique, mais ces révoltes ruiilrc l'inégalité des conditions, cette véhémente revencliculiou des droits de l'homme, ces outrages aux classes supérieures, «vite sincérité de haine avec laquelle il aperçoit partout le crime et l'infamie chez l« représentant de la noblesse, pt lotit la vertu chez li1 plébéien, ne sonl-cc pas là les inspirations qui fer-mentaient en Kurope à la veille de Hi), »-t qui allaient éclater sous maintes formes, vu ce tragique renou-vellement du inonde? l'Ius tant, après 89, quand Milite» se sera élevé à un idéal plus pur; quand il
r.ORKRSPONDAaf.K sera entré dans les domaines supérieurs de la pensée, cl qu'il jugera avec une raison si ferme tes révolu-tions «le 92 et de 97», l'idée lui viendra de remanier ces trois premiers drames de sa jeunesse, il essayera d'atténuer les exagérations du fond, les violences du style; il voudra l'aire disparaître ce que ses admira-tcurs eux-mêmes ne craignent pas d'appeler des caricatures rte trc~ société. Vaine tentative ces drames sont des dates; les corriger, c'est altérer l'histoire; i stnf ttt SHiif attt non sint. GnHhe lui-même, consulté par Schiller, fut d'avis qu'on n'y devait rien changer. « 11 faut, disait-il, les livrer à la postérité, tels qu'ils sont sortis d'une inspiration violente. »
La Conjuration de Fiesque avait été terminée dans l'auberge d'Oggersheim, aux mois d'octobre et de novembre 1782. Quelques semaines après, vers le milieu de décembre, Schiller trouvait un asile à Hauerbach, dans la demeure hospitalière de madame de Wolfrogen. Ce joli domaine de liaucrbach est la première des stalionsheiireuses dans cette vie errante du puëtc. Jean-Jacques Rousseau, en son pauvre mé-nagede la ruedelaPlâtrici'c, écrivait un jour ces lignes empreintes d'un regret si doux « De toutes les ha-btlationsoù ai demeuré (et j'en ai eu de charmantes) aucune ne m'a rendu si véritablement heureux et ne m'a laisse de ai tendres regrets que l'île Saint-Pierre, au milieu du lac do, liifiuic Cette petite Ile, qu'on appelle à KcufcluUcl l'Ile de la Motte, est bien peu
ENTRE GOiTIlE BT SCIHLUft.
ttt connu», même en Suisse. Aucun voyageur, que je sache, n'en fait mention. Cependant elle est très» ,ign:»ble et singulièrement située pour le bonheur d'un homme qui aime à se circonscrire. Les rivos «ht lac de Bienne sont plus sauvages et romantiques .que celles du lac de Genève, parce que les rochers et les bois y bordent l'eau de plus près; mais clles ne sont pas moins riantes. S'il y a moins de cultures de champs et de vignes, moins de villes et de maisons, il y a aussi plus de verdure naturelle, plus de prai-ries, d'asiles ombragés de bocages, des contrastes plus fréquents et des accidents plus rapproches. Tomme il n'y a pas sur ces heureux bords de grandes routes commodes pour les voilures, le pays est peu fréquenté par les voyageurs; mais il est intéressant pour (les contemplatifs solitaires qui aiment à s'en-ivrer des charmes do la nature et à se recueillir dans un silence que ne trouble aucun bruit que le cri des aigles, le ramage entrecoupé de quelques oiseaux, et le roulement des torrents qui tombent de la mon-lagne. » Schiller, empruntant les expressions de ce Jeun-Jacques qu'il aimait tant et qu'il a chanté en beaux vers, aurait pu dire à son tour « De toutes les habitations où j'ai demeuré, et j'en ai eu de char-mantes, aucune ne m'a rendu si véritablement heu-reux, et ne m'a laissé de si tendres regrets que le domaine de Kaucrbach. » Bancrbach,GohIis, Dresde, hischwitz, Iliidoisladi, léna, Wpiinar, vous avez ac-- 113 COKnKSI'OSDASfiK E cueilli le généreux poète a des phases diverses de sa M vie, cl l'on peut dire qu'il chacun de vos noms est I attaché le souvenir de l'nne de ses victoires morales: 1 mais le plus doux île ses souvenirs, c'est celui-ci la | plus précieuse de ses victoires, c'est celle qu'il rem- | potia pour k première fois sur lui-môme, lorsque, K dans celte solitude amie, entouré de soins maternels p de sa noble patronne, réconcilié a veclo genre humain. j il renonça enfin» son inspiration misanthropique et g consacra le nouvel idéal de s;i pensée purifiée dans le | généreux drame de Don Carlos, |
Ihn Carfos est à la fois lu couronnement de la pre- | inière période, dans la carrière dramatique du {•(«"•le, et le signal d'une période tonte nouvelle. Des •̃nliques allemands oui vu dans le chois de ce sujet le pressentiment et comme l'annonce de cette poésie plus hiuite que l'auteur de U'aifctisfiin et de Gmi7-laume Tcll devait faire épanouir si vi^ourcusenienl sur le sol fécond de l'histoire. ta remarque n'est | |i:ts juste; on sait aujourd'hui que rien ne fait soup- I çoiiiKM' dans ce lieau drame l'art supérieur de Guil- i luumc Tell et de H'a/tt'iixti'i». l.e «»niclcre du fils do 1 Philippe Il, très-eurieuseinent éclairé par la crifi(|im I de notre temps est eu contradiction absolue avec I
col ni que le poète aHentand lui a prêté. Schiller I
s'iui|(iiétait fort peu de construire son drame sur le I
1 Vriy, fc( s-iv.mif et in<:i>iiH>iiv.i t.tittlc fa M. l'rospw M<'nmt'f I
i; Iliftoriin l'risrolt IViHIppr II ('I don Carlo». I
RMRE GfETtfK ET SCIIII.E.ER.
fondement de la réalité; l'union du réol et de l'idéal n'était pas encore un des principes de sa philosophie de l'art don Carlos était pour lui, au même titre (jiie le marquis de Posa, une figure tout idéale, une personnification abstraite, c'est-à-dire un être sorti de son cerveau, et tel était chc^ le poêle inspiré le dédain de la vérité exacte, que, confondant l'orlho-graphe espagnole avec celle de la langue portugaise, il estropia longtemps le nom même de son héros Or, <|iic représentent ces figures idéales, don Carlos p( sur lout le marquis de Posa? Elles représentent le mouvraient d'idées inauguré par Charles Moor, Ver-liiia, et Ferdinand de Walther; seulement, avec f|iielle noblesse d'à" me ils accomplissent leur rôle f (.hielle sérénité d'enthousiasme! Quelle patience f (Itielle foi dans l'avenir! Charles Moor, Verrina, Ferdinand veulent renouveler par la violence une société perverse; le marquis de Posa dit simplement « Philippe H a Ce siècle n'est pas mûr pour mon iilriil. Je suis citoyen des âges qui viendront » Charles Moor jnlt» l'injure au vieux monde qui doit périr. Posa salue avec simour le inonde régénéré. I.e souverain qu'il a voulu former, et qu'il aperçoit « IVndmit longtemps, dit Sf. Guslavo Siluvali, Scliillrr écrivit ilom Hurlas » Schiller'* teben, von (iustav Schwab, I vol. snUtgurt. I*W>, j>. là'.».* Das Jalirhimdci't
M ini'iiii'ii Idéal tiiclit roit1. Ich (.cl»1,
liii» Ititificr ili'icr. wolelw» koiiiinori wenli'i»,
(lion Cartm, ncl<' 1H, se. x. Ht COIUlESPONBANCK déjà en imagination, « sera le roi d'an million de de rois. » Quand il va mourir, afin de conserver dan Carlos à l'Espagne « Dites-lui, sécrie-t-il en s'a-dressant à la reine, dites-lui de réaliser notre rôve, cette divine conception de notre amitié, le rêve hardi d'une société nouvelle. Dites-lui de respecter les sonpes de sa jeunesse, quand il sera devenu homme. Dites-lui que je dépose en son' âme le bonheur du genre humain. » Le marquis de l'osa est donc un Charles Moor purifie, et si le poCte en si peu de temps a pu accomplir un tel progrès; si, d'une inspiration misanthropique, il s'est élevé sans efforts à cette sérénité bienfaisante, c'est que ces six mois de recueillement auprès de madame de Wolf-zogen avaient suffi pour le rendre à lui-même. Les biographes du poêle nous raconlnnl qu'il y avait à Baucrlmch un type charmant de la grâce allemande, la tille mémo de la patronne dit lieu, la Monde Char-lotte de Wolfzogen, et que Schiller devint amoureux de Charlotte. Si ce premier amour a contribué, polir sa part, à épurer l'imagination de l'auteur des Ih'uinnih, c'est un souvenir de plus qui doit consa-crer dans l'histoire de la poésie In nom de llauerbacli. Les démons que le couvent militaire (le Stuttgart avait déchaînés dans le cœur du poète, c'est l'air libre et pur de Kauerbach qui les a mis en fnite. Quelques-unes des lettres qu'il écrivit h cette épo-que, celle-là surtout oit it parle de sou drame «If
BNTBK COvTHE ET SCIHU,KR rt
113 ~1) Don Carlos, respirent la joie de la délivrance. tt semble qu'il dise aux confidents de sa penser;, comme ce marin grec que M. Edgar Qtiinct entendit un jour, au milieu d'un orage a Amis, voyez, voyez tes démons qui s'envolent! »
Les mauvais jours cependant n'étaient pas encore passes pour Schiller. Après six mois de retraite à itimerhnch, if retourne à Manheim (juillet i 785) pour v faire jouer ses nouveaux drames, De cruelles dé-reptinns l'attendaient encore pendant ce second sé-jmir ;'t Mnnheim. Knlin, le 17 janvier 1781, la Con-juration de Fiesque fut représentée. La pièce avait été montée avec soin, tnais, malgré tous les efforts du directeur et dn pofite, malgré le prologue élo-quent où Schiller expliquait lui-même son œuvra au public, maigri'; le talent des comédiens, le succès fut médiocre. C'était Hocck qui jouait te rôle de l'iesque, et Iffland celui de Verrina; tout l'art qu'its déployèrent fut inutile, le drame parut froid et abs-- Irail. « Le public n'a pas compris nui Conjuration de Fiesquet écrivait Schiller à un ami. Ces mots de ti-berté républicaine ne rendent ici qu'un vain son, tv, sang romain ne coule pas dans tes veines des habi-tants du Pululiiuit. A Ht'rlin, la pièce a été demandée <̃! jouée quatorze fois en trois semaines. A Francfort t itnssi elle a été bien accueillie. » Ces jugements op-imsés de Muiiiicim et de Berlin ont encore aujour-- 'i'Imt des défenseurs dans les rangs de la critique. <m oomtEsi'OKDASr.K y Si M. Gervinns voit dans la Conjuration de Fksfftu. p -1 «no «rnvie bien plus importante que les Brigands^ g M Gustave Sebwab ne craint pas de justifier les spec | (atours de Manliciin « En restant froids, dit-il, de- § v;mt ces intrigues politiques, ces monologues sans m fin, ces payions de l'esprit où le cœur ne joue qu'un E rùl« secondaire, ils firent preuve (le goûl et de sin- B c«'nité. » Schiller, qui avait hAtft do réparer rot èfhw, fi fil r<"prfeenl«»r ta U mars suivant son drame do l/mise 1 Miller, ou piiilôl d'/nfrif/iw1 et .ttnoMr, suivant le non- | vf-au titre ((lie lui avait doiin» Iflland. Cette fois, le U succès fut immense. Dte le milieu du drame, quand la toile tomba sur U» second acte, la foule électriséft m~ leva d'un mouvement unanime, et des applaudissements sans fi» éclatèrent de toutes parts. Ce triomphe se ivnouwtasur maintes seines; Intrigue et Amour, .mssi hien que les lkui<mds, lit le tour de | l'Allemagne au milieu des bravos.
On voit par ces succès ut ces clwles quelles Maienl alors les dispositions de l'esprit public les drames révolutionnaires, niais révolutionnaires d'une façon g«";ii«*'i'î»ï«s et <{tii s'adrcssaieiitsurtoutaux. sentiments, étaient préiï'rôs aux drames spécialement politiques. I On voulait des émotions violentes, exagérées, décla- I ntalnircs, et non pas des systèmes. U» révolution I était dans les «Mur* bien plutôt que dans les intelli-i^MïCvs. Lovsm«% Don (Jnrlm tut joué â Manlirim,
tpiatre ans apixjs (t7XN(, ce beau drame ne fut guère
ENTRE .GIRTHB ET SClHffER mieux compris que la Conjuration de Fiesqm. Ne disons donc pas avec M. Gustave Schwab que les spec-tateurs de Manheim firent preuve de goût le jour oh ils accueillirent si froidement et Fiesque cl Don Cm''- (as, après avoir applaudi avec transport les Brigands et Intrigue et Amour; ne disons pas non plus avec M. Gervinus, que la Conjuration (le Fiesque est une ff'tivw hien autrement importante que les Brigands, et que le poêle a posé dans cette pièce tes fondements de sn grandeur future. Drames bourgeois ou drames poli' lif nies, fos trois premières œuvres de Schiller forment un ensemble unique, et tous les instincts de son •lénie y éclatent à la fois môme inspiration, même ('̃liin, mêmes colères. Il ne faut pas, Gœlhe l'a dit, chercher à corriger de tels ouvrages; il ne faut pns davantage les diviser, les isoler l'un de l'autre, rlicrchcr dans celui.ci ce qui ne serait pas dans rrliri-là.Hs se tiennent par des liens indissolubles; airain pur et scorîes, le même jet de flamme a tout l>intluit. Do» Carlos seul, né d'une inspiration plus limite, donne une conclusion à cette trilogie ardente, <̃( ouvre au poêle des horizons nouveaux.
Quelques mois après la représentation de Fiesque cl (Y Intrigue et Amour, Schiller entreprend la publi-liiliou d'un journal consacré à toutes tes questions il.- tf»«Ure. U Thatie du Rhin (lihehmche Thalia), tel est le titre de ce recueil. La première page est un ci i de délivrance le poêle, si souvent poursuivi jus-- M» CORRESPONDANCE «jtte-là, pat* la crainte d'être ramené captif dans les Ij Etats tin duc Charles, se met fièrement sous la pro- Ë lection du public, de ce public enthousiaste qui a 1 salué en lui l'interprète des générations nouvelles. « Tous mes liens sont dûnonésl s'ûrne-l-il. C'est le M public à présent qui est tout pour moi; il est mon élude de chaque jour, il est mon souverain, il est p mon confident. C'cst à lui, à lui seul que j'appar- ptiens désormais. C'est devant son tribunal, et devant m nul autre, que je comparaitrai; il n'en est pas d'autre G que je craigne et que je révère, » Ce curieux recueil, p dont tes premiers numéros paraissent an commence- m ment de 17 S.*», public de. belles pages du poète, tantôt des études de critique, des dissertations sur W l'art, tantôt des fragments de ce Don Or/os, qui était E devenu, comme il l'écrivait à son ami Ueinwald, le p compagnon intime de sa vie, sa maîtres»», son ami de cœur (sein Mnedchen, sein Busenfmtnd). IHentôt m à cependant des difficultés s'élèvent entre Schiller pf fi Tinlcndant Dalhcvg. lùïtiguc de ces luttes \ulgaiics, | Schiller prend le parti de quitter et va rc- 1 commencer une vie nouvelle à Leipzig, où rappellent 1 de\»x de ses meilleurs amis, Koomcr et Ferdinand i
llulici'. L'oludianténiancipéde l'académie tl« Charles. |
le petite sacre par le succès, veut redevenir élu- |-
diant dans une université libre. Puisque la poésie I
toute seule, dans l'Allemagne du tlh-huitièmc siède. |
ne lmut lui assiiivr utu> cxislcnce simple cl digne, I
ENTHE (JIKIIIE ET SCBIMEU.
il reviendra à ses éludes de médecine et tâchera de se créer une carrière.
Si vous passez par Leipzig, allez visiter les om-brages charmants do. ta Roscnlhnl, et surfont, à tra-vers ces prairies, ces bois, ces fraîches eaux, dirigez-vous vers le village de Gohlis, situé sur la droite, à la lisitTe de ce beau pure; c'est là que Schiller, dans une petite chambre de paysan, a passé Tété et l'au-tomne de l'année 1785, c'est là qu'il a compost: plu-sieurs de ses poésies lyriques, et entre autres ces belles strophes à la Joie « La Joie! c'est le ressort puissant de l'éternelle no-luiv. ("est la Joie, la Joie, qui fait mouvoir les rouages de l<i grande horloge des mondes; c'est elle qui fait sortir les fleurs de leur germe et les soleils du firma-ment; elle route des sphères dans les espaces que ne tonnait pas la luitcltc de t'astronome.
cnœim.
« Joyeux comme ces soleils qui volent à travers la >|ilciulidc immensité des cieux, frères, suivez votre ca-rière, joyeux comme le héros qui vole à la victoire. « Du miroir ardent de la vérité, c'est elle qui sourit an penseur avide c'est elle clui guide le martyr vers la cime escarpée de la vertu sur les monts radieux di' la foi) ou voit ilolter ses étendards; à travers les lentes des cercueils brisés, elle assiste aux concerts des auges.
f.(>nHv;si>(>Ni)ANt;K liO
CHORIJU.
« Souffrez avec courage, millions <l titres! soulTre/. pour un monde meilleur! Là haut, par-dessus la tente étoilée, un Dieu puissant distribuera tes récompenses. » Mais surtout, si \ons vous arrêtez à Dresde, n'oubliez pas un autre pèlerinage en l'honneur du noble poêle. Quand votts aurez admiré les merveilles du musée, le Pharisien du Titien, fa HUtttdèînè du Cov- 1 rôgc, l'incomparable Vierge de Raphaël, faites-vous I conduire « I<osohwil7, aux bords de l'KIbe, et là, I dans une riante vallée, au milieu des vignes qui I couvrent les collines, vous verre* sourire de loi» I l'hospitalière maison où Schiller passa de si heureu- I ses journées auprès de Kocrncr. Ou'ôlait-cc donc que I m: Knenier? Il y a des hommes éiuinents et simples I <]ui, dévo\iés au bien, passionnés pour le beau, traversent le monde sans bruit, el disparaissent sans laisser de traces, n'ayant eu, pour ainsi dire, d'autre tâche que de réjouir les regards de Dieu, en lui offrant un bol wtMnpiam: de l'humanité Koernoi est un de ces hommes. Il a laissé du moins des ves- I figes de son passage ici-bas, et d'immortels vestiges, puisqu'il a été l'ami de Schiller, et le père de v.v vaillant Théodore qui chanta si fièrement les chas-seurs de M'tUttw, et mourut en héros dams la guerre de 1815. Du jour, en 17$i, pendant qno Schiller, revenu de itauerbach a Manlicim, s'y débattait contre I les plus tristes diificultés de ta vie, il reçut vie Leipzig
E.NTHK (ilKlIlli i>T SCHt f.l.Kft.
un paquet envoyé par des mains inconnues. Quatre amis, deux jeunes hommes et deux jeunes filles, lui ml ressaient leurs portraits avec toutes sortes de lé-moignages d'admiration et de sympathie ardente. Vun d'entre eux, Kocrner était son nom, avait mis on musique quelques-unes des strophes insérées dans le» UrUjunds. Les jeunes filles, Mirina et Dora Stock, initient deux scwtrs, dont l'une était fiancée à Koer-ner; le quatrième de ces amis si dévoués, jeune homme à peine iïgé de vingt ans, s'appelait Ferdi-nand Huber il a épousé plus tard Thérèse lleyne, !» fille de l'illustre philologue, et, ainsi que sa femme, il a laissé un nom dans les lettres. On devine la job de Schiller» le jour où ces cmurs enthousiastes su donnèrent si naïvement à lui représentez-vous son bonheur, lorsque, l'année suivante, Koerner ayant épousé sa fiancée Miinin, le poëte de Don ùirltm allait achever la figure du marquis de l'osa, auprès de tels amis, sous les ombrages de Loscliwitz! fe sentiers de la colline, que de fois il les a par-courus en rêvant a ses poèmes! Une de fois, sur ces bonis de l'Elbe, il est monté dans sa barque, heureux de lutter contre les vagues ou de s'abandonner au murant, heureux surtout quand un orage s'appro-rliail, quand lèvent agitait tes eaux du Douve, et que, la liMo nue, les cheveux flottants, il aspirait le souille de la libre nature Cesl auprès de Kocrner, c'est à Losclivûtz ou à m OOIUIESPOMDANCE Dresde qu'il a ébauché vigoureusement ces travaux si divers qui séparent d'une manière tranchée les deux périodes de sa carrière poétique. Pendant ces deux ou trois années, depuis son départ de Manheim, j ait printemps de 1"HN, jusqu'au mois de décembre 1787, il y a chez Schiller une activité ardente qui se porte de tous les côtés à la fois. Tantôt c'est l'his-toire qui l'attire, et il se propose de raconter les .jIi conjurations les plus importantes, soit dans l'antiquité, soit dans les temps modernes* (le plan singu-lier oit se retrouve l'instinct du poêle dramatique, Schiller ne le réalisera pas; il racontera seulement, y d'après Saint-Réal, la conspiration du marquis de Bcdmar contre la république de Venise, et, en repro-- (luisant ainsi une histoire sans critique, il n'y verra qu'une occasion de s'exercer au style du récit*. Tantôt il s'essayera dans le genre de la nouvelle et «lu roman; il écrira une curieuse narration, dont le titre, assez ditlicile à traduire, peut être paraphrasé ainsi L'homme poussé «m crime par la perte de son
M. le ( mille baril, «tons son IHxloireile Venise. rt surtout M. Lvo- )ioM IUuiV-. dans wiKvtnoire s-jtwiaUinwnt consacré il te suj»,-t,uiii t d<;v«ilii tout?» te» iiiït'iiliriiistlii Alralps et ioiiuiii('W|iit's |uir I««(iullw Niint-IU'nt u lîc'lignré cet i'i>isn<li'. ïctiK'iurtit M. Ûat'ii, qui av.iit fii le môrito de signaler los jifimipalcs orivurs de Sainl-Ki'ut, a Mil»-stiîué & «s itrrvMï* un sjslt'imr tvés-tialtilc, mais rpmjili at>M>i «I'iiitsaililmlos. Ces» M. Raiikr <j«i, fouillant h\- nrcbivt's spcW'Ips <fc `, Venise, a ili-inW «'iifin la vOriti"1 «hns rot inilnoglm. –Voyez l«u- «uni.- <lo M. liiopiiUt ltaiiki: t7««T die Yvrsclutomiup ffegen Vendis · im Jahrc IG18. lii-iliu, 1101. Vi««« imssi nolrv i-iuiie s»r M. l*i>-
iwld Kauke, <luim la lievue des Deux timides (t" avril 185i).
KNTRE (iiKTIIK ET SCHIM.Kft.
honneur; ou bien if commencera, dans le Visionnaire, un long récit consacré à l'un des plus bizarres épi-socles de l'histoire morale du dix-huitième siècle. Le premier do ces deux écrits est l'histoire d'un certain Christian Wolf, fils d'un petit aubergiste de cam-pagne, qui, abandonné de bonne heure à lui-môme, v.ï braconner dans les hois, est jeté en prison avec des malfaiteurs, sort de la te désespoir dans l'âme, essaye de prendre un métier, et bientôt, se croyant voué pour toujours au mépris des hommes, finit par devenir un chef de bandits, l'épouvante et le fléau de ta contrée. Ce n'est pas tout à fait un récit d'ima-gination, c'est une histoire vraie, dit l'auteur (Der YirbreekeramverlorenenEhr^einewiéreGemhkMi'); i'f Schiller, en effet, cite plusieurs, pages d'une espèce d'autobiographie écrite par le meurtrier lut-même, lorsque, pris et condamné, il se préparai! à pot-fer sa tôle sur i'écluifaiiil, le Visionnaire, dont nous n'avons que la première partie, est un tableau du mysticisme et des illuminés, à la veille de 89. C'était le moment où Cagliostro étonnait la société européenne; où Nicolaï, dans son célèbre Voyage en Allemagne et en Suisse, dévoilait cet incroyable pôle-nit'-le 'le rose-croix, de francs-maçons, d'illuminés, do mystiques de toute école et de charlatans de Joute nation, au milieu desquels les jésuites du dix-hui»liènie siècle, passant d'un déguisement 11 l'autre, mmaient et dénouaient mille intrigues. Ce sujet qui éwillhtt déjà la curiosité de Grcthc, et que l'auteur du Grand-Caphle allait Irai 1er à sa manière, Schiller voulut le développer dans un roman, le Visionnaire est une élude sur l'alliance du jésuitisme et des sociétés secrètes, au milieu du siècle de Voltaire. Malheureusement, l'auteur abandonna son projet, an moment même on il. avait excité au plus haut point l'intérêt dit lecteur, lîn travail profond s'accomplissait pou 11 peu dans son esprit une conception plus sévère (le l'art succédait i la fougue de ces pre-mières œuvres. En voyant les émotions ardentes que soulevait son récit; en voyant avec quelle impatience on attendait la suite des événements publiés par lui dans un recueil périodique, il crut s'être trompé. Vous vous rappelez le mot de Chatnfort, un jonr qu'on l'applaudissait « Quelle sottise ai-je dite? » s'écria-l-il. Cette vive ironie est bien loin du coeur de Schiller; il aime le public, il le rcsjwclc comme son souverain, mais il n'a pas abdiqué son indépen-dance, et il se juge lui-même avec la tojnulé d'un artiste. C'était un intérêt philosophique, et non une curiosité bannie, qu'il avait voulu exciter en écrivant le Visionnaire. Il laissa là ce roman, dont le stierfc l'eut détourné de sou propre travail intérieur, et il revint à ses méditations. Les Lettres philosophiques publiées par Schiller, eu 17K(», sont le premier sym-ptôme des viriles transformations de son esprit. Koerncr venait de l'initier il celte philosophie non
ENTRE GŒTHK ETSeHH.Î.Rft.
velle qui s'élevait à ce moment môme avec le génie (l'Emmanuel Kant. II y avait des affinités naturelles entre le mâle esprit du poflte et la sublimité morale du penseur de Kœnisherg; a partir de cette date, Schiller va s'attacher A Kant; il s'assimilera sa doc-trine, il l'interprétera librement, et bientôt, nous In verrons, s'il y n une conciliation possible entre le stoïcisme héroïque de Kant et le confiant natnra-lisnip de Goethe, ce sera Schiller qui aura l'honneur «le rapprocher ces deux grands maîtres. Histoire, roman, philosophie, on voit combien d'inspirations ùvaces s'épanouissaient dans l'âme «lu poêle, pen-dant les belle» minées nuit passa auprès de Koerner. Pouvait-il cependant rester l'hote éternel de Koer-ner? If lui tardait de mettre un terme à sa vie errante et de pouvoir s'écrier enfin, comme fera un jour son (îiiillaiime Tell Ic.h stehe wieder (tuf dem Mentit/en < « ,1e suis sur un sol qui m'appartient. u Au mois de juillet 1787, Schiller s'était rendu à Weimar; Gorcllm limitait alors en Italie, niais Herdcr et Wieland avaient accueilli avec joie le jeune et illustre poët<\ IS;ivi d'enthousiasme, Schiller écrivait à un «le..ses amis d'enfance, au fils du pasteur Moser « Me voici fiilin dam le séjour que j'ai tant de fois appelé de nies vœux, nie voici à Weimar, et il me semble que je me promène dans les vallées de la fîréce. Le «lue est un prince accompli, le véritable père des arts i*l îles sciences. Tu connais les hommes dont l'Aile--
COUKKSI'ONDANCR magne peut Riva (1ère, un Herder, mu Wielund, et tant d'autres; oh bien! me voici dans tes murs qu'ils habitent. Oh! que d'excellentes choses à Weimar Je songe à mélablir ici pour ma vie entière, et ù re-trouver enfin une patrie, »
L'heure approche, en effet, où la vie du poète sera bien assise, où il trouvera enfin une patrie, où il trouvera miens encore, le renouvellement de sa gloire d de son génie au sein des plus douées joies domestiques. Au milieu des enivrements deWeimar, il n'onhlit» pas les travaux qui lut assureront bientôt une existence régulière, il préparc son Histoire de l'affranchissement des Pays-lias, et bientôt la Provi-dence va mettre sur son chemin la belle et noble dencc ~a mettre sur son chemin ta beïïc et not)!c jeune fille qui, devenue la compagne de sa vie, l'in-troduira dans tes pures régions de l'idéal. A Rudot-- Madt, dans une agréable vallée, aux bords de la Snale, vivait une dame noble, madame de Lcngefeld, avec ses deux filles, Caroline et Charlotte, L'aînée, Caroline, qui plus tard épousa en secondes noces M. de Wolfzogen, et qui nous a laissé de si intéres-sants détails sur Schiller, était mariée alors ù M. le baron de Beuhvitz; la seconde, Charlotte, était dans le premier épanouissement de sa grâce et de sa jeu-nesse. Un jour, au mois de novembre 1787, madame de Lengufcld et ses filles voient arriver à la porte du domaine deux cavaliers enveloppés de leur manteau, (l'était presque un événement. La maison était loin
ENTRE (jlKTIIK ET SCHIM.BR.
des grandes routes, et on n'y pouvait arriver que par des sentiers de traverse. Quels étaient ces vrsi-leurs sur lesquels on ne comptait pas? L'un d'eux était un ami de la famille, le fils de madame de Wolfzogcn, la châtelaine do Uauerbach l'antre était son camarade Schiller. Schiller passa quelques jours dans la vallée de la Saale, et, quand il revint a N'ehnar, il emportait au fond de son cœur l'image de Charlotte de Lengefcld.
A dater de ces heures enivrantes, Schiller travaille avec un redoublement d'ardeur. Partage entre VVei-mar et Rudolstadt, quand il habite la ville, c'est pour se consacrer fout entier aux labeurs de la com-position historique, et chaque fois qu'il retourne aux bords de la Saale, c'est pour cueillir avec Charlotte de Lcngefeld les plus belles fleurs de l'imagination dos Hellènes. Cette poésie grecque qu'il connaissait si peu, qui semblait si étrangère it son génie intem-pérant, c'est dans la vallée de Rudolstadt, aux bords rit; la Saale, à côté de cette jeune fille si noble et si respectueusement aimée, qu'il en sentit tout à coup la grAce et la splendeur. Charlotte de Lengefeld croyait suivre les leçons d'un écrivain célèbre; cotait elle!, la simple enfant, qui ouvrait à cette ima-gination ardente les domaines de l'antique beauté. Sans le savoir, elle était comme une prêtresse du beau, une fille d'Homère ou de Sophocle, initiant le porte germain aux divins mystères de la Muse. Aussi,
C0KRKSP0N1HSC1!
quels transports dans lame du pcrôle! Cette transfor-mation de son goût littéraire coïncidait avec un tra-vail secret de sa pensée philosophique; or, ces deux inspirations nouvelles, le sentiment du benu idéal et t'enthousiasme de la dignité humaine, éclatant a la fois au fond de son cœur, il en composa deux pièces immortelles, le* Dieux de la (Jr<V<? et les Artistes. Un philosophe justement estimé, M. Knno Kiseher, s'est appliqué i mettre en lumière tes doctrines phi-losophiques de Schiller, dans un écrit oit il attache une. importance toute particulière ces deux pr,ê-ines'.M. Kiseher a raison; il appartient au philosophe, de dévoile.' le sens profond de ces effusions lyriques et d'y retrouver la pensée de Kant, comhinéc avec une pensée originale. L'historien littéraire a un autre devoir à remplir il ne iloit pas oublier les circon-stances qui ont laissé sur ces deux poèmes une si touchante empreinte. H y a là, qui peut le nier? une singulière beauté abstraite; il y aussi une heaiid' vivante. Ces méditations sur le beau, sur le rôle de la poésie et des portes dans l'éducation du genre humain, ces contemplations religieuses sur in veriu cl l'ait, sont hien l'œuvre du penseur qui prend son essor sous l'inspiration de Kant mais ces effu-sions, celle, joie qui déborde, cette fièvre de bonheur
t Vnyrv. Srhitlr'r ait phihmiph. vt<n Kmm Fi>clitT, I vol. in-K. l'r.tm'Wt, IH5X Un timitrra une Imnnp trailur.tiiiu <li> vet »uvr.ij.-i> iliins la Itt'ciif iitruinniquf liw'iiwm5 tle l'AriiT et A jtiiti 1NM*.
ESTRB CKI-THR ET SCHÎMER.
fit»
en un sujet si grave, ces élans presque mystiques qui viennent déranger parfois l'enchaînement des idées et font de cette poésie sublime et mystérieuse le désespoir des interprètes, tout cela c'est bien l'œu-vre de l'artiste qui s'éveillait à une vie nouvelle au-près de Charlotte de Lengefeld.
C'est aussi en 1788 que Schiller, apprenant le peu fit> ~ttcéès que P~M Caf/M venait d'oltteni!' snr Je <]c. s«c<ïês que Don Carlos venait d'obtenir sur le flu'Atre de Mnnheim, eut l'idée de frire le coinmen-liiire de son drame. Ses Lettres sur lion Carlos sont une explication fière et ingénue des ponséos <jui lui ont inspiré ce poëmc; elles indiquent en même temps le rôle civilisateur qu'il voulait attribuer au lliéiitrc. Cet éloquent manifeste est bien placé dans mit; période où la pensée de Schiller .se renouvelait <ur tous les points. On sent qu'il a dit adieu ù sa première inspiration, et que, s'il doit revenir un jour1 à la poésie, ce sera seulement lorsque l'histoire et la morale, lu philosophie et l'esthétique, lui au-vonl révélé une inspiration plus haute. La récom-pense de col ardent lalieiir ne se fit pas attendre. Schiller souhaitait une existence moins précaire, afin de retourner librement à la poésie; il la son-haitait surtout depuis que c'était pour lui le seul moyen d'obtenir Charlotte de leiigel'elil. Or, un pro-ff-senr de l'université d'Iôna, le savanl KicJmorn, ayant été appelé a l'université de <ia't(iji«uo, une oliaire d'histoire eld'eslhêJique se trouva libre dans les États dit duc de Weimar, Gœthe,' malgré le peu di* sympathie qu'il éprouvait alors pour Schiller, et bien qu'il crût môme avoir à se plaindre de lui, re-commanda le jeune pocte à son roval ami. Le grand-duc, qui aimait Schiller, n'eut pas de peine à se laisser persuader, et, dès le 28 décembre 1788, Schiller pouvait annoncer a Charlotte qu'il serait professeur à îfina au printemps» dé Vannée suivante.
U débuta dans tes derniers jours de mai 4789, et son succès fut immense. Son discours d'ouverture, qui nous a été conservé, porte ce titre Qu'est-ce que l'histoire universelle, et quel est le but de celte étude? Un souffle généreux anime ces pages éloquentes. Tout ce qu'il y a de meilleur dans l'esprit du dix-huitième siècle, l'amour ardent de l'humanité, la haine de l'oppression sous toutes ses formes, le sentiment d'une solidarité universelle, d'une société cosmopolite réglée par le droit commun, éclatent avec une sorte de joie triomphante dans ce pro-gramme enthousiaste. Jean-Jacques Rousseau, en 1740, avait insulté son siècle pour le réveiller de I sa torpeur morale; le disciple de Jean-Jacques, qua-rante ans plus tard, glorifiait cette grande époque pour l'encourager à des progrès nouveaux. Comment
dire l'enthousiasme que provoqua sa parole'! Schiller
apparaissait à ses jeunes auditeurs comme une es--
pèce de marquis de Posa. H faisait ses leçons deux
fois par semaine, le mardi et le mercredi, de six à
EXTttE UtKÏÏIE Kï hCHIMBIt.
sept heures du soir. Il exposa d'abord l'histoire do l'antiquité jusqu'à Alexandre le Grand, puis l'his-toire des Étals européens au moyen âge; mais c'était toujours au dix-huitième siècle qu'il ramenait l'es-prit do ses auditeurs. « C'est pour enfanter ce siècle si profondément humain, s'écriait-il, que tous les liges passés, sans le savoir et sans y atteindre, ont multiplié leurs efforts. Ils sont à nous, tous les tré-sors que le zèle et le génie, la raison et l'expérience, ont produits enfin à travers lit longue vie de l'huma-nité. Ces biens dont nous ne jouissons pas avec assez de reconnaissance, habitués que nous sommes à les posséder sans conteste, l'histoire vous apprendra à tri apprécier la valeur biens chers, biens précieux, marques encore du sang des meilleurs, des ptus nobles enfants de la terre, et qui ont du être con-duis par le dur labeur de tant de générations 1 Kt quel est celui d'entre vous ayant un esprit pour comprendre et un cœur pour sentir, quel est celui qui pourrait songer à cette suprême obligation sans éprouver uu désir secret d'acquitter envers la race fu-duc la dette qu'il ne peut plus payer à ses ancêtres? » .Si l'ouverture du cours de Schiller avait été un ('̃vt'itt'incnt à léna, c'était un événement aussi à Itudolsladt. Les applaudissements de l'Université avaient un écho dans la vallée de la Saale. Schiller < f|ir ticlfint n'était pas encore fiancé à Charlotte de Lengefcld; il n'avait même pas osé déclarer son
UllRttKSI'ONftANUK t<; IM amour. Charlotte et Schiller s'aimaient sans se le dire, et la timidité était si grande de part et d'autre que celte situation aurait pu se prolonger long-temps il fallut que la sœur aînée intervint et déliât ta langue des deux amants, tendant les vacances de 89, Schiller était allô retrouver madame de !,en-jîefeld et ses filles aux bains de Lauschstaedt c'est là que madame de Deitlwiti obluit les aveux do sa sœur it tes transmit au poète. Us étaient fiancés des lors, mais fiancés secrètement ni Charlotte ni sa sœur n'en avaient parlé à madame de Lengefcld. On craignait tes préjugés de la famille, on craignait aussi les objections bien naturelles (fftne mère. Schiller riait de race bourgeois»; et presque popu-laire; madame de Lcngefeld était fort entichée de la noblesse de son nom. A supposer môme que la célé-brité de Schiller empêchât la noble dame de voir une mésalliance dans cette union, Schiller était pauvre, et madame de Lengefcld n'avait pas assez de fortune pour subvenir presque seule an ménage de sa fille. R fanait tlmw, attendre que la position de Schiller IVit plus assurée et que sa demande eût chance d'être mieux accueillie. Professeur extraordinaire, il n'a-vait pas encore le titre qui donne droit à nn Irailr-ineiit de l'Klal. llcuirusfinuut le grand-duc, iufoi mt1 des embarras du poêle, lui assura bientôt deux cents thalers par an, environ sept cent cinquante francs «le notre monnaie. C'était bien peu sans doute poui
kntki;(;(i:t(ik r;r soin i.i.h;»t. ai triompher des alarmes do madame de Leiigefeld; mais on vivait modestement dans ces petites villes <i'Alleniagn< et d'ailleurs Schiller, dont le talent de professeur et d'écrivain grandissait de jour en jour, ne pouvait-il pas compter sur les revenus de sa plume? De puissants amis lui vinrent en aide; le chancelier fialherg, frère du prince électeur de v Mnyonce, et qui devait lui succéder prochainement, promettait au poète une position brillante aussitôt iftt'il serait en possession de sa souveraineté. Tous ces arguments devaient toucher madame de Lengc-fcld; on se décida entin it lui faire connaître la situation. Schiller lui demanda la main de Char-lotte au mois de décembre 478D; deux mois après, le '12 février 1 790, le pasteur Schmidt unissait .Schil-ler et (;harlotle de Lcngcfcld dans un petit village des environs d'Iéna.
l.e voilà marié; une jeune femme, un cœur d'ë-lile, va l'aider à accomplir sur lui-même ce travail •le rénovation qtt'il poursuit depuis plusieurs années avec une ardeur inquiète. Sa helfoiiière, sa bclle-- Mour Caroline, lui seront aussi d'aimables auxiliaires. Schiller a besoin de lar société des femmes il a Ijc-- »>iii de sentir autour de lui des rimes affectueuses et lévoiiées. Quand on lit sus lettres à Koerner, on re-iianjtu*, à partir du mois de mars 1700, un certain ijtiiiseineiit général, ou plutôt une soi te de sécurité Nteltcctuclle et morale qui, loin de refroidir sa verve, lui permet au contraire de se déployer libre-ment. De 00 à 92, l'histoire, la philosophie et la I poésie l'occupent à la fois, et dans chacun de ces M domaines, chaque pas qu'il fait indique une trans- m formation de ses idées, une conquête de son intelli- t gence. C'est l'époque où il écrit l'Histoire de la guerre II de Trente ans, où il s'approprie par maintes pensées E originales l'esthétique de Kant, et conçoit le premier plan de son drame de Wallewte'w* En même temps, g des projets sans nombre se croisent dans son esprit 1 un jour il veut composer un Vlnlarque allemund une | autre fois, c est un poëtne qu'it a en tête, un poème I épique où toute la civilisation moderne devra être I idéalisée comme la culture hellénique dans les I poèmes d'Homère, mais sans fausse imitation de ta I naïveté primitive « H faut, dit-il, que l'élégance, 1 la finesse même, pour peindre la société moderne, I soient unies à ta grandeur, et que la solennité dit I sujet se réfléchisse avec grâce dans les octaves du I
Tusse, m te héros de ce poème devait être d'abord i
1 rédéric le Grand il t'abandonna bientôt pour Gus- I
lave-Adolphe, cl iinil par comprendre que sa voca- I
tion vtVitahlc était le drame et non pas l'épopée. I
L'esthétique surtout l'occupait avec passion. Le
lî> octobre ni»2, il écrivait à Koenter « Je suis
enfoncé jusqu'aux oreilles dans tu Critique du juge.
ment de Kant. Je ne me reposerai pas avant que j'aie
pénétré la matière de fond cil comble cl qu'elle suit
RKTftB (KKTHK ET SCHIUBIt.
devenue quelque chose entre mes mains. » l'eu de temps après, il ouvrait à l'université d'Iéna un cours sur l'esthétique. Au bout de quelques le-çons, fout plein de ses idées, maître d'un système enthousiaste et viril où la liberté illumine de ses rayons tout l'univers moral, il voulait résumer sa théorie dans un dialogue intitulé Kallias. Ce dialogue n'existe pas, mais nous avons la philosophie du beau folle que l'a conçue l'auteur de Wallemtein compo-sée par fragments, indiquée dans ses mémoires sur le sublime, sur latpâce et la dignité, sur la poésie naïve et sentimentale, développée surtout dans sa cotres-pondance avec Kocrner et dans ses admirables Lettres sur l'éducation esthétique du genre humain, cotte philosophie de l'art est une des plus merveil-leuses productions de la période où Schiller est en-tré en 1700.
Pendant que Schiller était plongé dans cette con-templation de l'idéal, il apprit un matin par les jour-naux que l'Assemblée législative lui avait décerné le titre de citoyen français. Le 20 août i 702 pen-ilaul ces jours terribles qui séparent la chute de la royauté de ln proclamation de la république, au mo-ment où l'Europe se lève contre la France, où la Commune s'organise avec des transports de fureur, <m'i les massacres de septembre! se préparent, le 1 Et non le (f nniK, comme le «lit H. fiim> Pnlleskr.
WHtaESl'ONIHSCK 13e 2ft août, l'Assemblée législative admettait soUmneHe-ment parmi tes citoyens de la France un certain nombre d'étrangers qui avaient bien mérité du genre humain. L'un des considérants du décret ne man-que pas de grandeur, et révèle môme d'une manièro expressive les préoccupations de ceux qui l'ont ré-digé. t La Convention \a se rônnir, disaient les gi-rondins vainqueurs au 10 août etdéj& menaces à t<*ttr tour nu moment où la France va tuer ses destinées cl préparer celles du genre humain, appelons à nous lotîtes les lumière*. Uonnons à tous ceux qui ont servi l'humanité le droit de concourir à ce grand Mit. >» Lise/, maintenant la liste de ces hommes à qui les girondins voudraient ouvrir les porteà de la Convention. S'il y a des fou* comme Anaclwrsis C.luoU1, il y « surtout de nobles esprits, de vérita-bles représentants de la liberté. Lorsqu'on voit Ver-- Kiùaud et ses amis, à la veille des luttes de 95, dé-signer ainsi au choix des électeurs des liliéiiiux an-glais tels que William Wilberforee, JcrémicBcntham, .lames Mackinlosh, David Williams; des écrivains nllcmauds comme .loadiim-Mcnri Campe, Pestalozzi, Klopstock, et surtout ces illustres citoyens de l'Amé-
Mallipiirr>uspincril »•<: itirciil les fous ipii ri^iondircnt b l'appel fie liiroiiiliiis. O'H'Unics jour<i i*{iW« le \o\<- <\n '20 noftt rt'.l'i.Anacliar.M^ r.lwilt y.: Vi«>«iit il la lulir»' cli! l Vssi'taltlt'P et tvumiehit les lt'j;-s;i
tint'» (i:ms nti tliviiurx (•ni|i|inli<|ni> <̃! j;ifrtosiim\ leniiini'' jinr (••-
imils a Jli'ii l'ifin- cri lr:nu:ii- niun an»' isl sltns tnlitltc. » Vdil.i
I lioninio iui'oii uvitil Associe it KWstntik, « Sch»ltw. sWVnMiin^ton'
EKÎBB fitETHG ET SCIIf M.KH.
tique, un Madison, un Hamilfon, un George Wash-ington, ne sembïe-t-iï pas que les derniers défen-seurs de l'ordre social appellent à leur secours tous les libéraux de l'univers contre les despotes du ter-rorisme'? La loi du 26 août 1792 a beau «ire con-ire-signée Danlon, elle est signée du nom de Clavière, et c'est Ro|and qui frit chargé d'en adresser copie aux nouveaux citoyens français nommés par l'Assem-blée. Or, la liste de ces citoyens avait déjà été dres-sée et acceptée, lorsqu'un membre demanda qu'on y njonfcU le nom de Schiller. Seulement, au milieu du tumulte, le nom du poète mal prononcé fut dé-figuré de telle façon qu'il était impossible de le re-connaître. Quel élail donc ce M. Gifle, pubticiste alle-mand, si étrangement substitué 5 Schiller, l'auteur îles Brûjands et des Lettres philosophiques* Ce fut 1 Oite proposition fut Faire par (iimrirt, un <l<s principaux nra-ti'Mi> de la Gironde Quand on lit te Moniteur du mardi 28 aoul 1702, (|'ii ri'iifcrmc la sAinff» du 26, il est ((illicite de no pas é|iiraivor le '̃̃iitiiiiPiit i\»k nous exprimons iri. Bans <;rltt> rii^mi' sdanci1. le <lé-liiiti1 .loitit Dclii y osa proposer à l'A'-wmliliV l'oi^nnis'ilion d'un coriis ib' limite rcnls hommes qui sn (It-vniifrntrnt :i nomliaUre corp» è n(> iwliviitueltemcnt, li"s rois ipii vcrKiicnt ilo. drélurer la fîiirrre :i l.i ainsi que lescommaiiilaiits do leurs nnuwsi. En tl'niiliYs iiiiiu-.s, ou ili mandait A I'AsspciiMiU; It^istalivo <l'ornaiii«îr une l«;i»>li' t\e iloiiw* «enJ* assassins. Vcrpiiaml, en <|fi«>lf|tirs paroles «!lo-- '|ii>i>l«st exprima le di'poiH que lui inspirait nnr folle pctisi'c ic;m l)i hi-y tiniiv.'i cependant des (Irli'iiM'iirs. cl In cupiiciti C.liubot n>-- • !;mm;i ti'a\iinr<> mte pince dans sa liston. l.<* roiilfaslo, ce. tue sriu-- Mi\ est a^spx «"sprcsfif ici, W*s forcciK's voiil.int aiim-r des jismis-- -iii' l,t. Vorpniaiid. (Juadet, appelant au so:'nui's de la it'-volnimn l'- WtHM'i'ftiKx1 ot les Washington, V. tiille. publiante aUfmautl; c'est ainsi <nin !<• nom de Scliillrr ̃ -t '-fi il dans riniprinir iln I» loi du 20 iiortl. et dan« ta IpKiv dp Itn-- 1.^ COKItBSPONDANCR seulement au bout de cinq ans que Schiller reçut y par l'entremise de Camp, et la lettre de Roland, et son diplôme de citoyen français. Toutes ces pièces sont peu connues on nous permettra de les repro-duire ici. Voici la lettre de Roland, ministre de la République française, à M. Gille, publiciste alle-mand.
Pari», le 10 octobre 1"!>4, l'an IV de la IKpnhliqur française.
J'ai l'honneur de vous adresser ci-joint, monsieur, un imprimé, revêtu du sceau de Vfttat, (le la loi du *2f> août dernier, qni confère le titre de citoyen fran-çais à plusieurs étrangers. Vons y lire/, que la nation vous a placé au nombre des amis de l'humanité et df la société auxquels elle a déféré ce titre.
l/Àssemltlùe nationale, par un décret du 0 septem-bre, a chargé le pouvoir exécutif de vous adresser cette loi; j'y obéis en vous priant d'être convaincu de la sa-tisfaction que j'éprouve d'étro, dans cette circonstance, le ministre de la nation, et de pouvoir joindre mes fond «pii accompagni' «cl imprimi1. M. Iloffinoisler, qui riprotillit ce» itotnnwnts. tes n pus entre l«s main». [Hv$. Stltiller't U.btu;
V vdit.. tHSH, i. H, y. IKIM le Moniteur W noùt, n'iV.rit \m
(iille, mais (iilletn. On sait avec i(m Ile nc^ligcnw s'iiii|uiiiiaipiil
eus nutiuh'iis dtt Moniteur. Il y ti jiIih d'un nom (Icftgiirt dans la
liste des ttrnnjspr* iH«sir«>i> à «fui I'AmskiaUvc tlwrnnit In Wrc de
UUtyi'ii fr«ii<ii-i Campe s"t(|>pollo C-impre, Bentham rat devenu
Ut'tithoon. fi Miickiittosk sVgt trniisl'oriné en ilakinfloxh- « i'st |>m--
lijlilt- <|in' le Cnitkfrt du Moniteur, vfAtt^iè de iimucnu et rciulu
plus miîrniiii:iissali\il enrove. » pcvdu ses Ivnis <lcf«UH'cs lettres daa*
ritiipriuiC' de la lui du ÏÛ août, ltnland, qui ivyrocluit l'ortlingraiilii1
do cet iiii|iiinu' ne snv.iit \u\< sans dmilc A qui il :idicssail sa
ir.isi>ive.
BNTRK'fifKTflti ET SCHILLER.
sentiments particuliers à ceux que vous témoigne un grand peuple dans l'enthousiasme des premiers jours <le sa liberté.
Je vous prie de m 'accuser réception de ma lettre, afin que la nation soit assurée que la loi vous est par-venue, et que vous comptez également les Français parmi vos frères.
Le Ministre de l'intérieur do la République
française,
Roland.
A M, Gifle, piibliciste allemand.
La lettre dit ministre de la fWpubliquc était ac-rnmpagnfo dit document que voici; c'csl t'imprime dan! parle Roland
̃m cnjiFÈm: ts mm de citotek Fn.ciç.m a pu-sicnt- ^.traxckii».
Ou îflnoilt 1193, l'an qualrtâme de ta lihciliî. l/Âssonihlt'-c nation,! le, considérant que les hommes >|iti, par leurs écrits et par leur courage, ont servi In cause de la liberté et préparé l'affranchissement des peuples, ne peuvent é"tre regardés comme étrangers par une nation que ses lumières et son courage ont rendue lihrc; Considérant que, si cinq ans de domicile en France Mifiiscnt pour obtenir à un «'(ranger le titre de citoyen fiançais, ce titre est bien plus justement dû a ceux qui, f|iiel que suit le sol qu'ils habitent, ont consacré leurs u» eonniîspoNiv.vscfi hras et leurs veilles à défendre ta cause des peuple» contre le despotisme des roi», à bannir tes préjugés de la terre, et à reculer tes bornes des connaissances humaines Considérant que, s'il n'est pas permis d'espérer que tes hommes ne forment un jour devant In loi, comme devant lit nature, qu'une seule famille, une seule asso-ciation, les amis de la liberté, de la fraternité univer-selle, n'en doivent pas être moins cliers à nue nation i[ui a prorlnmé sa renonciation à toute conquête, et son désir de fraterniser avec tous tes peuples
Considérant enlin qu'an moment où une Convention nationale va fixer tes destiné»-» de la France, et préparer peut-être celles du genre humain, il appartient à un peuple généreux e.t libre d'appeter toutes tes lumières | et de déférer te droit de concourir ù ce grand acte de I raison à des hommes qui, par leurs sentiments, leurs | écrits et leur courage, s'en sont montrés si éminemment I dignes I
Déclare déférer le titre de citoyen français au docteur Joseph Pricslley, à Thomas Payne, à .lérémie Bcntham, I à William Wilhorforce, M Thonuis Clarkson, à Jacques Markintosh, à Ihvid Williams, à N.Gorani.à Auacharsi<> Clootz, à Corneille Pamv, à .foarhtm-Hcnri Campe, à N. IVstalozzi, à George Washington, à Jean llmnillon, à N. Madison, à lr. Klopstock, et û Thadéi' Kosc'msko,
ni1 Mf:»K joi:h
Un membre demande que le sienr faille^ publi--
tislc. allemaud, soit compris dans la liste de renx »
R.UBB «tfCTlffi KT SCIUI.I.KR.
Itf H»i l'Assemblée vient d'accorder le titre de citoyen français. Celte rfom»n(f(> est adoptée
Au nom de ta nation, te conseil exécutif provisoire mande et ordonne tous les corps administratifs et tri-bunaux que les présentes ils fassent consigner dans Iwirs registres, lire, publier et afficher «ton» ieurs dé-- Ivirtenicnt.H et ressorts respectifs, et exécuter comme toi. En foi de quoi nous avons signé, ces présente! aux-ijiit'lles nous avons fait apposer le sceau de l'État. Caris lo iitii'nif jour du moi» .le ocpteiihiv mil -flpt ron( i|i«ilr<v vingtrl.nt/r. an IV il« 1,1 lilu>r(i>.
Signé Clavièrc. Contresigné Danton. Et scellé du
stem de l'Etat.
Certifie conforme à l'original.
Danton.
Paris, i)e riniprimerie nationale néculive du f.<mvn>, 179-i (Vl hommage rendu à Schiller par l'Assemblée législative est l'origine de certaines erreurs fort nr-iTéditées aujourd'hui sur tes rapports de Schiller cl île la Révolution française. A voir ces curieux docu-ments, ne doit-on pas croire naturellement que l'au-f'-Mi- de Don Carlos, comme Pestafozzi et Joachim f'nmpe, avait accueilli avec enthousiasme les promes-- U Moniteur iln 2»* amU t7!W w» mcniinnne pas cet inriitenl .n vnit ·nlmnrnt yur Ir unm etr (üllcPrx rct Ir drrnirr yelr la listc. ̃h voit M'iilciiifni i|u<> le iinni de CiHterx est l<; (Jornicr sur l;i Hstp. ,1 mÎ! H'UIl'IIII'UI '1III! II' 11/1111 (;illl't'TN l'slll~ tlernic'r SUI' 1:1 lisll', -i-il lie«..i« di» ra|>|»<Ii't' i|»(> fc Moniteur i!tair oslrfmeiiipiit inniiti- ̃l-i diim If (vmi|ilc rendu des stances de t'As«emM<lo?
00ftRES»O,\&JlKC.E ses «le 89 qu'il tes avait peuttUre glorifiées dans ses vers, à l'exemple dr> Klopsloek? Il n'en est rien. Le poète révolutionnaire dos Rrùpimlx, de Fiesque et de Louise Miller, le sublime rêveur qui se proclamait ci-toyen du monde avec le marquis de Posa, l'apprécia-teur intelligent de Voltaire et de Montesquieu, le disciple passionne (te Jean- Jacques Rousseau, avait ressenti dés le premier jour une sorte de défiance vis-à-vis delà Révolution française. Certes, la théorie qui refuse aux races romanes le véritable sentiment de la liberté pour l'attribuer presque exclusivement aux races saxonnes, cette théorie, à laquelle la France ne se résigne pas nous l'espérons bien, et qu'elle réfu-tera quelque jour par des arguments sans réplique, cette théorie, dis-je, n'était pas formulée du temps de Schiller comme elle t'a été de nos jours par des écrivains èminenls on dirait cependant que Schiller obéissait d'instinct it des idées analogues. Il a beau répéter qu'il est citoyen du monde, il a surtout les yenx dirigés vers les peuples de sang germanique. A la fin de mai 17 Hi), au moment où la France est ivre d'enthousiasme, à l'heure où l'Europe entière nous admire, où Kant tressaille de joie dans sa solitude de Kœnigsbcrg, où Klopslock nous envoie une salve de
strophes retentissantes, Schiller, dans sa chaire de
l'université d'léna, glorifie la libérale civilisation du
dix-huitième siècle; et sa\ez-vous quels peuples sont
1 II gufllra do citer chez tes Mlenintiils M. lîoi'vinu». et pnnnt
inHis M. Krimst Hi-nan rt M. ftinitettonti'iuit.
ENTRE «îfKTIIE ET SCKULEK.
IKi pour lui les représentants (le la liberté? La Hollande, la Suisse et l'Angleterre; «l'Angleterre, dit-il, où chacun ne doit su liberté qu'à lui-même'.» Devinait-il déjà chez le peuple de 89 tes emportements démo* erotiques si favorables à l'établissement de la tyran-nie? Apercevait-il, dés ces premiers jours si beaux, la société des jacobins, lit Commune et le Comité de salut public? fi est certain que de mois en mois sa défiance ne fait que s'accroitre: on en trouve maints témoignages dans sa correspondance avec Koerner. Les deux amis sont d'accord pour plaindre ces têtes sans direction (rkhlunystose Kcepfe), pour flétrir ces coquins avides de pouvoir et leurs infâmes aijetits (ver-irorfene Wetkzeuge hetrsehsuchUger Bôsewichter). Ils Imitent parfois la Ilévolution et la France avec une injustice qui nous révolte parfois aussi ils éprouvent lout à coup pour elles de loyales et douloureuses sympathies. Au moisde décembre i 792, Koerner se ré-jouit «le nos victoires sur les Prussiens, et il écrit à Schiller: «J'espère beaucoup pour les Français de l'heureuse issue de celte guerre. Le sentiment de leur force pourrait bien leur donner un nouvel élan moral; on verrait alors lu fin des atrocités qui n'étaient que la suite de la faiblesse et du désespoir. » Au momcnt où commence la lutte des girondins contre tes mon-tagnards, Schiller, électrisé sans doute par quelque 1 Ikr Nentch M fret an der Thème, trnd (Or dièse FreiUU sein • igciur Schulder.
r,(»HnKSt>«>H»\M'.K p; tU discours de Yergniuud, recommande a Koerner la lecture ûxiMwiteur: «H faut que tu liseste Moniteur. Si tu ne l'as pas sous la main, je te renverrai. Les séances de la Convention sont reproduites avec tous Us détails; tu y verras lesFntnçais dans leur force et leur faiblesse. » Enfin, c'est à cette époque (décembre 1 702) qu'il conçoit l'idée d'adresser à la Convention ta défensf! de Louis XVI il a même un instant la pensée de se rendre Paris pour y accomplir, au péril de sa vie, son devoir de citoyen Nous aussi, nous avions alors un généreux poêle tpù entreprit la défense du roi, dans l'intérêt de lu fronce et de la dévolution de 89. Au moment où Schiller écrivait « Koerner « Ne pourrais-tu me trouver un traducteur français? Je ne puis résister au désir de composer nn mémoire pour le roi; » il ce moment-là mûtwc, André Chétûer traçait d'admira-bles pages, qui valent ses plus beaux vers. L'homme qui avait célébré le serment du Jeu du paume et défendit contre ftdmoml Itavke les principes de 89, fidèle jusqu'à lu mort à su foi politique, rédigeait, après le iU janvier !)">, la lettre de Lotm XVI aux tUptiién if«: ta Coiiïenho»!, cette belle lettre, eurrijîée par Malcsherbcs, ou l'appel au peuple est réclamé une dernière fois avec tant de noblesse et d'élo-quence. f,e n'est pas tout après avoir parlé ait nom >iu roi, il parlait en son nom, et sun manifeste ù
V\e« *c» I. dites à liutliutimc (le Humlwldl
fcNTUE GOSTHB ET SCHIMEft.
in Unis les citoyens français était répandu dans les campagnes par milliers d'exemplaires. Que de pages il a écrites pour sauver la France, la liberté, la Cou*stitution, pour sauver l'idéal de 80! Ce que Schiller voulait faire, c'est André Chénier qui l'a fait. André Chénicr, Frédéric Schiller, soyez à jamais unis dans le souvenir de la France, comme vous l'êtes sans tloule, âmes fraternelles, dans les divines régions de l'idéal!
Ces triques émotions ne furent pas inutiles au développement intellectuel de Schiller. Il comprit plus vivement que jamais la nécessité de préparer le genre humain au sentiment vrai de la liberté. Ses Lettres sur l'éûmalwi esthétique de l'homme, un de ses meilleurs ouvrages, sont manifestement inspirées par le spectacle de la Révolution. Ce n'était pas, disait-il, aux révolutions prématurées, et nécessai-rement violentes, qu'il appartenait de créer l'homme nouveau. Cet homme nouveau, cet homme libre, libre «le la liberté morale, c'est-à-dire sachant se posséder lui-même, qu'une éducation philosophique ivnssisse enfin à le former, et on verra se déployer sans secousses les révolutions bienfaisantes. Et quel est, selon Schiller, le vrai moyen de former l'homme libre? Le sentiment du beau, l'amour de l'idéal, instinct sublime que le Créateur nous a donné pour ôlre l'instrument de notre délivrance, instinct confus «l'abord, mais réel, inné chez tous, et qui. exercé, I4»i CORHKSt'ÛtlUASCIi épuré, pertectionné, finit par nous affranchir de S toutes les tyrannie» de ta nature grossière. Philo- S sophe et artiste, Schiller semble dire à tous ses H émules: Faciumus hominem Et, en même temps fS qu'il veut former l'homme de 1" avenir, celui que tes 19 révolutions ne précipitent plus sous te joug du despo- h Usine, il donne lui-même l'exemple; il devient de 1|| jour en jour cet homme libre dont il parle en termes PI si magnifiques. Ce n'est plus le Schiller d'autrefois1, fe dégagé de ses anciennes entraves, on sent qu'il s'é- rfj lève d'un vol facile vers les domaines de l'idéal. L'art, p la philosophie, 1 amour, l'amitié, épurent à lu fois |j son âme fougueuse. Guillaume de Humboldt, qui a f| épousé en 1701 mademoiselle Caroline Daeheroden, Q amie de lu famille de Lcngefeid, est devenu bientôt | l'un des confidents intimes de Schiller. Fichte, le £j généreux Kiclite, est aussi un des frères de sou es- | prit. A mesure qu'il s'élève ainsi, et qu'une sorte sjj
d'attraction mcrveilleus(> réunit autour de lui le» |§
plus nobles enfants de l'Allemagne, n'y aura-l-il fc
donc pas un rapprochement entre Schiller et E
G<P<tM'.
lîœtlie, qui connaissait madame de LengetVItl, m
avait rencontré Schiller il Kudolstadt, mais la ren- Jt
contre avait été aussi rapide que fortuite: il ètait
clair qu'ils s'évitaient l'un l'mitrt*. Dus tard, ce*
occasions de se voir se renouvelèrent encore, soit à
Wcimar, soit ii lêtia, et les deux poètes parurent
ENTRE GfEÎHE ET SCHILLER.
{«7 toujours empressés à se fuir. Nous avons dit avec quelle rapidité Gœfhe s'était affranchi lui-même des inquiétudes de Werther, et comme son voyage d'Ita-lie l'avait rendu amoureux de la beauté pure; Schil-ler, avec son inspiration désordonnée, n'avait-il pas dO lui apparaître, des le premier jour, comme un marnais génie? au moment où l'auteur du Tasse s'était efforcé de délivrer son pays des fausses imita.tions de Shakespeare, où il avait voulu calmer la (ièvre de l'art et inspirer le goût de l'harmonie, l'auteur des Brigands lui avait enlevé son public; tm (orrent de passions fougueuses et de paradoxes (leelfiniafoires, c'est Goethe qui parle, roulait de nou-veau, comme en 1770, a travers la littérature alle-mande. Les transformations mêmes de Schiller sem-blaient creuser un autre abime entre les deux potUes. (icothe, après 80, avait cherché un refugo pour sa pensée dans l'étude des sciences naturelles; la nature ((('venait sa loi, sa poésie, sa philosophie, sa religion, et c'était précisément alors que Schiller, s'appro-priant la système de Kant, ordonnait à l'homme de < 'élever au-dessus de ta nature pour atteindre l'idéal rie son être. Sublime enseignement, à coup sûr, mais bien peu fait pour réconcilier ces deux es-prits. K:int et Gwthe, ce sont, on peut le dire, tes deux pôles, non pas seulement du génie germani-que, mais de la pensée humaine. Quel accord espérer entre le disciple de Kant et le disciple de Spinosa, 14»
entre le stoïcisme héroïque et le naturalisme con-fiant? Aucun accord, aucun lien n'était possible. Gœthe le croyait sincèrement et le répétait sans cesse; Schiller, de son c«Mé, dans ses lettres à Koerner, ne cachait point son antipathie croissante pour ce génie égoïste. Schiller fit plus; cette antipathie, tant de fois exprimée dans ses épanchements intimes, un jour vint où elle éclata publiquement. Dansla belle dissertation esthètique&ir laGrâeeet la Ditjnité Goethe est signalé comme le type de ces poêles qui, devant tout à l'in-stinct, incapables d'un effort viril, incapables de se régler et de se régénérer eux-mêmes, n'ont qu'une floraison rapide et passagère. « Produits de la nature et non de la volonté libre, ils retournent bien vite à la matière d'où ils sont nés. Ces météores, qui avaient tant promis, ne sont plus alors que des lueurs ordinaires, et, quelquefois, bien moins en-core. Il Injustes et cruelles paroles I Gœthe, qui avait le sentiment de sa force, les rappelle sans amertume. « Son article sur ta Grâce et ta Dignité, dit-il simplement, n'était pas de nature à nous rap-procher. »
n fallait pourtant que ce rapprochement eût lieu. Éloignés tous deux de la poésie, celui-ci par l'amour des sciences naturelles, celui-là par une étude achar-née de la philosophie kantienne, ils avaient besoin
Veber Anmuth and H tinte. Ce travail tôt puMU1 en fïttl donc
taTftate.
KNTflE fi(KT(fE ET SCHILLER.
ts.
de se connaître, de s'entendre, de se compléter l'un l'autre, pour rentrer dans leur voie et terminer leur œuvre. a Ainsi donc, s'écrie douloureusement M. Gervinus, chez lesdeux grands artistes qui avaient créé notre nouvelle poésie, l'activité poétique se trouvait tout à coup interrompue! Notre impatience avait été si vive, quelques années auparavant, que nous pouvions à peine, dans notre froide zone, nous résigner à attendre l'épanouissement des bourgeons sur l'arbre de la poésie allemande; maintenant, tes feuilles délicates commencent à se déployer, et, avant que te calice de la neur soit ouvert, une gelée nouvelle vient encore arrêter la sève » Non, l'heure est venue où les bourgeons vont refleurir, et la se-conde floraison sera plus belle qne la première. [/antipathie que tes deux poëtes semblaient éprou-ver l'un pour l'autre cachait, nous l'avons dit, une attraction involontaire et secrète. Comment serait-i! possible d'en douter, lorsqu'on voit cette haine, dont l'arle Goethe, faire place si rapidement à une amitié si profonde et si tendre?
Itien de plus simple que la première entrevue d'amitié entre Gcethe et Schiller. On ne sent chez eux ni embarras ni effort. Ils entrent de plain-pied dans ces relations qui, la veille encore, leur parais-saient impossibles. Les travaux de Goethe sur les sciences naturelles avaient été comme un obstacle de plus entre le disciple de Spinosa ci le disciple de
OOnUESPONDANCR Kant ce sont précisément ces travaux qui furent l'occasion de leur alliance. Écoutez ce que nous dit Gœthe, dans ses curieuses notes sur l'histoire de ses études botaniques « Les plus beaux monuments de ma vie sont ceux que j'ai consacrés à l'étude de ta métamorphose des plantes; l'idée de leurs transfor-mations graduelle; anima mon séjour de Naples et de Sicile. Cette manier»* it envisage»* Ir règne végétal me séduisait chaque jour davantage, et, dans toutes mes promenades, je m'efforçais d'en trouver de nou-veaux exemples. Mais ces agréables occupations ont acquis une valeur inestimable a mes yeux, depuis que jcle.ur «lois t'une des plus belles liaisons que mon heureuse étoile m'ait réservées; elles me valurent!'»-initié de Schiller, et tirent cesser la mésintelligence qui nous avait longtemps séparés. Comment les choses se sont-elles passées1} C'est Goethe encore qui nous le raconte dans ses Annales. Un jour, a léna, pendant les premiers mois de 1704, au sortir d'une séance à la Société d'histoire naturelle, Goethe et Schiller se rencontrent à la porto, lia conversation s'engage, Schiller se plaint de la méthode fragmen-taire adoptée par les naturalistes, méthode ingrate, et qui éloigne les profanes. « Elle répugne même aux initiés, répond Goethe il y a certainement une autre manière d'envisager l'action de la nature créa-trice, en procédant du tout a la partie, au lien du
l'examiner par fragments isolés. » Gœthc expose sa
F.HTftB U«!T»E ET SCHI Ù£R.
tr>t
méthode; Schiller écoute et demande maintes expli--
cations. On arrive, tout en devisant, à la maison de
Schiller; on entre, on s'assied; la causerie et la dis--
cussion recommencent de plus belle; l'idéalisme
kantien de Schiller et le réalisme de Gœthe sont aux prises. Ileureuse soirée! Discussion fecondel De cet entretien philosophique sur les transformations des plantes est née cette nmifië des deux grands poêles, ft'nufrcs circonstances yconlribnérent encore. Gœthe termine son récit par ces mots « Le premier pas ♦'̃lait fait. n y avait en Schiller une singulière puis-sance d'attraction it saisissait avec force tous ceux qui s'approchaient de lui. Je m'intéressai à ses pro-jets, je promis de lui donner, pour son recueil les Heures, bien des choses que je tenais cachées. Sa femme, que j'aimais et appréciais depuis son enfance, contribua pour sa part à consolider notre union. Mnst fut conclue cette alliance qui n'a jamais été in-lerrumpue, et qui a fait tant de bien, à nous deux d'abord, puis à bien d'antres. Pour moi, en particu-lier, ce fut un printemps nouveau, où toutes les se-mences germèrent, où toute sève monta, et s'épa-nouit, et s'élança joyeusement au dehors. Le témoi-fwa»e le plus direct, le plus pur et le plus complet de notre amitié est déposé dans le recueil de nos let-tres. »
Quelques semaines après, Schiller, qui venait de fonder avec Guillaume de Humboldt, Fichte et Wott-- 152 f.ORRBSPOSIUHGR ENTRE O(ETHE ET SCUILLEn. mann son recueil littéraire intitulé tes Heure», adresse une lettre à Gœthe pour lui rappeler ses promesse». \& correspondance est commencée; nous n'avons plus qu'à laisser la parole aux deux poètes.