‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805 (volume 2)Chapitre 205 sur 230 · Schiller a Gœtiie · texte numérisé non relu

Schiller a Gœtiie

Iéna, le 5 juillet 1799.

J'ai trouvé en rentrant à Iéna une lettre de Cotta où se trahit l'inquiétude que lui a laissée la lettre qu'il vous aurait écrite touchant les Propylées. Ce qu'il dit de la vente de la revue est stupéfiant (1), et fait voir le public artiste et amateur d'art de notre Allemagne sous un jour beaucoup plus lamentable encore que n'eussent pu le faire prévoir les pires pronostics. Comme il n'existe aucun motif de suspecter la loyauté de Cotta, il est clair qu'on ne saurait songer à continuer, puisqu'il faudrait une vente triple de ce qu'elle est pour que Cotta pût se tirer d'affaire sans y perdre. Je sais bien qu'il est permis d'espérer que le dernier numéro tentera un plus grand nombre d'acheteurs, mais, étant données l'indifférence du public à l'égard des numéros antérieurs et la misère tout à fait inouïe dont il a fait preuve en cette circonstance, on ne peut guère compter que ce numéro suffise à lui seul à sauver le tout, ce que d'ailleurs l'événement montrera. Je ne puis arrêter ma pensée là-dessus sans que mon sang entre en ébullition, car rien encore jusqu'à ce jour ne m'avait fait concevoir du public allemand une opinion aussi basse. Mais on devrait véritablement ne plus se laisser surprendre par rien, et, lorsqu'on réfléchit à tête reposée et que l'on compare, tout cela n'est malheureusement que trop compréhensible.

Je n'ai aujourd'hui ni la tête ni le goût à vous parler d'autre chose ; et puis, je n'ai guère de nouvelles à vous donner. Nous avons ici une chaleur intolérable, qui m'affecte au point de me rendre impropre à la moindre pensée qui vaille quelque

(1) Il n'en avait vendu que trois cents exemplaires.

chose, et voilà deux nuits que je n'ai pu fermer l'œil.

.l'ai oublié l'autre jour de demander à qui je devrais envoyer le feuillet où j'ai porté l'indication des prix que je demande des livres destinés à la vente aux enchères (1) ; je vous serais reconnaissant de le remettre à qui de droit, en même temps que ces deux volumes de Montesquieu, qui ont été oubliés ici. Les prix que j'ai notés sur cette liste sont les plus bas auxquels je veuille laisser les livres : pourtant le commissaire-priseur a toute latitude, au cas où tel volume viendrait à atteindre un prix supérieur à celui que j'ai fixé, pour lâcher l'un quelconque des suivants à un prix quelque peu inférieur, pourvu que le total y soit.

J'espère apprendre demain à quelle date nous pouvons compter sur vous. J'ai un bien vif désir d'avoir avec vous une vie en commun un peu prolongée. Amitiés à Meyer. Ma femme vous envoie ses meilleurs compliments. Adieu, je vous souhaite de bien vous porter et d'être en bonne humeur. — Sch.

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