Gœthe a Schiller
Je suis heureux d'avoir eu l'occasion, pour une fois, de vous rendre un service analogue à ceux dont je vous ai si fréquemment été redevable. Mon unique regret, c'est que mon bon conseil ne vous soit pas parvenu en une saison plus favorable à l'avancement rapide de votre travail, car je vous plains de tout mon cœur d'avoir à donner l'effort final en des journées qui ne nous veulent pas précisément du bien.
J'ai eu la chance de découvrir qu'en de pareilles heures d'atonie un sujet tout à fait nouveau, je veux dire sur lequel ma réflexion ne se soit encore pas arrêtée, a la vertu de me ranimer, et, jusqu'à un certain point, de me rendre capable de produire.
Je vous adresse ci-joint les poésies de Grubel,
dont je vous ai parlé déjà jadis (1). Elles vous plairont. J'en ai fait un compte-rendu que j'ai envoyé à Cotta pour son nouveau journal (2), et dont je vous communiquerai une copie. J'ai saisi cette occasion au vol pour dire quelques mots de cette catégorie de tableaux écrits de bonne humeur, et qui ne se croient pas obligés de traîner perpétuellement à leur suite la pitoyable queue d'une leçon de morale.
Autrement, je me pose un instant tantôt sur un sujet, tantôt sur un autre, avec l'unique préoccupation de ne pas laisser le temps s'écouler totalement inemployé, et c'est ainsi sans doute que cette quinzaine va encore se passer.
L'emploi de mon mois de janvier se décidera selon que votre premier drame sera ou non terminé à Noël ; dans le premier cas, je compte vous avoir chez moi ; au cas contraire, je compte aller vous rendre visite. Pour aujourd'hui, portez-vous bien, et faites mes amitiés à votre chère femme. — Wei- ?nar, le 12 décembre 1798. — G.