I.F.S HF.lïHES
tesll^Hn's.lelestletitresouslequel paraîtra, au corn- 1
iiicncemciit de l'année 1 705, une feuille mensuelle rédi- I
géc par des écrivains bien connus du public. Ce recueil I
KNIBK GfKTJIK ET SCOTLLEli. 157 I contiendra tout ce qui pourra être traité d'une maniéi I agréable et dans un esprit philosophique, c'est-à-dir I tins productions philosophiques, poétiques et histo I ri(|iics. Tout ce qui ne pourrait intéresser que les sa I vmils ou les lecteurs sans instruction en sera exclu mais nom nous interdirons surtout, et d'une manièn 1 absolue, ce qui se rapporte à la religion et à la poli. I tique.
lin un mot, te but de ce recueil est de procurer aux "cris dit monde une lecture aussi agréable qu'iiistruc-liu\ tout en fournissant aux savants le moyen d'éclian-ffv librement leurs idées, et de chercher des vérités m nu elles. En s'eiïwçiHil d'enrichir la science par lu valeur du fond, 011 espère aussi étendre le cercle des kvh'\m par t attrait de ta forme.
It existe aujourd'hui tant de journaux, qu'il est diffr-- I cil«î tlt» se faire lire, et, après un si grand nombre de tentative» malheureuses sur ce terrain, il est plus diffi-cile encore d'inspirer de la confiance. Les moyens que l'on m> propose d'cmplojer pour vaincre ces difficultés feront voir si, en effet, les Heures peuvent espérer <1 obtenir du succès.
f.c mérite réel d'une entreprise littéraire peut seul Ini assurer la faveur constante du public, et cependant, ce n'est que cette faveur qui peut donner aux fonda-leurs d'une pareille entreprise le courage et la force de ne jiii.s reculer devant les dépenses matérielles qu'elle p\iyi«. Pour rendre possibles ces dépenses iudispen-sihh'K an succès, il faudrait que ce succès fût, jusqu'à un certain point du moins, assuré d'avance. C'est là la (liRïcultc pour la résoudre, il faut qu'un homme entreprerinnt ait te courage de hasarder, sur la foi de ce succès problématique, tes sommes nécessaires pour en faire une réalité. p Certes, il y a un public nombreux dans notre pays | pour les feuilles périodiques comme celle qu on se | propose de fonder, mais trop de journaux èpnrs se partarent ce public. Si on faisait le compte de tous les abonné» de ces journaux, on en trouverait un nombre B plus que suffisant pour couvrir des dépensas très-con- Msidérables. Ce nombre est à la disposition de ln feuille périodique qui réunirait à elle seule tous les avantages l (lue peut oltrir chacune des autres, sans que le prix, l toutdois, en fut beaucoup plus élevé. l
Chaque écrivain de mérite n, dans le monde lisant, s son cercle à lui; celui-là même, qu'on lit le plus n'en a qu'un seul. La culture intellectuelle des Allemands n'est £ .` pas encore assez développée pour que l'ouvrage qui G plait à l'élite des lecteurs puisse se trouver entre les S mains de tout le ironde. Si les auteurs les plus distin. gués de notre nation forment une association littéraire, E ils réuniront, par ce fsiit, le public qu'ils se partageaient I entre eux, et 1 ouvrage à la rédaction duquel il» parti-ciperont tous sera lu par tout le monde des lecteurs. 1 De cette manière, chaque auteur profitera de tous le» i avantages que le cercle le ptus étendu de lecteurs et I
d'acheteurs ne procurait auparavant qu'à un seul. I
Un éditeur capable, sous tous les rapports, de mener I
cette affaire à bonne fin, s'est présenté, dans la per* I
sonne de M. Cotta, libraire à Tubiijgen, et il commen- i
ENTRE <Ï<ETI!E ET SCHILLER
corn ta publication des Heures dès que nous aurons réuni le nombre voulu de collaborateurs. Chaque au-leur qui recevra ce prospectus est, par cela même, invité à faire partie de l'association, et l'on se flatte •l'avoir eu soin de ne pas le faire paraître devant le pu-blic dans une compagnie indigne de lui. Mais comme lit utilisation de entreprise dépend d'un nombre suffi-sant de collaborateur», on ne petit accorder à aucun écrivain le droit d'ajourner son adhésion jusqu'après la publication du journal, puisqu'on a besoin de savoir d'avance sur qui l'on doit compter. Aussitôt que le per-sonnel de la rédaction sera complet, la liste sera en-voyée à tous les collaborateurs.
f/on est convenu qu'il paraîtra, chaque mois, un numéro composé de neuf feuilles, papier vélin, grand in-S. Le prix de la rédaction de chaque feuille est de louis en monnaie d'or. Mais l'auteur s'engage à ne pas publier le rnênic écrit ni dans un autre recueil ni séparément, avant l'espace de trois ans, à moins qu'il il n'ait fait subir à cet écrit des changements notables. Quoique l'on ait la conviction que les auteurs priés de concourir la rédaction des Heures ne produiront rien qui ne soit digne d'eux, nous avons décidé, par dos motifs faciles à apprécier, qu'aucun manuscrit ne serait livre ;'» l'impression sans avoir été soumis à un rotisril d'examen spécial. MM. tes collaborateurs pour-ront d'autant plus facilement se soumettre à cette cou-dition, qu'ils peuvent être assurés d'avance que le con-seil ne s'occupera que de là-propos relatif de leurs écrits par rapport au plan et à l'esprit du journal. Ce too CORRESPONDUKCË conseil, ainsi que le rédacteur en chef, ne se permet* É tront jamais aucun changement dans les manuscrits; i s'il y en avait d'indispensables, on inviterait Vauteur « | les faire. Les manuscrits seront insères suivant l'ordre
M'j de réception, autant que cela pourra être compatible *| # avec la variété qu'exige Vintêrèt de l'entreprise. Cette û exigence nons fait un devoir de ne continuer le même II écrit que pendant trois numéros; il est décidé aussi, M pour le même motif, que chaque numéro ne pourra M contenir que soixante pages du même ouvrage. m
Les manuscrits seront envoyés au rédacteur en chef, §È qui en répondra à MM les auteurs, et sera toujours p prêt à leur en rendre compte. if
Il est presque inutile d'ajouter qu'on ne devra donner K aucune publicité à ce prospectus. M
KiiÉbÉntn Schiller, p
Uaa, le 13 juin i"t. Conseiller uuli(]U<> et (itofcsMur & léna. Ë Es
Mna. le 13 ]nin i i'l.
(itetlte fut vraiment hcnre\u de ces avances de m Schiller. Malgré l'entretien qui les avait rapprochés E un instant à léna, il ne croyait pas pouvoir compter W sur lessjinpathies de son jeune rival. La perspective I
d'une rallaboration avec un esprit si dilfèrt'nt du
sien fut un «'clair subit dans sa vie. Son intelligence I
ai vive, ai prompte, si avide de connaissances non- 1
velles, si libre de strtttinicuts mesquins et de préoiv I
atpations jalouses, comprit iinmôdiatcmenl qu'uno I
pètiode meilleuve allait s'ouvrir pour lui. Sa rè- 1
ponse, cordiale et franche, exprime simplement s;i I
ENTRE fiftîîtJE ET SCIUU.BR.
tai
t4 joie. Quand il parle de ses facultés engourdies qui se ranimeront a»» sein d'une atmosphère vivifiante, on sonl bien que ce n'est pas là un compliment banal, et que déjà le génie, au premier appel, se réveille et s'i'lance.
Wriinsr, 1*24 juin «94.
Très-honoré monsieur, Vous m'offrez un double plaisir, celui de lire le jour-n:i! que vous vous proposez de puhlier et de participer à sa rédaction. Oui, je serai des voiras et de tout mon m'iir.
Si, parmi mes œuvres inédites, il se trouvait quel-que chose qui pût vous étre utile, je m'empresserais de vous le luire parvenir; ce qui est certain, c'est qu'une intime union avec de pareils hommes va ranimer chez moi bien des choses engourdies.
Ce sera déjà une occupation pleine d'intérêt que de rouis mettre d'accord sur les principes d'après lesquels nous jugerons tes manuscrits, comme aussi d'en sur-veiller le fond et la forme, afin de donner à ce recueil un rang à part, et de lui assurerait moins une existence île plusieurs aimées.
J'espère pouvoir bientôt m'entretenir avec vous, de vive voix, sur tout cela. En attendant, recevez mes corn-- [•timeuts affectueux pour vous et pour vos estimables < ollaboratcurs.
fKETIIK.
•îorthe ne tarda pas à réaliser son projet le 21 juillet, il était à lêtui, auprès de Schiller. Ces prê-- 18* CORHESPOMUNCE tnièrcs conférences des deux poètes sont une date |j mémorable dans l'histoire des lettres allemandes. 1 Schiller, plongé dans la philosophie de Kant, sem- I blait disposé à s'y emprisonnera jamais; la recher- | che des lois de l'esthétique le déshabituait, pour ainsi 1 dire, de la poésie vivante, tandis que Goethe, au | contraire, indifférent aux lois absolues, n'aimait que | les choses concrètes, les produits spontanés de la vie | universelle, la nature, eu un mot, dans l'infinie \a- ff rièlé de ses plténomènes. La loi et la nature, ta loi p morale qui veut dominer la nature pour l'épurer 1 sans cesse, ta nature insouciante et léconde qui s'é- fj pauouit sons maintes formes sans s'inquiéter de la loi morale, voilà les deux mondes opposés où Schil-ler et Gœthe semblaient établis pour toujours. Schil-ler était le disciple de Kant, Goethe était le disciple de Spinosa. Schiller, concentrant ses méditations I sur des pensées abstraites, avait fortifié son Ame, I son caractère, aux dépens de l'imagination vivante 1 et de l'inspiration créatrice Goethe, poussé par la I curiosité de son esprit, étendait ses études en toix I sens, et heureux d'assister aux scènes toujours mou- I velles que joue lu théâtre de l'univers, il ne songeait I plus à y remplir son rulc spectateur intelligent et I paisible, il avait perdu le goût de action. Schiller, 1 en se concentrant, s'était furtifié cl appauvri; Gopthe, I en se déployant, s'était enrichi et affaibli. Lesdt-m I
poêles, par des voies iiien contraires, étaient arrhes I
ENTUfc (Ï<KT»B FIT SCHILLER.
y un résultat semblable l'inspiration poétique, le désir de créer, d'imaginer ÎMstzuftêutiren, comme dit Goethe avec grâce, s'était, non pas éteint, mais voilé chez ces puissants esprits. Ils sentaient bien pourtant ce qui teur manquait à chacun; dès qu'ils furent en présence l'un de l'autre, il se fit entre eux un moiveilleux échange de pensées. Le théoricien <lc l>sthétiqtic morale reprenait goût à la nature; le prêtre de la nature s'élevait à l'idée des lois de iVsprit tous deux se sentaient redevenus portes, facilitons Schiller, lorsque Gœthe, après son séjour à It'ua, est retourné à Wcimar; que celte seconde lettre est différente dela première! l'union des deux esprits est commencée, et nom n'avons plus mainte-nant qu'à suivre les incidents divers de cette mu-tuelle éducation.
sr.Hai.en .t giethe
Mm. le 2S août 1794.
On ni appris hier l'heureusc nouvelle de voire re-tour à Weimar. Nous pouvons Jonc espérer de vous re-voir bientôt parmi nous, et pour m» part, je Je souhaite de lotit mon cwur. Nos derniers entretiens ont remué la masse entière de mes idées, car ils roulaient sur un sujet clui, depuis plusieurs années, m'occupe vivement. Sur maintes questions que je n'avais pu encore dé-liroiiiller, la contemplation de votre esprit (je ne sau-rais définir autrement l'ensemble de ce que vos idées m'ont fait éprouver) vient de faire jaillir en moi une iltl CORRESPONIHNCR lumière inattendue. Pour me livrer avec succès à des ï idées spéculatives, il me manquait l'objet, le corps, î vous m'en avez fait découvrir les traces. | Votre regard observateur, qui s'arrête sur les choses avec autant de calme que de pureté, vous met il l'abri des écarts où s'égarent trop souvent et l'esprit spéculatif et l'imagination, cette despotique souveraine qui n'obèitqu'à elle-même Votre intuition est si juste (lu'elle contient largement et parfaitement tout ce que l'analyse a tant de peine » chercher de tous côtés; seulement, comme elle forme en vous un ensemble complet, vous ignorez vos propres richesses, car il est malheureusement vrai qu'on ne connaît que ce qu'on divise. Aussi des esprits comme le vôtre savent-ils rarement quel i chemin ils ont déjà fait, et combien il leur est facile de sc passer de la philosophie, laquelle, au contraire, ne 1 peut profiter qu'à leur école. Sa puissance se borne à 1 analyser ce qu'on lui «tonne, et la faculté de donner n'est pas la propriété de l'analyse, mais celle du génie qui, sous l'influence peu éclatante, mais sure, de la rai-son pure, unit d'après des lois objectives.
Depuis longtemps déjà j'observe de loin, il est vrai, E mais avec une admiration toujours croissante, ta marche 1 de votre esprit et I» route que vous vous êtes tracée. I Vous cherchez le nécessaire de la nature, mais sur «ne i route si difficile, que tout esprit moins fort que le vôtre § se garderait bien de s'y aventurer. Pour vous éclairer i sur les détails de cette, nature, vous embrassez son en- 1 semble, et c'est «tans l'universalité de ces phénomènes 1 que vous cherchez l'explication fondamentale de l'indi- 1
ENTRE GtKTHE ET SCHILLER. 18S vidtmlihl D'un organisme simple, vous remontez à un »ulrc qui l'est moins, afin de pouvoir construire géné-tiquement, et avec les matières de tout l'édifice de l'u-nivers, l'organisme le plus compliqué de tous, l'homme. En créant ainsi l'homme une seconde fois à l'imitation de la nature, vous cherchez à pénétrer les plus pro-fonds mystères techniques. C'est là une idée grande, héroïque même, rt qui prouve suffisamment combien votre esprit maintient dans nne belle unité la variété itplrndide de ses conceptions, Vons ne pouvez jamais avoir eu l'espoir que votre vie suffirait pour arriver au but que vous vous êtes proposé mais il est plus beau lie faire quelques pas seulement vers ce but que d'at-trimlre tout autre. Semblable à l'Achille de l'Iliade, vous ave* choisi entre l'hthia et l'immortalité. Si vous iivm/ reçu le jour en Grèce, ou seulement en Italie; si, dès votre berceau, vous eussiez vécu au milieu d'une iial lire ravissante, et entouré des œuvres de l'art qui idéalisent la vie, votre route sc fût trouvée beaucoup |i!ns courte, peut-être même ne vous y fussiez-vous point t'>i«a#é. Dès la première contemplation des choses, vous Hissiez reçu en vous la forme du nécessaire, et, des votre premier essai, le grand style se serait développé. Mais vous êtes né en Allemagne, et puisque votre an-tique esprit grec a été jeté au milieu de cette nature "'{itcntrionale, il ne vous restait d'autre alternative que <lc devenir un artiste du Nord. ou de donner à votre iiiittjitiialiou, par la piiksinee de ta pensée, ce que la milité lui a refusé, et «('enfanter, pour ainsi dire, du l'ami de vous-même et d'une manière rationnelle, tout lf.fi un monde hellénique. K l'époque de la vie où l'ànte se crée tm momie intime à l'usage du monde qui l'envi-ronne, les objets défectueux dont vous étiez entouré commençaient déjà à vous inoculer la sauvage nature du Nord, lorsque votre génie, supérieur à ce milieu, s'aperçut de cette défectuosité par une révélation inté-rieure, laquelle se trouva bientôt confirmée extérieure-ment par votre initiation au monde grec. Alors vous avez été obligé de corriger, d'après un meilleur mo-dèle, que votre esprit était parvenu à se créer, la na-ture défectueuse (lui s'était imposée à votre imagina-tion, et vous n'avez pu le faire qu'à I aide de perceptions dirigeantes. Mais la direction logique que l'esprit est forcé de suivre quand il réfléchit s'accorde peu avec les tendances esthétiques à l'aide desquelles, seules, il peut créer. C'est ce qui vous a condamné à un double travail, car, dès que vous passez de la contemplation à l'abslrac-tion, il vous faut convertir les perceptions intérieures en intuitions, et les pensées en sentiments, puisque l'intui-tion et le sentiment sont les agents créateurs du génie.
C'est ainsi que je juge la marche de votre esprit: vous seul pouvez savoir si je me trompe mais, ce que vous ne savez, pus, sans doute, car c'est pour lui-niénic, sur-tout, que le génie est un mystère impénétrable, c'esl la belle concordance de votre instinct philosophique avec les plus purs résultats de la raison spéculative. Au pre-mier abord, on croit que rien ne saurait être plus or-posé l'un à l'autre que l'esprit spéculatif qui part de l'unité, et l'esprit intuitif qui a ta variété pour base. Si, cependant, le premier cherche l'expérience naïve--
ENTRE «(KTIIK KT SCHIUKH. 167 »irnt et sincèrement, et si le second remonte à la loi avec toute l'indépendance d'une puissance intelligente, tous deux no peuvent manquer de se rencontrer à moi-tié chemin fl est vrai que l'esprit intuitif ne s'occupe que des individus, et l'esprit .spéculatif que des espèces. Cependant, si l'esprit intuitif est créateur, et cherche dans l'empirisme le caractère de la nécessité, il ne pro-duira sans ilotite que des individualités, mai» des indi-vidualités qui auront le cachet de l'espèce. Si, de son ci'ilfl, l'esprit spéculatif esl créateur, et si, tout en s'élev,tnt nu-dessus de l'expérience, il ne la perd point de vue, il ne produira que des espèces; mais ces espèces auront la possibilité de la vie, et des rapports fondés avec des objets ré» Is.
Je m'aperçois qu'au lieu d'une lettre, je fais une dis-sertation. Pardonnez-moi en faveur du vif intérêt que m'inspire le sujet, et *i vous ne vous reconnaissez pas (tons ce portrait, du moins, je vous en conjure, u'allez |ws on vouloir au peintre.
M. de Humholdt vous prie de lui laisser encore pen-d.int quelques jours lo traité de Moritz. Je l'ai lu avec licniiconp d'intérêt, et je lui dois plus d'un enseigne-ment utile. C'est un vrai plaisir que de pouvoir se rendre un compte très-clair d'une manière de procéder (imvment instinctive, et qui, par cela même, pourrait bien induire en erreur. En le lisant, les sentiments se confirment par des lais, et lorsqu'on poursuit le cours de ses idé«>s, on voit fin bel ordre remplacer l'anarchie 'le notre langue. S'il nous montre tous les défautset les limites trop bornées de cette langue, it nous fait, en \m CttttftESPOKttMlCE même temps, connaître sa force, et Ton sait enfin corn- i ment et à quoi on peut l'employer. I L'ouvrage de Diderot, et prtictiliemnent ta premier | volume, est fort amusant; et, pour un semblable sujet fj surtout, il est traité avec une décence édifiante Je vous | demande la permission de le garder également pendant i quelques jours.
Il me semble qu'il serait temps de chercher à mettre 'm notre journal en marche. Dan» le cas; où il voit» plairait « de paraître d<s te premier numéro, je prends la liberté £ de vous demander si vous ne voudriez pas nous donner le roman dont vous vous occuper, en ce. moment. Que voua le destiniez ou non à notre journal, vous m'accorderiez une grande faveur si vous vouliez me le cuwmuniquer.
Mes amis et ma femme se rappellent à votre gracieux souvenir, et moi je suis, avec le plus profond respect, votre trùs-obéissunt serviteur,
FtlKDÉIUC ScHIIIXIt.
C*Ï.TH6 A Sf.HtU.Ktt I
Etlenirarg, \c 2Î aoiU 479*. I
II ne pouvait rien m'arriver de plus agréable, pour I ranniversaire de ma naissance, qui aura tien cette! semaine, que votre lettre, dans laquelle vous tracer d'une main amie, k>. sommaire de mon existence. L'in- 1
11 s'agit dts ('(Uitfs tli* ltiilci'nl. Schiller et (intlic uvairnf '1* B vivi-s s\iuii:illii<s (h««- \v\\v 1ouk»>'»m> iwliiri-, la p/x« aHtmmii I de toutes n<>* itta, a dit M. Sjiiiiic-lti'mr. !,»• « luotc .vliillw hUji! j«s)«'à cswim'»' If» i«'txliu)iou> tt^ |>lu> jltvrite» A' IJiiliTOt, j vojiin' totijoius quelque cttose de poétique, iltumain et de ttaif. tt cou&mmt'
ENTRE GfETItE KTSCUIUBR. «69 lérèf que vous prenez à mes travaux me fera faire de mes forces un usage plus constant et plus vit'.
Il n'est point de jouissance pure et utile qui ne soit réciproque; aussi me fais-je une véritable fête de vous exposer prochainement les avantages que votre con-versation m'a procurés. Pour moi aussi, les journées que nous avons passées ensemble commencent une époque nouvelle. Et je Mis d'autant plus satisfait d'avoir, sans grands encouragements, persiste dans ma route, qu'il paraît qu'après nous y être rencontre» d'une manière si inattendue, nous n'y marcherons plus désor-mais qu'ensemble. J'ai toujours apprécié la noble et loyale ardeur qui éclate dans tout ce que vous avez écrit et fait, et j'ose espérer que j'apprendrai à con-naître par vous même la marche de votre esprit, sur-tout pendant les dernières années. Lorsque nous nous serons mutuellement éclairés sur le point où nous Minimes arrivés, il nous sera plus facile de travailler constamment en commun.
̃le vous communiquerai avec bonheur tout ce qui est pu moi. Comme mes projets, je le sens vivement, dé-passent ta mesure des forces humaines, et celle de leur durée ici- bas, je pourrai bien en déposer en vous une lionne part, non-seulement pour les conserver, mais pour les vivifier.
Vous ne tarderez pas à vous apercevoir des immenses ̃̃;> i niiliiitiv, pt sans «Verve, k* aiilivs conteurs du dix-hnilit'int- «!'̃• l<\ idaïul, OY'liillim, Voltaire, Jlurnioiitc!, Laclos, riwt les-ii'-lf. <m ne voit briller que l'esprit, un <*j>ril |irosii'i<|tie. et volup-l'i'iu. Vote* I» rtiss riatimi de Schiller sur ta Poàie naïve et sentimentale, l'iiMù'fd'alwnlilaiis/rt Heures. avantages que me procurera l'intérêt que vous prenez à mes travaux, car des rapports plus fréquents et plus f| intimas vous feront voir qu'il y a en moi quelque chose P de ténébreux et d'indécis, que, malgré la conscience parfaite que j'en ai, je ne pms vaincre toujours. Ces sortes de phénomènes ne sont pas rares dans les na-tures humaines, et, pourvu qu'ils ne soient pas trop ty-ranniques, nmmimomà nous laisser gouverner par eux J'espère1 bientôt pouvoir passer encore quelque lemps avec vous, et nous traiterons de vive voix maintes questions. I
Malheureusement, j^i donné mon roman à l'éditeur t Lnger, peu de semaines avant d'avoir reçu votre invi- I tation de m'assouitr n votre journal; les premières I feuilles imprimées sont déjà entre mes mains. J'ai bien I souvent pensé, depuis, que cet ouvrage aurait pu con- I venir aux Hettres; c'est tout ce que je possède, pour I l'instant, d'un peu volumineux, et qui «oit, en même I temps, une composition problématique telle que les I aiment nos lions Allemands. I
Je vous enverrai le premier livre dès que les bonnes I feuilles seront prêtes. Il y a si longtemps que. j'ai écrit I cet ouvrage, que, rigoureusement parlant, je n'en suis I plus que rêiHeur. I
Si quelques-unes de mes idées pouvaient convenir I à votre journal, nous nous euteiuliioHs facilement si» I la forme qu faudrait leur donner, et la rédaction ite I se ferait pas attendre. I
l'orlez-votw bien, et pensez à moi dans votre cercle I d'amis. G<etiie. I
ENTRE Gff.THB ET SCttlUER.
La joie sérieuse que Schiller et Gœthe éprouvaient plus vivement de jour en jour, tes viriles espérances (|iii se rattachaient pour eux à cette éducation, à ce renouvellement de teur esprit, éclatent d'une façon bien touchante dans les lettres qu'ils adressent cha-cun à leurs amis particuliers. En écrivant à Meycr, à madame de Kalb, (ïœltie emploie souvent ce mot Lu nouvelle époque, et cette nouvelle Jpoque, c'est le réveil de son génie depuis le jour où il a pénétré diiiis l'Ame de Schiller, c'est cette renaissance à la lois poétique et morale qui date du 13 juin, et sur-tout du 21 juillet I71M. Quanta Schiller, après avoir reçu la lettre qu'on vient de lire, il écrit à Kœrner, le lrr septembre a Depuis mon retour, j'ai trouve iri une lettre toute cordiale de Gœlhc qui s'ouvre <>nl.;n â moi avec confiance. Il y a six semaines, nous avions eu ensemble un long entretien très développé sur l'art, sur la théorie de l'art, et nous nous étions communiqué les idées principales auxquelles nous ('̃fions arrivés par des voies toutes différentes. Il se trouva entre ces idées un accord inattendu, et cet ac-cord était d'autant plus intéressant pour nous que nous étions partis de points de vue absolument con-traires. Chacun de nous pouvait compléter par ses timis ce qui manquait à l'autre, et recevoir en échange ce qui lui manquait à lui-même. Depuis lors, toutes ces idées, semées dans nos entretiens, ont pris racine chez Gœlhe, et il sent aujourd'hui le besoin de s'attacher à moi, afin de poursuivre en commun la route qu'il a suivie jusqu'ici tout seul, sans qu'une voix amie stimulât son ardeur. Je me réjouis d'un échange d'idées qui sera si fécond pour moi, et tout ce qui pourra en être communiqué dans une lettre te sera fidèlement rapporte, Hier déjà, j'ai reçu de lui un article, où il applique aux natures organiques cette définition du beau la perfection sans con-trainte, la perfection unie à la liberté. C'est grand dommage pour nos Heures qu'il ait vendu son roman au libraire Unger avanld'avoir reçu notre invitation. Il le déplore lui-même, et c'est avec joie qu'il nous l'eût donné. Il nous promet toutefois un con-cours aussi actif que possible. » La correspondance de Scltiller avec Kœrncr est la confirmation char-mante de tout ce qu'il écrit à Gœllic; c'est comme l'écho d'un chant, te son prolongé d'un cri de joie. En même temps qu'il parlait ainsi à son ami de Dresde, voici ce qu'il écrivait « Weimar.
SCHILLER A GtETHK
Uua,Ui$t MûtttM.
A mon retour de Weisscnfels, où j'ai eu un rendez-vous avec mon ami Kœrner de Dresde, j'ai reçu votre dernière lettre, dont le contenu m'a été doublement agréable j'y vois que mon opinion sur vous est d'ac-cord avec vos propres sentiments, et que la franchie avec laquelle j'ai laissé parler mon cœur ne vous a point déplu.
BNTRg GIF.TBB ET SCHfUER.
tt»
Notre rapprochement tardif, et qui me donne de si belles espérances, est pour moi une preuve nouvelle qu'il vaut mieux souvent laisser faire le hasard, que d'intervenir par une activité intempestive. Bien que j'aie toujours ardemment désiré d'établir avec vous des relations plus intimes que celles qui peuvent exister entre l'esprit d'un auteur et celui du plus attentif de ses lecteurs, je comprends parfaitement. aujourd'hui que, suivant des routes si différentes, c'est maintenant il non plus tôt, que nous devions nous rencontrer, afin que cette rencontre nous AU réellement utile. Désor-mais, j'ose l'espérer, pour tout le reste du chemin que nous avons encore à parcourir, nous ne marcherons plus qu'ensemble, et le profit en sera d'autant plus grand pour nous que les derniers compagnons, pendant un long voyage, sont toujours ceux qui ont le plus de choses à se dire.
Ne vous attendez pas à trouver chez moi une grande richesse d'idées telle qu'elle existe chez vous; mon besoin, ma tendance est de faire beaucoup avec peu. Et lorsque vous connaîtrez à fond ma pauvreté en ce qu'on appelle connaissances acquises, vous trouverez peut-être que j'y ai réussi dans quelques-unes de mes œuvres. Le cercle de mes idées étant plus petit que le vôtre, je le parcours plus vite et plus souvent, ce qui me met à môme de mieux utiliser mon petit avoir, et de remplacer la variété du fond par celle. de la forme. Vous vous efforcez de simplifier votre immense monde d'idées, moi je cherche la diversité pour mon petit domaine. Vous gouvernez un vaste royaume, moi
CORHESPOMHNCE «4 je ne dirige qu'une famille un peu nombreuse d'idées que je voudrais de tout mon cœur convertir en un petit peuplé.
Votre esprit agit toujours intuitivement de la ma-nière la plus extraordinaire, et vos facultés pensantes semblent avoir fait un compromis avec l'imagination qui les représente toutes à la foi». C'est là, au reste, le plus haut degré d'élévation auquel puisse arriver l'homme qui a su généraliser ses contemplations et ériger ses sentiments en loi. Voilà, je pense, te but que vous vous êtes proposé, et combien ne vous en êtea-vous pas approché dijà! Mon esprit, à moi, agit plutôt symboliquement, et je me trouve suspendu comme un être hybride, entre l'intuition et la contemplation, entre la règle et le sentiment, entre la raison technique et le génie. C'est ce qui, dans ma jeunesse surtout, m'a a donné un air passablement gauche, dans le chunp de la spéculation aussi bien que dans celui de la poésie, car cette poésie venait me surprendre là où j'aurais du philosopher, et la philosophie s'emparait de moi quand j'aurais dû être poète. Aujourd'hui encore l'imagina-tion trouble souvent mes abstractions philosophiques, et la froide raison mes poésies. Si je pouvais parvenir à dominer ces deux puissances et à maintenir chacune d'elles dans ses véritables limites, j'aurais devant moi un bel avenir. Mais malheureusement, aujourd'hui où je commence enfin à connaître et à utiliser mes forces
intellectuelles, la maladie mine mes forces physiques.
Je n'aurai certainement pas le temps de compléter en
moi une parfaite révolution intellectuelle, mais je ferai
ENTRE «<KTBE ET SCIHMER.
ce que je pourrai, et, lorsque l'édifice s'éeroulera, j'aurai peut-être réussi à sauver de la ruine totale quelque chose qui méritait d'être conservé*.
Vous avez voulu que je vous parlasse de moi, j'ai usé do la permission. Je vous adresse ces aveux avec con-fiance, et j'espère que vous les recevrez avec un cœur ami.
Je n'entrerai aujourd'hui dans aucun détail sur votre article qui sera un guide fécond pour nos entretiens. Mes propres recherches m'out conduit par un chemin différent à un résultat à peu près semblable, et peut-clic trouvercz-voiis dans les feuilles que je vous adresse. ici des idées analogues aux vôtres. Il y a déjà dix-huit mois que je les ai jetées sur le papier, et comme je les destinais à un ami plein d'indulgence, j'ai le droit de demander grâce pour tout ce que la forme a d'inculte. Depuis cette époque ces idées ont trouvé en moi une hase meilleure, une précision plus grande, et se sont hien rapprochées des vôtres.
Je ne saurais assez déplorer la perte de Wilhehn Meisler pour notre journal. J'ose espérer de votre esprit fécond et de votre amicale syui|ialhie pour notre entre-prise un dédommagement decette perte. Ce sera double profit pour les amis de votre génie.
Vous trouverez dans le numéro de Thalie, que je joins également à ce paquet, quelques idées de, Kosmer !,< tristt1» pressentiments du porte n'étaient que trop fondés. Vliiliw, en 1701, avait été atteint d'une maladie de poitrine dont il so ivssuiilit douloureusement pendant le reste de sa vie, et ijiii l'enleva dans la force de fige, en pleine activité poétique et morale.
COimeSPONlHNCE sur la déclamation peut-être ne vous déplairont-elles pas.
Tout le monde ici se rappelle à votre bon souvenir, et je suis avec le plus tendre respect votre
SciHU.KIU
r.cETHB Ascmuen
Wrfmar, le 4 septf-mlw* 1791.
J'ai lu avec beaucoup de plaisir vos feuillets en ques.tion et votre fragment sur le développement du sublime. C'est pour moi une preuve nouvelle que non-seulement les mêmes sujets nous intéressent, mais que nous sommes d accord en général sur la façon de les consi-dérer. Je vois maintenant que nous n'avons qu'une même pensée ail sujet des principes. Quant à nos diver-gences sur le point de vue, comme sur la manière d'enchaîner et d'exprimer les choses, elles prouvent ta richesse de l'objet et la multiplicité correspondante des sujets. Je vous prie» ai donc de m'envoyer peu à peu tout ce ((ne vous avez écrit et fait imprimer sur cette matière, afin que je puisse jouir du passé s;ius aucune perte de temps.
Maintenant, j'aurais une proposition à vous faire. La semaine prochaine, la cour se rendra à Eisenach; je serai donc seul et libre pendant une quinzaine de jours, ce qui ne tn'arrivt>r:i peut-éirc plus de sitôt. Ne vou-driez-vous pas profiter de l'occasion pour venir me voir, pour venir demeurer «̃lies mai? Hiert ne vous empêcherait d'y continuer tranquillement vos travaux. Aux licurc* qui vous conviendraient nous causerions
EST RE GfFTHE ET SCHILLER.
ensemble, nous verrions des amis dont la pensée nous est sympathique, et certes nous ne nous quitterions pas sans y avoir gagné l'un et l'autre. Venez, vous vivrez absolument à votre guise, vous vous installerez comme chez vous. Ce sera pour moi une occasion de vous montrer ce qu'il y « de plus important dans mes col-lections, et plus d'un nouveau lien se formera ainsi entre lions.
A partir du 14 de ce mois, vous me trouverez prêt à vous recevoir; je remets à cette époque tout ce que j'ai à vous dire, et désire de tout mon cœur que vous continuiez à vous bien porter.
Adieu, et rappelez-moi au souvenir des vôtres.
GœTHK.
SCIUI.t.KR A GŒÏIIE
loua, ta 1 septembre 1791.
J'accepte votre invitation avec beaucoup de joie, en vous priant toutefois, et très-sérieusement, de ne me faire entrer en aucune façon dans vos arrangements d'intérieur, car mes maux de nerf», qui ne me laissent pas dormir la nuit, m'obligent à consacrer une partie (fe ta matinée au sommeil; et, dans la journée même, je n'ai jamais le bonheur de pouvoir compter sur nne litiirn fixée d'avance. Vous me permettrez donc de vivre son» votre toit comme un étranger auquel oit ne fart aucune attmition. En m'isolant ainsi, j'éviterai le grave inconvénient de soumettre vos hôtes aux ca-prii-es de ma santé. La régularité, si favorable au reate des hommes, est ma plus cruelle ennemie, car dès que
COIUIBSPOMUNCR je suis obligé de faire telle chose à telle heure, il est certain que cela me sera impossible.
Pardonnez-mot ces préliminaires, ils étaient indis-pensables pour l'arrangement de mon existence à Weimar, je ne vous demande' que la triple liberté de pouvoir être malade à mon aise auprès de vous. Au moment on j'ai reçu voire invitation, j'avais le projet de vous prier de venir passer quelque temps avec moi. Ma femme vient de partir pour trois semainrs avec notre enfant, afin d'éviter la petite vérole, que M. de llurnboldt a fait inoculer à ses enfants. lie voici donc tout seul, et j aurais pn vous offrir une demeure comtnode. A l'exception de Htunboldt, je ne vois presque personne, et depuis longtemps déjà la métaphysique* ne passe plus le seuil de ma porte.
Puisque vous avez ta mon fragment sur le Sublime, je joins ici le commencement de ce morceau. Vous y trouverez |ieul-ëtr<> quelques idées sur la manière d'ex-primer la passion esthétiquement. Mes premiers essais sur des sujet» esthétiques ne me satisfont pas assez pour vous les soumettre, mais je vous apporterai les plus ré-cent» qui n'ont pas encore été imprimés, ainsi qu'un compte rendu des poésies de MaUnisson, qui paraîtra cette semaine dans la Gtn-ette universelle.
L'anarchie qui règne encore dans la critique litté-raire, et I absence de toute loi objective du goût, placent le critique dans une situation fort embarrassante, surtout lorsqu'il veut prouver la justesse de ses assertions, puis--
La métaphysique, ici. c'est le philosophe Fifilrte qui venait de se brouiller nvue Sr'hilhur.
ENTRE 611~*TIIF KT SCMH'LBn. f79
B t t't ~?~ ~H) t Ce fut le i septembre que Schiller se rendit à Weimar, et il y demeura jusqu'au 27. Guillaume de llumlioldt l'avait accompagne. Ces deux semaines, nu le pense bien, furent toutes consacrées aux épan-chvmcnts les plus intimes. Schiller demeurait dans ta maison même de (*o>lhe. Pas une minute ne fut per-due. Oit tes belles heures! Que de projets! que d'i-dées! que de perspectives lumineuses! » Je voulais t'adresser une lettre datée de Woimar, écrit-il à Kirrner, mais ce fui impassible. Chaque moment (tant j'ai pu disposer, je l'ai passe avec Goethe; et ce temps que je passais auprès de lui, je l'employais exclusivement à élargir l'horizon de mon savoir. Je suis enchanté de ce séjour à Weitnar, et je crois sen-tir qu'il a exerce sur moi une influence profonde. i est ce que le temps nous montrer». » Le même jour ••H il adressait ce billot à Kœrner i2i* septembre), it l'iTJvail à G(cthc « Me voici de retour ici, mais ma |ieiiMH!cst toujours à Weiinar. Il me faudra du temps pour classer les idées que vous avez éveillées en moi; ipi' il n'existe aucun code sur lequel il pourrait se fonder. S'il veut être loyal, il faut qu'il se taise ou qu'il de-vienne en même temps législateur et juge ce que l'on n'anne pas trop à faire. Dans la critique en question, j'ai cependant pris re dernier parti. Je serais bien aise de vous entendre dire si j'ai eu raison et si j'ai réussi. Je viens de recevoir cette critique imprimée; je rajoute à cette lettre. F» St-niMMt. pas une d'eues, cependant, je l'espère bien* ne sera perdue. Je ri ai voulu consacrer ces quinze jours qu'à recevoir de vous autant que le permettait ma récep-tivité c'est au temps à prouver si cette semence lè-vera chez moi.
Les lettres de Schiller à Gœlhc, pendant les mois si laborieux qui suivent ces féconds entretiens, prouvent bien que la semence avait été confiée à un sol généreux. Nous en publions ici la partie la plus intéressante pour les lecteurs français. Gardons-nous de les interrompre par des commentaires inutiles; dans cette multitude d'occupations et de soucis, dans ce péle-méle de travaux si divers, au milieu des inquiétudes du directeur de journal et des tour-ments personnels de l'artiste, on verra se dégager l'inspiration renaissante de Schiller. Il se détourne peu à peu des spéculations abstraites de la philoso-phie, et reprend goût à la poésie vivante. Deux ou-vrages principaux dominent tous ceux dont il est question dans ces confidences, les Lettres sur Mu-mtion esthétique et le Wilkelm Meister. Schiller écrit pour le recueil des Heures les Lettres sur l'édtictttiwi esthétique, mais il n'est pas tellement absorbé par son journal qu'il n'ait le temps de lire et de savourer le roman de son ami. Ce roman de Wilhelm Meister, qui ne paraîtra pas dans les Heures, Schiller l'étudié et le continente avec amour. It ne peut se séparer (le ces personnages qui lui parient de l'art et de la vie,
ENTRE filKTHK Et SCIIIM.ER.
tn ri de l'idéal et de la réalité. Ce tableau de la destinée humaine est pour lui une sorte d'enchantement; à mesure qu'il voit se dérouler les aventures de Wil-lielm, il se sent redevenir poète. Toutes ces figures souriantes ou passionnées lui font signe et l'invitent à quitter les régions abstraites du kantisme pour les domaines de l'imagination. Qu'importe que Schiller art jugé" Wilhelm Mmter avec une indulgence exces-sive ? ce n'est pas une indulgence banale, c'est l'en-ffioiisiasme du poëte qui retrouve son paradis perdu. .Schiller se peint ici lui-même plutôt qu'il ne juge l'muvre de Goethe; il peint le réveil de son inspira-lion créatrice, et, quand nous voyons le disciple de Kant glorifier Wilhelm Mtister avec une cordialité si candide, nous pressentons déjà les chefs-d'œuvre si différents que lui réserve l'avenir. Au milieu de ces ravissements intérieurs, il est accablé de travaux, de Mincis, de préoccupations de tonte sorte. il écrivait à Kœrner, le t2 juin, en lui parlant de la publication i!(>s lianes « J'ai des matériaux devant moi pour deux années. » Or, tous ces matériaux lui manquent. il c*t obligé de se multiplier; il s'adresse à ses amis, il demande à Goethe quelques pages de Faust, mais lid'tlie n'ose toucher au paquet soigneusement fermé oit repose l'ébauche de son grand poôme. S'il l'on.- \iiiit, ce paquet mystérieux, te démon du poème en sortirait, se jetterait sur le magicien et ne le lâclie-mit (iliis. Il faut être complètement prêt avant d'évo-- <}ucr de tels fantômes; Gœthe n'est pas prêt, et Schiller devra se contenter de quelques modestes pages. Bref, s'il y a ici deux hommes dans Schiller, le poète et le journaliste, le poète est heureux, le journaliste est accablé d'ennuis. Écoulons ses confi-dences. A vrai dire, ce qui nous intéresse dans cette crise laborieuse, ce n'est pas le succès du journal les Heures c'«$t l'éducation mutuelle des deux poëtes, l'influence si vive et si féconde qu'ils exercent l'un sur t autre.
StlUI.I.EU A (itF.TttE
Wiu, kWarlahratTOI.
Voici tes Heures qui vont commencer leur ronde, et je von» envoie la partie de mes lettres au prince qui doit paraître dans te premier numéro. Vos articles <<t les miens le rempliront à peu de chose près. Ne pour-rions-noua pis avoir quelque chose de Herder pour ce premier numéro? cela meserait bien agréable. En tout cas, s'il ne s'y trouve pas une grande variété d'auteurs, la matière, du moins, sera très-variée, ainsi que vous ne manquerez pas de le remarquer.
Le morceau par lequel je débute dans les Heum n'est certainement pas une raptutio benevoleM'w auprès du public, .le ne pouvais toutefois traiter ce sujet avec plus de ménagements, et je suis persuadé que, sous 1 Ces UUre* au prince «ont les Uilre* mr l'éducation esthétique de (*.e~, I£Itrt,ét ait prince #ont 11'8 f.rltrell am' !·édrrcation eatRrrlfqne de 1·Nomtne eu duc de tiolâto,-Ùi-Augu5-tciilwing.
EKTRB G (ET HE ET SCnfLt.BR.
ce rapport, vous serez de mon avis. Puissiez-vous l'être sous tous les autres à l'égard de ces lettres, car c'est ma véritable et sincère opinion que j'y exprime. Jamais encore les calamités politiques ne m'avaient fait prendre la plume, et, si j'en parle cette fois, c'est pour ne plus jamais y revenir; je crois, au reste, que cette profession lie foi n'était pas tout à fait inutile. Quoique les outils avec lesquels nous travaillons le monde moral, et les armes nffensives et défensives dont nous nous servons soient fort différents, nous tendons vers le même but. Vous trouverez votre portrait dans ces lettres, et j'aurais eu plaisir à vous nommer, s'il ne me répugnait de faire violence à la pensée du lecteur, Tous ceux dont l'opinion pout avoir quelque prix à vos yeux vous reconnaîtront, car je sais que je l'ai bien saisi, et que le dessin en est ressemblant Vous me feriez grand plaisir si vous pouviez lire le manuscrit de ces lettres immédiatement, et l'envoyer ensuite à Herder, que je préviendrai; car, d'après nos statuts, il faut qu'il passe encore en plusieurs mains avant de pouvoir être livré à l'impression, et nous voudrions faire paraître les Heures le plus tôt possible.
.le viens de prendre des arrangements définitifs avec nu libraire pour YAlmanach (les Muses, dont je vous ai parlé pendant mon dernier séjour à Weimar. Il pa-i Mitra à la prochaine foire de la Saint-Michel. Je compte sur votre bonté pour I» continuation de ce journal; vous ne me laisserez pas dans l'embarras. Sans beaucoup augmenter le fardeau des affaires qui déjà pèsent sur
COnRESPONDANCE moi, cette nouvelle entreprise sera favorable à mes arrangements financiers, parce que, si vacillante que soit ma santé, je pourrai suffire au travail de cet alma-nach, et conserver ainsi mon indépendance.
J'attends avec impatience les manuscrits que nie promet votre lettre..
Nous nous rappelons tous à votre bon souvenir.
Sciiilleh.
OIV.THF. » SCttll.l.F.ll
Wi'UM.-ir, le ïfi orfnliri» lïfM.
.l'ai lit votre manuscrit avec joie, jr l'ai avalé «l'un seul trait. Comme une boisson exquise analogue à notre nature, dès qu'elle jçlisse sur ta langue, fait déjà sentie ses résultjtls bienfaisants sur tout le système nerveux, ainsi vos Lettres ont produit sur moi une agirable et salutaire impression et comment n'en eûl-il pas «'# ainsi, puisque j'y ai vu noblement exposé et réuni tout ce que depuis longtemps j'ai trouvé juste et bon, et que j'aurais voulu proclamer connue tel'
Louis Meyer aussi, a été charnu1, de ces lettres, el son jugement droit et loyal a confirmé ce que j'éprou-vais. C'est dans cette agréalile disposition «l'esprit que m'a trouvé le billet de Ilerder; je vous l'envoie. On 1 (xjuis Mejcr (Hait im pi'intiv suisse <|iic (iu'llie avait rencontré à Itoim- vu nWS; IrH oi'c amitié qui les unit Moiitôt ne tf démentit jamais, l^rsiiui* JJi'VtT i|iiittn l'Italie! tioiir sV;tal>tii' ni All<'n>ii(j«c. il devint le i:iiinmfii.al de tia'lliP. l'cHmt un viril, iblo art ist>> l'auteur de fautl. <:liatpv rie diriger (i* (lit-âtrt! ili' Wcinim' i*t de (tonner a\n liram-irts une ini|iulsi(Ui likontlt». iimit |i,i<t d auxiliairi> (iliisuiilc, de lollatioriilriir plu-, dévoue (|iii* I,»uis Meyoi'
ENTRE GfKTHB fit SCHILLER.
ir.
dirait qu'il tend à nous accuser de partialité. Qu'im-porfe? dans l'empire des apparitions intellectuelles, il ne faut pas y regarder de si près; et comme il est impos-siiiïti de ne pas se tromper, il est consolant de le faire en compagnie d'hommes de mérite éprouvé», et plutôt à l'avantage qu'au détriment de soi-même et de ses con-temporains. Continuons donc toujours notre manière d'être et d'»gtr; que notre volonté et notre pensée ne tonnent qu'un seul tout, et nous compléterons nos frag-ments autant que faire se peut. Je garde les lettres quelques jours encore pour le» savourer de nouveau avec Meyer.
Voici tes Élégies; je désirerais qu'an lieu de tes en-voyer à ceux qui. après vous, doivent encore juger do leur admissibilité, vous leur en fissie?. la lecture. Vous me les rcnvorreK ensuite, car je veux les retoucher. Si vims avez des observations à faire, mettez-les à la marge. Je fais copier Pépîlre; vous ne tarderez pas à la re-cevoir avec d'autres petits morceaux. Knsmitc je serai obligé de faire une pause, car le troisième livre do illtrlm Mehler réclame toute mon attention. Je n'ai |>;t< encore reçu les lionnes feuilles du premier livre: je vous 1rs enverrai dès qu'elles seront arrivées. Quant à votre Altnatutch (les Muses, il me semble qu'on ferait bien d'y insérer un choix de ma collection dVpigraiiiines. Séparément, elles ne signifient rien: niais, parmi plusieurs centaines de ces épigratnmcs, nous en trouverons bien un certain nombre qui m* i;i|)|iorlent les unes aux antres, et forment ainsi nu tout ••tmiplet. La première fois que jp vous je vous
CORnESPONHANCE «86 montrerai toute cette espiègle couvée rassemblée dans son nid.
Portez-vous bien; et que, par la pensée du moins, je sois toujours présent au milieu des vôtres.
Goethe.
Rcrivez-tnoi ce qu'il faut que je vous envoie encore pour les fleures, et quand vous en aurez besoin. Pour terminer la seconde épître, je n'attends que l'heure de t'inspiration.
SCJUU-F.fi A GfF.TllE
Uni, \e 28 octobre VKH.
C'est pour moi un grand encouragement, que de vous savoir content de mes idées et lie la manière dont je les ai énoncées. n est vrai que tout ce qui appartient au domaine exclusif de la raison devrait s'appuyer sur des bases objectives, et porter en soi le critérium de fa vérité. Hais -cette philosophie-là n'existe pas encore, et lit mienne en est bien éloignée. Au reste, le point im-portant repose tonjouts sur le témoignage du senti-ment, et aura, par conséquent, besoin d'une sanction subjective que l'approbation des contra naïfs pourra seule lui donner. Je fais beaucoup de cas de l'opinion de Mejcr, et je me console de tu critique de Ilerder, qui, à ce qu'il parait, ne peut me pardonner ma foi au kantisme. En tout cas, je ne m'attends pas à trouver chez tes adversaires de la philosophie nouvelle la tolè-rance qu'on doit à tout système qu'on a profondément étudié, car cette philosophie elle-même, sur les points principaux du moins, n'est point tolérante, et a un tel
ENTRE GiETKK ET SCH1LJ.EB.
«7 cachet de rigorisme, que tout accommodement avec elle devient impossible. Selon moi, ce rigorisme lui fait honneur, puisqu'il prouve que t'arbitraire lui est insupportable. Aussi n'a-t-on pas raison d'une telle philosophie avec quelques hochements de tête. C'est dans le champ ouvert et bien éclairé de l'examen qu'elle c'rigo son système; jamais elle ne cherche l'ombre et lie fait aucune concession aux sentiments privés, mais cl !i! vent être traitée comme elle traite les autres; il hutdonc lui pardonner, si elle n'admet d'autres argu-ments que des preuves, Je ne suis nullement effrayé {'ii songeant que tes lois de la mutabilité, devant les-- ([iielles aucune «wivre humaine, pas même les œuvres divines, ne saurainnt trouver grâce, changeront la forme de cette philosophie, comme elles changent tout dans l'univers. Cette idée, dis-je, ne m'effraye point, parce que je sais que te fond restera; car depuis que l'espèce humaine existe, depuis qu'elle se laisse guider par (a raison, elle a reconnu tacitement le fond de cette philo-sophie, et agi en conséquence.
Il n'en est pas de même de la philosophie de notre iiiui Fichte. Déjà de puissants adversaires «'élèvent contre lui dans son propre parti, et bientôt ils diront hautement flue tout le système de Ficlite n'est qu'un -pinosisme subjectif. Fiehle a fait venir ici un certain Wi'isshuhu, son ancien camarade à l'université, pro-- Itiililement dans l'espoir d'étendre par lui son propre l'mpire. Or, en Wvisslmhn, excellente tôle philoso-phique, à ce que j'entends dire, a déjà trouvé une Inèciie, dans le système de son ami, et se propose de l'attaquer. D'après tes assertions verbales do Kichte, car il non est pas encore question dans son livre, le moi est créateur, mémo, par ses représentations, et toutes tes réalités possibles sont dans ce mot. Pour lui le monde n'est qu'un volant que le moi a jeté dans l'es-pace, et que, par la réflexion, ce même moi reçoit sur sa raquette (/'est ainsi, et nous nous y attendions, ({(fil aurait détint sa divinité.
Nûhsvous remercions tous de vos belles Élégies, il règne une clmlcur, une délicatesse, une vigueur poé-tique, qui fait d'autant plus de bien, qu'on la cherche en vaiif parmi les créations «le la poésie de nos jours. J'ai regretté quelques petits traits que tous avez omis, I mais je comprends qu'il » fallu tu faire le sacrifice. En I vous renvoyant te manuscrit, je marquerai certains passades sur lesquels je suis resté en doute.
Puisque vous m'engage/, à vous) dire ce que nous dé-sirons pour tes Heures, je vous rappelle le. projet dont vous tri avec parlé, de l'aire, passer dans notre langui* l'Honnête procureur de. Horaire. Je préfère, naturel-lement la mise en action à l'examen; et lors même que je n'aurais pas celte tendance, il me semblerait encore que dans le» trois premiers numéros des Heures on philosophe limmcoup trop, et qu'il y a disette de «'(im-positions poétiques.
Votre offre, concernant tes Kpiijrammes est tont f qu'il peut y avoir de plus avantageux pour mon Almn-um'h des Mu#ex. Nous nous entendrons sur ce sujet prochainement et de \ive voix.
Je suis heureux d'apprendre que le professeur Mem
FnTn~: R<KTttt! ET sctttr.r.~rc.
est revenu à Weimar, et je vous prie de nous mettre en relations au plus tôt. S'il voulait faire une petite eveursion à lé.nn, elle ne lut serait pas inutile sous le rapport artistique. Pour non part, j'ai il lui montrer le buste d'un sculpteur allemand qui, » ce qu'on assure, ne craint pas le regard d'ttti jjrantl artiste. Peut-être pourrai-je décider 51. Meycr à nous fournir quelques articles pour les Retires.
h m'occuperai certainement des Chevaliers île Malte (!'̃* que j'aurai fait entrer dans mes Lettres esthétiques, rpio vous venez de lire, un petit traité sur le Nàif..le ne puis donc m'engager à fournir mes Chevaliers de Malte pour l'anniversaire de la duchesse, mais j'espère lis terminer à la fin de t'hiver. Je parle la ranime un homme robuste et sain, qui peut disposer de son temps rendant l'exécution de cet ouvrage, le non-moi nie rappellera plus d'une fois à l'ordre.
Maintenez-moi dans votre souvenir, vous vivrez tou-jours dans le nôtre. Schiller.
IJiKTHK A SCH IU. EU Il
Voimar, Ifl 2Î novembre t794 Voici le manuscrit de l'introduction des Entretiens <ï<lmi<jré$. Je désire beaucoup y avoir pris le mouve-ment et le ton convenables. Renvoyez-le-moi le plus ItM possible, car j'ai encore quelques coups de pinceau à donner, afin ite mettre certains passages dans teur vwïlnbic jour.#» tâcherai de fournir le premier de ces «iiutcs <m entretiens pour le numéro prochain des Heures. Ce travail me reposera agréablement d'un far-- ISO CORRESPONDANCE deau aussi lourd que ce jiseudo-epos de Wilhelm K Meisler. | Mon éditeur llnger commence à devenir un peu f§ brouillon il m'envoie lit fin du premier livre de cet §| ouvrage, et en oublie le milieu. Des que j'aurai les six feuilles qui manquent, je vous ferai parvenir l'ensemble ̃ de cette espèce de prologue. s M. de Hwuboldt est venu assister dernièrement une i de nos séances esthétique» et critiques. Je ne sais s'il | en a été content.
J'ai fort envie de savoir où vous en êtes avec vos tra-vaux, et surtout d'en lire quelque chose de terminé. Portez-vous bien. J'ai encore une foule de choses dans la tête sur lesquelles je voudrais m' entretenir avec vous. Gœtuk. W
SC.UtLl.ER <<ETUF. R
Mna. le 29 novemlirc «794. R
Le prompt envoi d'un de vos Entretiens a été pour moi une très-agréable surprise, et je vous en suis deux p fois reconnaissant. Le tout, à mon avis, forme une in- W traduction excellente, et les points contestable» sont B très-heureusement justifiés. Je regrette seulement que le morceau soit Irop court pour que le lecteur puisse m apprécier les rapports de eu fragment avec ce qui doit P suivre. 11 serait donc bien à désirer qu'une première narration put être jointe à ce prologue. Je lie voudrais p pourtant pas être indiscret et vous faire un fardeau de B votre bknvvilkmte collaboration. Ce n'est donc qu'un f* vœu que j'exprime, en vous assurant que, si vous pou- P
RNTHE SORtttE Er Scirt 1. UR. I9t vit1/, le réaliser sans vous gêner, vous me feriez un hien grand cadeau. Ait besoin, j'achèverai de com-piler le premier numéro par un morceau de mon His-toire de la guerre des Pays-Bas, le siége d'Anvers sous Philippe II, par exemple, car il forme un tout complet, sans ce qui précède et ce qui suit. Cela me donnerait |wu de peine, et aurait, en outre, l'avantage d'ouvrir dans notre journal, dès noir début, le champ histo-riqno.
ti va sans dire que je n'aurai recours à cet expédient que dans le cas où vous ne pourriez rien ajouter à vos Entretiens d'émigrés allemands.
Puisque mon annonce des Heures donne au public l'assurance de notre chasteté politique, les paroles que tous uietU'Z dans la bouche du conseiller intime ne <lio<|ueront-cllc8 pas une partie du public, et précisé-ment la partie la plus nombreuse? Quoique ce ne soit (ins auteur, mais un interlocuteur qui parie, on ne manquera pas de s'en prendre à lui, et, dans notre po-sition, il faut éviter les apparr nces du mal, beaucoup pin* que le mal lui-même. C'est là l'opinion du rédac-teur en chef des Heures. En qualité de lecteur, je vou-- «Intis voir le conseiller aulique ramené dans la société par Charles, dès que cet ardent jeune homme aurait reconnu ses torts, et je prendrais le parti du vieil ecclé-siastique contre l'impitoyable espièglerie de la fille de h baronne. Quelques passages m'ont suggéré l'idée i|iit< vous vouliez faire prôsumer ait lecteur qu'il s'agit (I'im fait réellement arrivé. Je sais, au reste, que dans le courant de vos récit* vous jouerez souvent avec la %U CORttËSPONfiANt.E uiatiie des interprétations vous ne ferez donc pas mat S de commencer le badinage dès le début, et de donner I ainsi à ce ressort quelque chose de problématique. Par- g donnez-moi de m'ètre livre aussi à la manie des inter- G prétations. i La bévue d'Unger m'a vivement contrarié, car j'at- 1 tends votre Wiliielm Meister avec la pins vive impa. §̃ tience. Je crois cependant que je lirai avec plu» de Ion- k heur encore vos morceau* inédits de Fumt. J'avoue E que ce que vous avez déjà fait imprimer de cette pièce El me semble le torse d'Hercule. Dam chaque scène, on 1. reconnaît tonte la plénitude, toute la force du génie E d'un grand maître, et je voudrais suivre loin que I possible la nature grandiose et hardie qui respire dans 1 cet ouvrage. I
M de llumholdl est encore tout pénètre de l'effet que I voire manière de lire et de commenter Homère a |>ro- 1 duil sur lui', et il nous a inspiré un si vit désir de vous I entendre, que lorsque vous viendrez, passer quelque* I jours ici, nous ne vous hisserons pas tranquille avant I que vous ne nous ayez donne une semblable nuance. I
Me» Lettres esthétiques avancent lentement, ta na- I turc du style le veut ainsi. Au mt«>, si je ne. puis ache- I \vv l'é.diiice, je veux ait moins que les fondements en I soient solides. 1
Tiiii» lc^ \<'ii(lt<ili~\ i»'inti«it «et hivi-r «l<* liul. <1< amis I ii'-unUsaivirt rUi't llirtÏM». i|iù k«r Uhi'U Vllmdf dans h tviMHiftiwi I de V<i's. Il liwiil ;uititir;itili niiiif, ttit M. lli'iirt ttlinlM'i*. (>1 s"«|*|>li- I «(iiatl Mirtiml à tiimiuiiri' |i.iv la iiu'ldiltc <d- su voix, I» nn!i~se «!»̃ I I» \«>rsiiiii itllptiiunilr. Schiller mut Ha'lhf. vnii Htiurich Ihmdtr. I t \»l. SlnttK'irl. txri!>; (i. I".
ENTRE GffiTIIB BT SCtflf.LEK.
tes
ié Tout le monde ici se rappelle à votre bon souvenir.
Schiller.
GfETlIK.t SCIIH.I.Klt
Weimar, le â décembre 1791.
Je suis enchanté que vous ne soyez pas mécontent <le lVns«îml»ïc et des points principaux de mon prologue, mais je ne puis vous fournir que cela pour le premier numéro. En repassant le manuscrit, je mettrai des sourdines an conseiller intime, cl un rinforzando à Charles; par ta j'espère (pie le tout s'harmonisera. Votre fragment de ta Guerre des Pays-Bas donnera une grande valeur au premier numéro des Heures. l'unr le second numéro, je compte vous fournir la pre-mière narration en tout cas, je me propose de procé-ili à ta façon de la conteuse des Mille et une Nuits. Je me Tiiis un vrai plaisir d'utiliser immédiatement vos cv r-llentes observations, ce qui répandra une nouvelle vii1 sur cette composition. J'attends de vous le même liicnfait pour Wilhelm Mehter. Surtout, ne nous faites pas aUnu!re trop longtemps la suite de vos Lettres efllirliquen.
Pour l'instant je ne pourrai rien vous communiquer »!*• Faust, car je n'ose délier le paquet qui le lient cap-tif, iv ne pourrais copier .sans corriger et finir, ce dont ,|V ne me sens pas encore le courage. Si quelque chose pinit nie le «̃oiiimuiiiquer nn jour, c'est a coup m\r i'in-tin'l que vous pirtunr. à ce travail.
<V n'est pas sans inquiétude que je nie suis décidé à tiiit- assister Htimboldt à nos séances homériques; je suis tranquille aujourd'hui, puisque vous m'ave» dit I qu'il en a été satisfait. C'est un si grand bonheur que Ë de goûter un plaisir en commun! Malheureusement ce | bonheur est trop souvent troublé par la diversité des goûts et des opinions des personnes appelées à le par-tager. Jusqu'à présent un bon génie a veillé sur nos séances; cela durera-t-il ainsi? Il me serait bien doux de godter de la même, façon quelques bons Uvres avec voua.
Portez-vous bien et ne m'éloignez jamais de votre pensée ni de celle des vôtres.
Gœthe.
gcf.tug ascuiu.er i
Wfimar, \v li iMrenihrr tîM. I
Voici enfin lu premier livre de Wilhelm Schiller qui a I pris, je ne sais comment, le nom de Meister*. Malheu- I reusetnent vous ne pourrez voir les deux premiers li-vres que lorstlue ta presse leur aura donné une forme stable. Que cela ne vous empêche pas de me dire fran-chement votre opinion, et de m'apprendra ce qu'on dé-sire trouver dans cet ouvrage et ce que Ton en attend. Les livres suivants vous seront livrés dans toute ta sou-plesse du manuscrit, et j'espère que vous ne me retu-serez pas vos conseils.
Je continuerai tout doucement à travailler aux En-tretiens, el, surtout, à terminer ta seconde ÊpUre. J'ai
S<'MM<ft ~Mt<* W<*M<<'r. tnattfe. Ott MU que te s~ct du MOMX
SMIett «Hôvc Meislfr. maître. Ou sait que le sujet du roman te de (Jdtlic est la longue ùlucalioti de WilUrim; le juit'le joue ici sur le contraste que i>e<tei'nti»!)l te nom et la lU'stiiiik' de son liéros.
ENTRE GCBT1IE ET SCHILLER. 4«& la conviction que les Heures iront facilement et bien, le tout est de les mettre en train.
Cotta a raison de demander des noms; il connait son public, qui juge les productions littéraires beaucoup plus sur le sceau dont elles sont marquées que sur leur contenu. Que chacun de* vos collaborateurs juge cette demande suivant sa manière de voir; quant à moi, je suis forcé de vous prier «te conserver, à tous mes ar-ticles, le plus strict anonyme. A cette condition seule-ment, je pourrai, en dépit de mes diverses relations, conserver assez de liberté et de verve pour participer utilement à la rédaction de votre journal.
Ayez la bonté de marquer au crayon les fautes d'im-pression et les passages de mon roman sur lesquels vous mirez des observations à me faire.
J'espère pouvoir aller passer quelques jours à tena dès te commencement de l'année prochaine, et je m'en réjouis d'avance.
Meyer vous dit bien des choses amicales; moi je me recommande à votre bon souvenir.
GcETIIK.
SCIUUKIt A GIKTIIK
lins, le fMta-mhre «94.
J'ai lu, ou plutôt j'ai dévoré le premier livre de tt'illielm ~jleister. Cette lecture m'a causé un bonheur ijuc j'éprouve rarement, et que vous seul pouviez me procurer. La déliance avec laquelle vous parlez de cette cxt't'llenle production de votre génie me mettrait de mauvaise humeur, si je pouvais l'attribuer » une autre V.Ti CORRESVONiUflCE 9 cause qu'à l'immensité des obligations que votre esprit pr est obligé de s'imposer à lui-même. Je ne trouve rien dans votre cuivre qui ne soit en harmonie parfait» M avev l'ensemble le plus charmant. Ne vous attende?. | pas aujourd'hui à un jugement motivé, la prochaine | publication des Heures m'absorbe tout entier. Si je | puis garder vos bonnes feuilles encore quelque temps, i je verrai s'il me sera possible de deviner la marche de a l'action <>l U» développement des caractères. M. «le M Humboldt a été charmé d<< Notre roman, et il trouve, m comme moi, que votre génie s'y manifeste avec toute ff| la vigueur d'une mâle jeunesse, et la force calme de 1» wà puissance créatrice, ce sera sans nul doute l'effet qu'il produira sur tous le» lecteurs. Tout y est simple, beau, H concentre, et il s'y fait tawi de choses avec si peu de H ressorts! J'avoue ipio le grand nombre d'années qui m séparent le prunier jet d« cette «ruvre d'avec son exé- w cution définitive m'avait fait ciaimlro dy trouver quel- m ques inégalités, tu>. fût-ce que celles de l'âge mais il E n'y en a aucune. Les audacieux passages poétiques k qui, M-mlilahles » des éclairs, bi illent au-dessus de la E marche paisible di* l'action produisent les plus heureux m effets. Je ne veux parler aujourd'hui ni de la perfection 1 des caractères, ni de la réalité vivante et presque palpable I des descriptions; an reste, ce sont là des mérites que 1 l'un retrouve dans toutes vos «'in res. Quant au tableau I des amours et de la vie intérieure des artistes draina- I tiques, je h» suis nmliicureuseiuent que trop compétent I pour en juger la litlélité, car je connais ces autours et I celte vie b»'aucoiij> plus que je n'aurai» lieu de le dési- I