Schiller a Gœthe
Iéna, le 18 septembre 1798.
Sitôt rentré (1), je me suis remis au Prologue (2'j, et j'ai étudié le moyen de le donner isolément. Le résultat de mon examen, c'est que, pour l'adapter plus heureusement à cette destination, deux conditions s'imposent : 1° il est nécessaire de compléter et d'enrichir encore ce qu'il renferme déjà de peinture des caractères et des mœurs, afin de donner plus de réalité concrète à ce milieu particulier, et, 2°, en conséquence de ces remaniements, il faut que le grand nombre des personnages et des tableaux pittoresques ôte au spectateur tout moyen de saisir et de suivre le fil des événements, et de se former une idée précise de l'action qui court à travers cette trame.
Je me trouve donc contraint d'y insérer, un cer-. tain nombre de personnages nouveaux, et de donner plus de développement à quelques-uns de ceux qui s'y trouvent déjà ; mais je ne perdrai pas de vue les ressources en personnel qu'offre Weimar. Vous recevrez le Prologue samedi (3).
Cotta m'écrit que le duc lui aurait accorde un privilège pour une nouvelle gazette (4), et que le
(1) Schiller avait passé à Weimar les journées du 10 au 15 septembre. Il avait visité les travaux du théâtre, lu son Wallenstein à Gœthe, et examiné avec lui les possibilités de mise à la scène.
(2) Le Camp de Wallenstein.
(3) 22 septembre.
(4) Il s'agit du duc de Wurtemberg, et du nouveau journal intitulé : Allgemeine Zeitung (Gazette universelle). Le pre-
transport à Stuttgart de son bureau d'abonnement aux journaux et aux revues représente pour lui une économie de près de trois mille cinq cents florins. Il ne me dit pas si Posselt conserve la direction de la nouvelle gazette, mais je n'ai pas le moindre doute à cet égard. Il paraît mettre désormais tout son espoir dans cette industrie du journal.
Ci-joint une nouvelle feuille en épreuves (1). Si vous le voulez bien, je donnerai tout bonnement à votre poème en l'honneur de la duchesse le titre de Stances.
Merci encore, de tout cœur, pour toute l'obligeance cordiale dont vous m'avez prodigué les marques à Weimar. Sitôt que j'en aurai terminé avec le Prologue, je n'aurai plus d'autre pensée que d'achever au plus vite la pièce en vue de la mise à la scène, et je tirerai de vos conseils et de vos critiques autant de profit que j'en serai capable.
Mes amitiés bien vives à Meyer. Je vous prierai aussi de rechercher une grande clef et deux petites que j'ai dû oublier dans ma commode, ou ailleurs, je ne sais trop où, et de me les faire parvenir par la messagère.
Adieu. Ma femme vous fait ses compliments les plus affectueux. — Sch.