LES HEURES
tm-i7»5- Le 12 juin 1 794, Schiller, tout occupé de la publi-cation prochaine de son journal, écrivait à Koerner, avec une confiance enthousiaste « Ce projet que je parle en moi depuis trois ans a trouvé enfin un libraire entreprenant qui se charge de l'exécution, iltitnboldt est ravi de mon idée, et nous comptons beaucoup sur toi. Si nous réussissons, comme je l'es-piTc, à grouper dans ce journal un choix des meil-leurs écrivains humanistes, nous ne pouvons manquer rl'nbtenir un grand succès auprès du public, (ci, nous sommes quatre Fichte, Humboldt, Woitmann et moi. Cnllie, Kant, Garve, Engel, Jacobi, Golter, lîerder, Klop<ituck, Yoss, Maimoii, Baggcsen, Reinholit, lïlan-kctiburg, Thummel, Lichlenberg, Mallliisson, Salis et quelques autres ont déjà reçu on ne larderont pas à recevoir un appel de notre part. Nous te réservons une place dans le comité d'examen; cela nous donnera bien quelque peine, mais en revanche nous serons mieux payés de nos travaux. Tout membre du comité d'examen recevra six louis d'or par feuille, et, pour stimuler le zèle des écrivains, chaque septième feuille sera payée double. Je serai rédacteur en chef; à ce titre, l'éditeur m'assure une somme fixe, en dehors de mes droits d'auteur. Notre journal sera une œuvre qui fera époque; quiconque se piquera d'avoir du goul sera bien forcé de nous acheter et de nous lire, Je suis admirablement pourvu de matériaux pour les deux prochaines années. Fichle est un esprit très-fé-cond, et Woltmann un auxiliaire précieux pour les tra-vaux d'histoire. Quelle lâche nous t'assignerons, c'est un point qui a été déjà débattu pendant de longues heures entre llumboldtel moi; mais nous ne sommes pas d'accord, et nous avons ajourné la décision jus-qu'à ton arrivée ici. llumholdt est un tiers excel-lent dans notre amitié, tu en feras toi-même l'expé-rience il te lit, et t'apprécie infiniment. Fichle est une connaissance il faire; il t'intéressera au suprême degré, mais plus par le fond que par ta forme. La philosophie a de grandes choses à attendre de lui.» Il
Après cette lettre naïve, familière, pleine d'épan-chements et d'illusions, il faut lira, sans transition,
ENTRE BIKTWK ET SCKtUER.
ta lettre de Schiller à Goethe, la première page de la correspondance des deux grands poètes. Quelle solen-nités! Que de formules cérémonieuses! Ce n'est plus un ami qui s'épanche dans le cœur d'un ami, ce n'est pas même un confrère s'adressant à un con-frère, c'est une requête en style officiel. Quelle que soit l'admiration de Schiller pour Gœlhe, il y a ici autre chose que tes respect; on voit que le journaliste s'adresse à un personnage de cour. Quand on songe, je ri<> dis pas à la familiarité qui s'établira un jour entre les deux poètes (ce mot de familiarité ne sau-rait convenir à Gœlhe), mais à la sérieuse tendresse qu'ils ressentiront l'un pour l'autre, â l'amitié fran-che et virile dont ils donneront au monde un magni-fique exemple, celte première lettre, si formaliste, si froidement compassée, produit une impression singulière. Pour deux dmos qui vont bientôt con-fondre leurs sentiments et leurs pensées, pour deux fténies qui vont se compléter, s'enrichir mutuelle-ment, reprendre d'un même vol un essor nouveau, et s'inspirer tant de chefs-d'œuvre, voici, à coup sûr, un étrange point de départ.
l.<tw, 14 juin 1791.
Très-illustre monsieur, très-lionoré conseiller
intime, La feuille ci-jointe vous fera connaître le vomi d'une siiiiété qui a pour vous une admiration sans bornes; il 150 CORRKSPONOANCK y est question d'un recueil périodique, et nous venons H solliciter l'honneur de votre collaboration, sur le mé- M rite et l'importance de laquelle il n'y a qu'une voix 11 parmi nous. Si vous vous décidez, très-illustre mon- H sieur, à protégtr cette entreprise en vous y associant, M vous en assurerez le succès d'une manière décisive; M et c'est avec le plus grand empressement que nous vous soumettons d'avance à toutes les conditions qu'il >. vous plaira de nous dicter.
MM. Fichte, Woltmann et de. Humboldt se sont déjà ':1 associes à moi pour la publication de cette feuille pério-dique, et nous avons reconnu qu'il sera indispensable R de soumettre tous les manuscrits qu'on pourra nous 1 donner à un conseil d'examen spécial. Nous vous se- 1 rions donc infiniment obligés si vous vouliez, en même § temps, consentir à être membre do ce conseil. Plus la t participation dont vous voudrez bien honorer notre en- i treprise sera active, plus elle aura de mérite aux veux I de la partie éclairée du public, dont l'approbation a le 1 plus de prix à nos yeux. I
J'ai f tiomtcur d'être avec respect, très-illustre mon- I sieur, votre très-humble serviteur, et le plus sincère de I vos admirateurs, 1
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