PREMIERE .\OTH DU COMTE DE MIRABEAU POUR IV COUR
1er juin 4700. — J'ai professé les principes monarchiques, lorsque je ne voyais dans la cour que sa faiblesse, et que, ne connaissant ni l'âme ni la pensée de la fille de Marie-Thérèse, je ne pouvais pas compter sur cette auguste auxiliaire. J'ai combattu pour les droits du trône , lorsque je n'inspirais que de la méfiance, et que toutes mes démarches, empoisonnées par la malignité, paraissaient autant de pièges. J'ai servi le monarque, lorsque je savais bien que je ne devais attendre d'un roi juste, mais trompé, ni bienfaits, ni récompenses. Que ferai-je, maintenant que la confiance a relevé mon courage, et que la reconnaissance a fait de mes principes, mes devoirs ? — Je serai ce que j'ai toujours été : le défenseur du pouvoir monarchique réglé par les lois, et l'apôtre de la liberté garantie par le pouvoir monarchique. Mon cœur suivra la route que la raison seule m'avait tracée, ou plutôt, malgré des grâces inespérées , aucun sentiment nouveau n'est entré dans mon âme. Confondue avec l'affection et le respect, la reconnaissance s'y trouvait déjà. On a dit de la Divinité que travailler, c'est la prier ; on doit dire des rois que les servir, c'est reconnaître leurs bienfaits. Au lieu de perdre beaucoup de pages et de temps à rendre des actions de grâces, je continuerai donc mes notes de circonstance avec une grande activité ; mais je voudrais esquisser, en cet instant, un plan de conduite générale auquel je mets, je l'avoue, assez d'importance, parce qu'il est le fruit d'une très-longue et profonde méditation. Il s'agit des rapports de la cour avec l'idole du jour, le prétendu général de la Constitution, le rival du monarque, M. de La Fayette enfin.
D'après la puissance que la faiblesse de la cour, plutôt que la loi, permet à M. de La Fayette d'exercer, j'ai cru convenable et pressé d'examiner jusqu'à quel point il serait avantageux ou nuisible de composer avec lui dans le choix des nouveaux ministres, si l'on se décide à en nommer; c'est-à-dire, si l'on attaque le dé-
1 Nous n'avons point les Mémoires dont il est parlé dans ce billet, à moins qu'on ne prenne pour des Mémoires les lettres de Mirabeau à La Fayette, du 13 mai et du 1" juin, ce qui est, du reste, assez vraisemblable.
cret qui interdit les choix dans l'assemblée , et que l'on parvienne à le faire lever; ou si, en y renonçant, l'on se décide pourtant à organiser une autre administration ; car il est moralement impossible de gouverner plus longtemps avec les administrateurs actuels. J'ai dû considérer, pour résoudre le problème que je me proposais, quelles sont les bases du pouvoir de M. de La Fayette, quelle sera, dans tous les temps, sa conduite; ce qu'il pourrait contre des ministres qui ne seraient pas de son choix, et ce que ces ministres pourraient contre lui.
Le moment approche où cet examen va devenir indispensable, et le salut du royaume, le salut du gouvernement monarchique tient en quelque sorte au parti pour lequel on se décidera. Que sera cet homme devenu tout à coup, d'intrigant souple, d'humble courtisan , le gardien des rois , si rien ne l'arrête, ne l'embarrasse dans sa carrière? — Maître de l'armée parisienne, et, par cette armée, de Paris; maître, par Paris, d'une grande partie des gardes nationales du royaume; pouvant disposer du pouvoir exécutif, si les ministres sont de son choix ; par là de l'armée; par là des législatures ; si des ministres dévoués à son ambition ne lui refusent aucun moyen d'influence, ne sera-t-il pas le plus absolu, le plus redoutable dictateur?
J'écarte d'abord toute idée personnelle de nuire, soit à M. de La Fayette, soit aux hommes dont il voudrait faire ses ministres, et non ceux du roi. Qu'il choisisse, dans l'affreuse tempête qui est sur le point de nous engloutir, des pilotes habiles, capables de nous sauver du naufrage, et je me tais, ou plutôt je suis prêt à le louer. Je sais que des hommes dignes de l'époque à laquelle ils seraient appelés , ayant d'autres devoirs à remplir que ceux d'une basse reconnaissance, ne seraient pas dangereux au monarque. Mais je suppose que, se peignant dans ses choix, M. de La Fayette propose des ministres ou faibles, ou inhabiles, ou ignorants , je n'ose pas dire pervers ; et c'est par rapport à de tels hommes que je vais examiner si la nécessité où l'on croit être de composer avec M. de La Fayette n'est pas une erreur évidente, une idée qui séduit, parce qu'on ne se donne pas la peine de l'approfondir.
La force de M. de La Fayette tient à la confiance qu'il inspire à son armée. Il n'inspire cette confiance que parce qu'il sein Mo partager les opinions de la multitude. Mais comme ce n'est pas lui qui dicte ces opinions, comme la ville de Paris est celle de loul le royaume où l'opinion publique, dirigée par une foule d'écrivains, et par une plus grande masse de lumières, est le moins au pouvoir d'un seul homme , il s'ensuit que M. de L i Fayette, n'ayant acquis son influence qu'en se mettant au ton de
Paris, sera toujours forcé, pour la conserver, de suivre le torrent de la multitude. Quelle barrière pourrait-il lui opposer? — Un général des gardes nationales, si ses principes n'étaient pas ceux de son armée, ne serait-il pas bientôt sans soldats et sans pouvoir? — Il est facile par là de prévoir quelle sera toujours sa conduite. Craindre et flatter le peuple, partager ses erreurs par hypocrisie et par intérêt; soutenir, soit qu'il ait tort ou raison , le parti le plus nombreux; effrayer la cour par des émotions populaires qu'il aura concertées, ou qu'il fera craindre pour se rendre nécessaire; préférer l'opinion publique de Paris à celle du reste du royaume, parce que sa force ne lui vient pas des provinces; voilà le cercle souvent coupable et toujours dangereux dont il lui sera impossible de sortir; voilà sa destinée tout entière.
Cet homme, quoique sans démagogie, sera donc redoutable au pouvoir royal aussi longtemps que l'opinion publique de Paris, dont il ne peut être que l'instrument , lui en imposera la loi. Or, puisqu'en supposant que le royaume revienne à des idées plus saines sur la véritable liberté, la vdle de Paris, comme la plus exaltée, sera la dernière à changer de principes, M. de La Fayette est donc celui de tous les citoyens sur lequel le roi peut le moins compter, celui qui, même en les reconnaissant, sera le dernier à professer les principes du gouvernement monarchique.
Qu'est ce donc faire que donner des ministres à M. de LaFayettc? — C'est vouloir que tout le royaume se mette à l'unisson de Paris, au lieu que le seul moyen de salut est de ramener Paris par le royaume. C'est vouloir que M. de La Fayette, joignant à ses propres moyens toute l'influence du pouvoir exécutif, devienne, quand il lui plaira, chef de l'armée, commandant de toutes les gardes nationales, lieutenant général du royaume, distributeur de toutes les grâces, et premier ministre, avec des ministres pour commis, c'est-à-dire qu'en même temps esclave et despote, sujet et maître, il serait le plus redoutable des tyrans.
Des ministres autres que les siens ne permettraient de craindre aucun de ces dangers, ou du moins il serait en leur pouvoir d'influer par l'esprit de paix, d'union et d'obéissance aux lois qu'ils feraient naître dans les provinces, sur l'esprit de méfiance cl d'insurrection qui agite la capitale. Des ministres qui ne seraient pas forcés de servir l'ambition d'un seul homme ne consulteraient que l'opinion universelle, n'auraient besoin d'autre appui que de l'Assemblée nationale, et, bien loin d'augmenter le pouvoir de l'armée de Paris par le pouvoir de son chef, ils serviraient, par leur propre influence, de contre-poids à l'un et à l'autre.
Mais M. de La Fayette, qui se croirait détrôné lorsqu'il ne serait
que remis à sa véritable place, ne deviendrait-il pas redoutable aux nouveaux ministres? — C'est ici l'erreur que je dois démontrer.
La multitude ignore parfaitement la dictature que M. de La Fayette a la maladresse d'exercer ; et si l'on connaissait ses liaisons avec quelques ministres, la part qu'il prend à plusieurs de leurs démarches , ou plutôt l'espèce de ministère sans responsabilité qu'il a voulu s'approprier, il serait perdu dans l'opinion publique. Il le serait d'autant plus sûrement, que ce secret, dévoilé plus tard, exciterait plus de méfiance. M. de La Fayette ne pourrait donc pas se plaindre ouvertement du refus qu'il éprouverait -, il ne l'oserait même pas, parce que le ridicule d'une telle prétention, qui ne trouverait aucun approbateur, même parmi ses partisans les plus outrés, serait sa ruine. Il serait donc forcé de se taire et de dissimuler. Voyons quels pourraient être ses moyens secrets de vengeance ?
Ou les nouveaux ministres auraient en leur faveur la majorité de l'Assemblée nationale, ou ils ne parviendraient pas à l'obtenir. Dans ce dernier cas, ils succomberaient indépendamment de leur lutte particulière avec le commandant de la garde parisienne. Dans le premier cas, tous les efforts de celui-ci, qui se lasserait bientôt de faire la guerre à ses dépens, ne pourraient pas même les ébranler. Même avec les sommes qu'on lui prodigue, et qui lui permettent d'avoir à ses gages mille espions dans Paris, des faiseurs de motions dans les places publiques, des spectateurs dans les tribunes de l'assemblée , pour applaudir qui il lui plaît ; des aides de camp dans les provinces pour y faire je ne sais quoi, et des écrivains, des folliculaires de tous les genres pour le servir exclusivement, lui et ses amis, que fait-il? — Quels sont ses succès? — Que serait-ce si, réduit à ses propres forces, il ne pouvait, ni séduire par les richesses, ni corrompre par le crédit , s'il n'avait que l'inertie de sa pensée et la nullité de son talent?
Mais jamais un tel homme, borné au commandement d'un corps de garde nationale, subordonné à la municipalité de Paris, surveillé par le corps législatif, et sans faveur auprès du roi, ne pourrait être redoutable à de bons ministres, qui, forts de toute l'autorité de l'Assemblée nationale, qu'ils sauraient diriger et dont ils seraient les professeurs civiques et révérés , et non les disciples mutins ou rebelles, sauraient employer tous les moyens de conduire l'opinion publique. Alors, s'il n'a que de l'ambition, il quitterait de lui-même sa place; alors ses plus ardents auxiliaires, trompés dans leurs espérances, seraient les premiers à l'abandonner ; alors le prétendu héros s'évanouirait.
Une occasion se présente, dans ce moment, de lui opposer un
dangereux rival. M. de Bouille, s'il voulait être populaire, le serait bientôt plus que lui. Pur de toutes les souillures que l'autre a contractées, plus estimé que lui de l'armée, plus indépendant, puisqu'il n'est pas soumis exclusivement à l'opinion d'une seule ville, quelle influence n'obtiendrait-il pas, si, réprimant la licence dans toute la frontière qu'il occupe, il savait, en maintenant l'autorité, n'être que l'instrument de la loi; si des proclamations, habilement rédigées, annonçaient tout à la fois la fermeté du général, et le patriotisme, l'obéissance du citoyen ! Le temps presse pour remplir ce but. Le plus sûr moyen de l'obtenir, serait d'envoyer des instructions à M. de Bouille, et surtout un homme de talent, qui, plus au courant de notre esprit public, lui laisserait le soin de la tactique militaire , et se chargerait pour lui de la tactique de la popularité.
Si cette note paraît utile, ou plutôt, car ce point me semble décidé, si on a le courage de la suivre, on en donnera le développement dans une conduite pour chaque jour, et l'on montrera combien l'homme qu'on a grandi et que l'on redoute serait bientôt rapetissé, nul et peu dangereux, si l'on mettait quelque suite à le combattre sans l'aigrir, à le caresser sans l'obliger, à lui donner confiance lorsqu'il se nuit à lui-même, à lui résister méthodiquement lorsqu'il veut se servir plutôt que servir \
LE COMTE DE MIRABEAU AIT COMTE DÉ LA MARCK
Mardi, 1er juin 1790. — Mon cher comte, je suis accouché, et même d'assez beaux enfants ; mais le seul travail de recopier est très-considérable, un seul homme pouvant le faire. Voulez-vous bien, sous un prétexte quelconque, écrire à l'archevêque que vous savez que j'ai fait une note considérable sur la conduite de la reine en particulier, surtout relativement à La Fayette. Une autre, sur les finances, qui est un traité; que tout cela est à la recopie. Ainsi, que l'on ne s'étonne pas, et qu'on croie bien que, loin d'être engourdi, je suis très-aiguisé. Bonjour, mon cher comte, je serai entre une et deux heures chez vous. Je vais examiner vos papiers des Indes 2.
1 Celte note, qui indique les moyens d'annuler le pouvoir de M. de La Fayette, paraît avoir été la première de celles que Mirabeau écrivit pour la cour, après s'être définitivement rapproché d'elle.
2 Ce billet se rapporte à la première note pour la cour.
M. TALOX AU COMTE DE LA MARCK
Jeudi, 3 juin 1790. — Je suis bien de votre avis, que La Fayette ne voit pas dans l'avenir ; mais il faut lui arraeher le bandeau qu'il a sur les yeux, et je crois qu'on peut espérer d'y réussir en se concertant. — À dimanche donc; si Mirabeau ne peut pas venir, nous serons nous trois, et causerons à fond. Il serait cependant important que le comte de Mirabeau pût y venir. J'aurai plusieurs choses à vous dire, toutes fort intéressantes. Si la santé du comte exige quelques soins, il ne peut pas avoir de meilleure excuse : ainsi, il faut qu'il se soigne ; vous lui rendrez compte de ce dont nous serons convenus.
Le soupçon sur la religion du prélat ' me vient principalement d'une conversation que Sémonviile a eue avec lui, et de faits qui lui ont été confiés. A dimanche, trois heures.
Tout à vous pour la vie.
LE COMTE DE MIRABEAU AU COMTE DE LA MARCK
Vendredi, 4 juin 1 790. — J'ai vu hier l'homme aux indécisions 2, mais chez le duc de La Rochefoucauld seulement; il me demanda que le rendez-vous du soir, arriéré par ce comité, fût remis à ce soir, et me fit entendre d'ailleurs ce qui devait s'y traiter. Je houspillai un peu lui et son comité, parce qu'il me paraît pourtant un peu étrange que ces honnêtes gens-là soient toujours et en tout contre moi. Je leur montrai, ce qui est très-vrai, qu'ils n'ont, ni dans la tête, ni dans l'âme, aucun élément de sociabilité politique. Je les trouvai très-épouffés de la motion contre les cordons et la noblesse héréditaire, et voulant arranger un plan de bataille dont je me moquai : sur le tout, il n'y a rien à faire avec ces roquets, qu'à les laisser japper d'une manière discordante. Quand le roi sera las d'être prisonnier, nous verrons. Mais souvenez-vous, mon cher comte, vous dont je ne veux pas violer les secrets, mais dont je ne puis pas ignorer que le crédit s'augmente tous les jours aux Tuileries, qu'il ne faut, en aucun cas et sous aucun prétexte être ni confident, ni complice d'une évasion, et qu'un roi ne s'en va qu'en plein jour, quand c'est pour être roi. — Adieu, brave ami ; quand et où nous verrons-nous 3 ?
1 Nous ignorons qui est ce prélat.
s M. de La Fayette.
3 Le 19 juin 1790, l'Assemblée nationale adopta, sur les propositions de plusieurs de ses membres, un décret qui abolissait la noblesse.
« A cette époque on présenta de nouveaux projets d'évasion ; rien n'était plus fa-
L'ARCHEVÊQUE DE XOII.OI M; AU COMTE DE LA MARCEL
Lundi, 14 juin 1790. — J'étais venu passer la journée ici, en partie pour y voir le comte de Mirabeau, qui m'avait fait dire qu'il serait à six heures du soir chez M. le comte de La Marck. Je l'y ai attendu inutilement jusqu'à sept heures. S'il avait quelque chose d'important à me dire, j'espère que M. le comte de La Marck voudra bien avoir la bonté de me le faire savoir. J'aurais désiré le voir lui-même, et savoir où en est le comte de Mirabeau avec la personne dont j'ai parlé l'autre jour avec M. de La Marck. Il sera nécessaire que je rende compte des dernières mesures qu'on aura prises.
Je retourne ce soir à Marne : je reviendrai jeudi ou vendredi, et, dans tous les cas, je serai aux ordres du comte de Mirabeau.
J'ai l'honneur de souhaiter le bonsoir à M. le comte de La Marck.
LE COMTE DE MIRABEAC AU COMTE DE LA MARCK
Mardi, 15jwml790. — Je n'avais point demandé l'archevêque, mon cher comte, et j'ai maintenant nécessairement à lui parler.
Vos commissions seront faites; ne pourrions-nous donc pas dîner ensemble? Je n'ai jamais eu tant à causer avec vous. Vale et me ama.
LE COMTE DE LA MARCK AU COMTE DE MIRABEAU
Ce dimanche, sept heures, 20 juin 1790. — Le comte de Ségur demande une conversation avec vous ; je prévois que c'est pour vous parler sur l'objet qui va occuper l'assemblée. Ainsi, dans le fond, cette conversation ne signifiera rien, ou sera ennuyeuse pour vous. Cependant il peut arriver que Ségur nous soit utile, et je vous réponds qu'avec quelques phrases louangeuses vous le rendrez à votre disposition, et, une fois engagé, il sera scrupuleusement fidèle. Je vous invite donc, cher comte, à consentir à cette conversation, et à passer chez moi ce matin, en allant de
« cile alors que de les exécuter. Le roi avail obtenu de sortir sans gardes et de n'être « accompagné ([ne par un aide de camp de M. de La Fayette. La reine en avait de même « un de service auprès d'elle, ainsi que M. le dauphin. Le roi et la reine sortaient « souvent à quatre heures après midi, et ne rentraient qu'à huit ou neuf heures « du soir.
« Voici un projet de dépari que la reine me communiqua, et dont l'exécution pa- « raiisait infaillible, etc. » (Mémoires de Mm* Campan, i. II,ehap. 10, p. HA.)
chez vous à l'assemblée, ce qui ne vous détournera pas de quatre pas et ne vous retardera que d'un quart d'heure. Mais, si vous ne le voulez pas, il sera facile de trouver un prétexte pour, au moins, ne pas le désobliger; et, si vous acceptez, dites-moi l'heure, et je le lui ferai savoir. Encore une fois, je vous demanderai d'être avec lui, pour lui, c'est-à-dire occupé de le faire valoir; ce moyen, sûr avec tout le monde, Test doublement avec lui. — Il a vu plus de vingt fois le roi et la reine depuis cinq mois ; il pourra les voir quand nous voudrons : il est possible que cela nous soit utile.
Vous avez mené hier cette assemblée à la baguette; votre logique et votre talent vous y rendront toujours, seul, plus maître que la partie liée par l'intrigue des Lameth, Barnave, Duport, La Borde et consorts.
J'ai trouvé hier La Fayette avec un air embarrassé. 11 vous a, devant moi, rendu toute justice.
Si vous voulez déjeuner chez moi, dites-moi ce que vous voulez.
LE COMTE DE MIRABEAU AU COMTE DE LA MARCK
Ce dimanche, 20 juin 1790. — Je serai chez vous, mon cher comte, à onze heures, et même avant, et je prendrai, à déjeuner, du thé. Vous voyez que je prends votre aimable billet à l'inverse. Je causerai avec votre homme dans le sens que, très-sagement, vous me prescrivez. Mais c'est avec vous que je veux déterminer le parti que j'ai à prendre dans cette bizarre occasion, où chaque parti s'exagère l'importance d'une question qui , au fond, est petite, et dont la solution, s'ils savaient leur affaire, leur serait très-indifférente. Vale et me ama *.