‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805 (volume 2)Chapitre 145 sur 230 · Schiller a Gœthe · texte numérisé non relu

Schiller a Gœthe

Iéna, le 11 décembre 1798.

On a bien raison de dire qu'un ami sage et vigilant est un bienfait des dieux, et je viens d'en faire l'expérience une fois de plus. Vos remarques sont la justesse même, et vos raisons emportent la conviction. Je ne sais quel mauvais génie a toujours pesé sur moi au point de m'empêcher de prendre tout à fait au sérieux le trait astrologique de mon Wallenstein, et pourtant je puis bien dire qu'il est plutôt dans ma nature d'envisager les choses par leur côté sérieux que par leur aspect frivole. Il est probable que j'aurai dès l'origine été rebuté par le caractère particulier de ce genre de choses. Mais à présent je me rends parfaitement compte que j'ai le devoir d'appuyer davantage encore sur cet aspect, et j'espère bien que les choses finiront par aller, si ce n'est que mon travail s'en trouvera allongé.

Il est bien fâcheux que l'heure si pressante où il faut en finir tombe en une saison si mal faite pour me seconder : mon régime actuel, c'est l'insomnie

une nuit sur deux, et il me faut dépenser infiniment d'énergie si je tiens à garder l'indispensable lucidité de mon esprit. Si je n'étais, par fortune, ainsi fait que je puisse exiger de ma volonté un peu plus que ne ferait un autre en pareil cas, j'en serais réduit à tout planter là, quant à présent.

Mais j'ai pourtant bon espoir de vous expédier les Piccolomiiii en guise de cadeau de Noël.

Je vous souhaite, à vous aussi, de passer les mauvaises semaines qui approchent dans le contentement et dans la joie, et de nous revenir en janvier tout plein d'entrain, pour nous retrouver, nous et le travail qui vous attend ici.

Je suis curieux d'apprendre ce que vous aurez imaginé pour le quatrième numéro des Propylées.

Adieu. Une visite tardive de mon propriétaire m'empêche de vous en écrire plus long ce soir.

Ma femme vous envoie ses cordiales amitiés.

Mille compliments à Meyer. — Sch.

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