Schiller a Gœthe
Iéna, le 30 octobre 1798.
Nous sommes toujours dans notre vilJa, où nous continuons de goûter la douceur d'une saison extraordinairement belle, sans trop songer qu'elle va prendre congé de nous pour longtemps. Mais c'est avec terreur que je vois poindre le mois de novembre, où je vais avoir à fournir un si rude effort, et où il faut que je m'attende à la pénible hostilité des éléments. La besogne n'a pas cessé de progresser, bien que moins rapidement que vous ne vous y attendez peut-être. J'espère néanmoins, à votre arrivée, vous offrir les deux premiers actes (2) tout achevés, et le* deux derniers peu de jouri après.
Entre temps, j'ai eu grand plaisir à lire de gauche et de droite dans les Propylées, et j'ai eu une vive
(1) La lettre de l'acteur berlinois Schrôder à Gœthe, en réponse à son billet du 7 octobre (voir ci-dessus la lettre 518), est du 17 octobre.
(2) Des Piccolomini,
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satisfaction à y retrouver tant de vérités et tant de jugements esthétiques souverains prononcés avec tant de netteté et de franche décision. Il me semble vraiment que jamais encore ces idées ne m'avaient touché de si près, ne s'étaient offertes à moi avec une pareille évidence. Sans doute, ceux qui en profiteront sont le très petit nombre, mais il n'empêche qu'il est très heureux que vous ayez été amené à les produire au grand jour. Ce qui ne manquera pas d'être piquant, ce sera de voir comment tous ces personnages qui s'imaginent appartenir, eux aussi, à votre église s'y prendront pour accommoder ces hautes pensées à la mesure de leur mesquine compréhension.
Je suis surpris, malgré tout, que Schrôder laisse planer une pareille incertitude sur sa venue, et en recule la perspective dans un pareil lointain. Je serais curieux de voir sa lettre, si vous consentiez à me la communiquer. Au reste, cette circonstance va me permettre d'en user plus librement avec lui pour la vente de mon W allenstein, à supposer même que je ne me trouve pas entièrement dégRgé de toute obligation à son égard, du seul fait que, si je suis bien informé, il aurait vendu la direction de son théâtre à quatre ou cinq acteurs.
Je n'ai pas encore reçu de réponse d'Ifïïand (1).
Les comptes ont été expédiés à Cotta. Il m'a envoyé un exemplaire des Propylées sur beau papier, ce qui vous dispense de m'en expédier un.
Adieu. Toute ma besogne de la journée m'a mis le cerveau en assez médiocre état.
Ma femme vous adresse ses meilleures amitiéê. — Sch.
(1) Schiller avait envoyé à l'acteur le 15 octobre, sur sa demande, une analyse détaillée de l'ensemble de WaReniteint avec ses conditions.
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