‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805 (volume 2)Chapitre 190 sur 230 · MAI 1799 S · texte numérisé non relu

MAI 1799 S

que le temps que je passerai ici ne s'écoule pas sans profit pour nos desseins particuliers.

Notre amie (i) m'a fait parvenir le premier chant de son poème, et j'ai le grand regret de constater que les griefs dont par avance je vous avais fait l'énumération s'y appliquent furieusement, jusqu'au dernier. Pas la moindre trace de suspension épique ; tout se suit à la course et se bouscule, et, à la lecture à haute voix, le poème est entièrement dépourvu de tranquillité et de clarté. D'un bout à l'autre du chant, tout est d'un tenant, sans le moindre temps d'arrêt qui forme paragraphe ; et, à vrai dire, il serait malaisé d'indiquer où les paragraphes seraient de mise ; L'extrême longueur des périodes, bien loin d'ajouter par une certaine impression de rondeur à l'agrément de la déclamation, ne fait au contraire que tout embrouiller. On voit surgir en grand nombre les parenthèses et les allusions obscures ; l'ordre des mots est fréquemment inverti sans que l'inversion ait le moins du monde le caractère épique, et l'emploi des participes n'est pas toujours heureux. Je vais tâcher de m'y employer de mon mieux, d'autant qu'ici mes heures ne sont pas bien précieuses.

D'une manière générale, autant que je puis le prévoir, nos recherches sur le dilettantisme vont nous placer dans une situation assez particulière ; car il n'est pas possible d'en apercevoir distinctement les vices sans ressentir de l'impatience et sans prendre un ton désagréable. Quant à savoir si l'esquisse, lorsque je vous l'enverrai ou vous l'apporterai, sera grandement avancée, c'est encore bien incertain.

Tout ce que j'ai vu de Christian Thomasius m'a toujours vivement intéressé. Ce qu'il a de lucidité gaie et d'esprit est très sympathique. Je vais

(1) Amélie d'Imhof ; voir la lettre précédente.

m'informer des articles que vous voudriez lire.

Adieu ; amitiés à votre chère femme.

Ci-joint un envoi de Meyer (1). — Weimar, le 29 mai 1799. — G.

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