‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805 (volume 2)Chapitre 193 sur 230 · Schiller a Gœthe · texte numérisé non relu

Schiller a Gœthe

Iéna, le 7 juin 1799.

Vous ne recevrez aujourd'hui que deux mots, car j'espère vous voir demain en personne. Si rien ne vient à la traverse, j'ai promis à Loder d'être du nombre des quelques amis qu'il a invités à Belvédère (1).

Dohm nous a laissé ici le texte authentique de sa relation de l'affaire de Rastatt (2), et elle m'a suggéré toutes sortes de remarques. Par exemple, vous n'aurez pas manqué d'être frappé de la contradic tion singulière qui s'y trahit en ce qui concerne la

(1) Château ducal de plaisance à une lieue de Weimar.

(2) Dohm, qui représentait la Prusse au congrès de Rastatt, avait rédigé un rapport officiel sur la journée dv 28 avril 1797, où deux des plénipotentiaires français, Bon nier et Roberjot, avaient été assassinés par des hussards autrichiens, et le troisième, de Bry, avait été blessé. Le< témoignages rédigés en vue de l'enquête ordonnée pai l'archiduc Charles avaient été concertés à l'avance, d< manière à tout embrouiller et à masquer les responsabilité! véritables. Il est à peu près certain que les hussards avaien' agi par ordre. Roberjot avait été tué sous les yeux de si femme, tandis qu'il fuyait.

mort de Roberjot, où deux récits qui s'opposent exactement l'un à l'autre sont fondés tous deux sur les dires d'un seul et même valet de chambre. Lorsqu'on proclame aussi solennellement qu'on va être scrupuleusement exact, une inadvertance de cette taille est bien surprenante, et je ne parviens absolument pas à y rien comprendre.

Depuis deux jours je n'ai pas avancé le moins du monde dans mon travail ; hier, j'ai eu des visites du matin au soir, et aujourd'hui j'ai eu un courrier énorme.

La clameur que le livre de Herder arrache à Wieland (1) aura, j'en ai peur, de tout autres effets que ceux qu'il en attend. Nous n'avons qu'à voir venir dans la plus parfaite indifférence, et qu'à prendre tranquillement nos places, en qualité de spectateurs, à cette comédie, qui sera sûrement mouvementée et bruyante à souhait. Nous y trouverons certainement de. quoi rire. Quoi qu'il puisse arriver de dire à Wieland, je souhaiterais de tout mon cœur que Cotta l'imprimât dans la Gazette universelle ou que Bôttiger lui en rendît compte, car on ne saurait trop le trompetter par le monde.

M. de Fritsch peut fort bien copier sur le rôle de Graff (2) le passage qu'il désire avoir (j'imagine que c'est pour quelque album). Je n'y ai pas d'objection.

Adieu. Je me réjouis à la pensée de vous voir pour quelques heures. — Sch.

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