‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805 (volume 2)Chapitre 195 sur 230 · Schiller a Gœthe · texte numérisé non relu

Schiller a Gœthe

Iéna, le 14 juin 1799.

J'apprends que vous êtes allé à Rossla ces jours cassés (2), mais que vous êtes de retour à Weimar, e que le mauvais temps qu'il a fait hier n'a pas dû ;ous faire regretter. Les Mellish ont encore eu de la mance, et ont passé à Iéna une très jolie journée. il nous a amené un visiteur valaisan, qui m'a paru ivoir quelque teinture de la littérature allemande, ;t qui s'est même exprimé d'une manière assez raionnable sur le compte de la récente philosophie, lans la mesure où il a été possible de se faire entendre à-dessus en français. Il y a d'ailleurs je ne sais [uel mystère autour de cet homme (3).

On m'a rapporté l'autre jour que Fichte aurait maginé de suggérer au prince de Rudolstadt de e loger chez lui dans une maison appartenant au lomaine princier, mais qu'il aurait essuyé un refus oli. On ne conçoit vraiment pas comment ce bon imi peut aller ainsi de sottise en sottise, et être en outes circonstances d'une gaucherie aussi incorri-

(1) Voir ci-dessus la lettre 455.

(2) Gœthe séjourna à Oberrossla et à Ossmanstedt du 0 au 16 juin.

(3) Tout ce qu'on sait de ce Valaisan, d'après une autre ettre de Schiller, c'est qu'il se nommait Jandor, ou quelque •.hose de ce genre.

gible. Quelle idée de prétendre insinuer au prince de Rudolstadt, qui se soucie de lui, le diable m'emporte, comme d'une guigne, la fantaisie de le prendre ouvertement sous sa protection en acceptant de le loger, et de se compromettre ainsi, sans profit et sans motif, aux yeux de toutes les cours qui voient les choses d'un autre œil ! Sans compter que ce serait un bien misérable avantage qu'il retirerait là d'un logement gratuit en un endroit où il serait aussi peu que possible à sa place.

Je vous souhaite d'être plus laborieux que je ne l'ai été tous ces jours-ci. Nous avons eu mercredi Mellish et jeudi Mme de Kalb, ce qui a fait deux journées médiocrement productives. Je suis toujours sur mes trois premières scènes d'exposition, et je cherche à poser des fondements solides pour ce qui doit venir par la suite.

Je commence vraiment à croire que j'arriverai à tirer parti de mes pièces en Angleterre. J'ai reçu de Londres, au cours d'une seule semaine, deux invitations à expédier mes pièces en manuscrit ; je sais bien que ces avances ne proviennent encore que de libraires et de traducteurs et ne sont accompagnées d'aucune offre d'argent ; pourtant la demande est si intense qu'il m'est bien permis d'en concevoir quelque espoir.

Voudriez -vous avoir la bonté de m'envoyer Eschyle? Je suis pris d'un vif désir de retourner chercher de la distraction dans le drame grec.

Adieu ; faites votre possible pour venir bientôt passer une journée avec nous.

Amitiés cordiales de ma femme. — Sch.

Votre seconde lettre me fait l'amitié de venir, comme la première, me joindre à Rossla, où je me trouve retenu pour quelques jours encore par toutes

sortes d'affaires. J'aime mieux en faire le sacrifice, puisque j'y suis enfoncé, et qu'après cela je serai dispensé d'y songer à nouveau pour un bon laps de temps. J'ai plaisir à me familiariser de plus près avec les conditions de l'existence au village et aux champs, et à considérer les vieilles choses à distance, tandis que les nouveautés m'accaparent.

J'ai un vif désir de vous voir le plus tôt possible. J'espère vous écrire mercredi (1) de Weimar. J'ai à vous rendre compte de bon nombre de choses qui me sont passées par la tête entre temps.

Si mon Esprit (2) n'était pas absorbé par la copie d'inventaires, je lui dicterais très vite quelques pages ; mais ma plume recule même devant l'idée de commencer par un bout, car il me faudrait remonter au déluge. Et puis, il y a dans le nombre des choses qui ne s'écrivent pas.

Adieu ; portez-vous bien dans votre demi-solitude, avancez posément votre travail, et faites mes amitiés à votre chère femme. — Rossla, le 15 juin 1799. — G.

Nous avons fait du feu aujourd'hui î

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