‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805 (volume 2)Chapitre 12 sur 230 · Gœthe a Schiller · texte numérisé non relu

Gœthe a Schiller

Merci de tout cœur d'avoir soumis mes dissertations à l'épreuve des catégories ; je ne quitterai pas votre lettre des yeux, de tout mon travail. La disposition d'esprit que j'apporte à ces matières me permet à elle seule de me rendre compte que je ne tarderai pas à avoir réalisé en moi à leur égard la liberté de la pensée dans toute sa noblesse. Je rédige sans arrêt, je fouille et refouille mes matériaux, et, de tout ce fatras d'inutilités et d'erreurs, je m'efforce de dégager les phénomènes en les définissant aussi étroitement que possible, et les résultats dans toute leur intégrité. Combien j'aurai de satisfaction lorsque tout ce fouillis aura été jeté au feu, et que ce qu'il renferme de vraiment utilisable tiendra sur un petit nombre de feuillets. Mon labeur, que je traîne donc depuis huit ans, a été indescriptible, étant donné que je n'avais ni préparation spéciale ni secours pour traiter un sujet pareil, et qu'il m'a fallu me créer moi-même ma méthode, tout à la fois au cours de mes expériences et en vue de mes expériences. Au point où nous en sommes venus, nous ne nous laisserons pas rebuter par le dernier coup de collier nécessaire ; assistez-moi par le côté spéculatif, et nous en viendrons sûrement à bout plus promptement.

Je joins à ma lettre une esquisse jetée au galop

(1) Musique de Fleischmann. L'opéra fut représenté à Weimar les 19 et 23 mai.

le l'histoire de la théorie des couleurs (1). Vous rouverez là aussi matière à belles remarques sur la lémarche de l'esprit humain : elle consiste à tourner ;n quelque sorte dans un cercle, jusqu'au jour où il ;n est revenu à son point de départ. Toute cette îistoire, ainsi que vous le verrez, se passe dans a sphère de l'expérience vulgaire, qui se borne à ;noncer le phénomène, et dans celle du rationalisme jui s'évertue à chercher des causes comme à tâtons ; ^ous y trouverez bien rarement un effort pour •approcher vraiment les phénomènes et les coorlonner avec quelque critique. Ainsi l'histoire suffit i elle seule a nous tracer notre tâche. Il y a à moyen de bâtir quelque chose qui soit vrainent intéressant. Aidez-moi tandis que j'irai de 'avant.

Je suis très peiné des fréquentes défaillances de /otre santé, autant pour les souffrances qu'elle vous nflige que pour le temps perdu. Le temps mou ju'il fait ne paraît pas encore gros de promesses )ien agréables.

Cotta est vraiment à envier ! Il ne peut manquer l'être enchanté qu'un journal aussi sensationnel (2) asse, par ses soins, son chemin dans le monde, sans ;ompter que le profit en bel or sonnant vient par urcroît et double son plaisir. J'ai travaillé activenent à le répandre à Weimar.

Nous ne donnerons pas pour le moment l'opéra le Gotter (3).

Il faut que je relise mon article sur Laocoon (4) or8que j'en trouverai le loisir, après quoi nous valons ce qu'il y a lieu de faire. Adieu, amitiés à votre hère femme, et merci encore pour votre longue

(1) Cette esquisse n'a pas été conservée.

(2) Le journal de Posselt. Voir ci-dessus les deux lettres >récédentes.

(3) Voir la lettre précédente.

(4) Voir ci-dessus les lettres 406 et 338.

lettre, qui m'est d'un grand secours. — Weimar. le 20 janvier 1798. — G.

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