Gœthe a Schiller
Nous vous avons ardemment attendu. Pour ce qui est de votre rhume, si vous aviez adopté la doctrine thérapeutique que pratique notre prince, le mieux eût été de le traiter par le grand air.
Je suis accaparé par le théâtre : il ne se passe pas de jour où il ne faille donner quelque instruction pour la bâtisse et pour l'installation, sans quoi je serais retourné vous voir. Ci-joint la poésie en l'honneur de la duchesse ; mais je vous laisse le soin de lui trouver un titre. La petite chanson, que je vous retourne avec ma lettre, est charmante, et est tout à fait dans le ton qui convient à une plainte.
(1) Amélie d'Imhof et Sophie Mereau.
(2) Voir ci-dessus la lettre 411.
(3) La Plainte de la jeune fille; elle parut dans YAlmanach pour 1799, et fut ensuite insérée dans les Piccolomini, acte III, scène vu.
J'ai trouvé, en parcourant les épreuves de VAlmanach que j'ai entre les mains, trois fautes d'impression qui ne sont pas négligeables :
Page 20, avant-dernière ligne, Gereeht pour Gereiht;
Page 27, dans la poésie de Matthison, au second pentamètre, Singt pour Siegt. — Je ne retrouve pas en ce moment la troisième.
Il sera bon que nous causions de vive voix de la couverture. Ayez la gentillesse de me faire expédier sitôt que possible votre papier de qualité meilleure, pour que nous puissions le faire teinter, et faire tirer et colorier les exemplaires.
On en a fini aussi avec la couverture des Propylées. Vous en trouverez ci-joint une épreuve. Personne n'avait idée de toutes les difficultés techniques qu'il a fallu surmonter, ni de celles qui restent à vaincre. Mais la solide nature germanique de notre bon Facius s'est obstinée avec toute la ténacité imaginable, et j'en attends beaucoup de satisfaction.
J'ai remué consciencieusement tous mes papiers, et je ne trouve rien qui puisse vous être de quelque secours pour VAlmanach. J'avais bien bâti à l'intention du mariage Voigt (1) une poésie qui n'a pas été terminée en temps utile pour la cérémonie, et qui pourrait, avec de la chance, être prête en temps utile. Mais où prendre l'inspiration?
Je sais bien que l'ami Richter (2) m'ouvre des
(1) Voir ci-dessus la lettre 491. Cette poésie n'a jamais été achevée, et n'a pas laissé de traces.
(2) Une lettre de Jean-Paul, de la même époque (2 septembre), présente sous un jour tout différent cette conversation avec Goethe : « Goethe, écrit-il à Otto, aura achevé son Faust d'ici quatre mois. Il prétend pouvoir prédire six mois à l'avance la marche de son travail, parce qu'il s'entraîne à orienter son inspiration à son gré au moyen d'une hygiène corporelle sagement calculée. Quant à Schiller, il
horizons insoupçonnés. Il m'affirmait l'autre jou (très timidement, il est vrai, selon son habitude que c'est une mauvaise plaisanterie que de parle d'inspiration, que, pour sa part, il lui suffit de boir du café pour pouvoir ensuite s'attabler, sans plu de façon, à noircir des pages dont toute la chré tienté se sent transportée d'aise.
Enregistrons soigneusement l'assurance qu'il nou donne là, et aussi cette autre maxime, à savoir qu le corps est tout, et vous verrez que désormai nous n'aurons pas de peine à nous montrer deu: fois ou trois fois plus féconds.
Je vous apprendrai aussi que cet excellen ami se décide à venir habiter Weimar l'hive prochain, et qu'il a dès à présent loué ui appartement au-dessus de notre petite Maticzek Je suis très curieux de voir ce qu'il adviendr; pour lui de cet amalgame domiciliaire avec un< chanteuse (1).
J'ai d'ailleurs mis en réserve une provisioi d'autres histoires amusantes, pour le jour où j« vous verrais, soit ici, soit là-bas. — Weimar l 6 septembre 1798. — G.
avale, pour chaque tasse, trois onces de café, et il fait usag» de malaga, et de tout ce qu'on peut imaginer. Tout le mond< n'est pas aussi modéré que je le suis en fait de café. »
(1) Une fois installé à Weimar, Jean-Paul écrivait b 3 novembre : « Je descends parfois, le soir, faire une petit» visite à la chanteuse qui habite au-dessous de moi, Maticzek c'est une Philine toute crachée, et elle est sans beauté mais c'est pour moi une gymnastique d'esprit plaisant Elle rit et chante plus qu'elle ne parle, en quoi elle fai bien. Elle m'a raconté qu'elle avait demandé à Gœth< comment elle devrait m'accueillir, et avait ajouté qu'elb comptait venir au-devant de moi, en dansant, avec un trille A quoi Gœthe répartit : « Mon enfant, fais comme pouj moi, et montre-toi au naturel. »
9 septembre 1798 211