Schiller a Gœthe
Iéna, le 9 juillet 1799.
Le conseiller Kirms n'aura pas manqué de gémir sur l'embarras où je le mets, et de vous donner connaissance des conditions que je suis obligé de mettre à la représentation de mes pièces à Lauchstàdt (3). Il est probable qu'elles lui en auront ôté l'envie, mais je ne pouvais faire autrement que de demander cette compensation, parce que la facilité
(1) On ignore de quel prince il s'agit.
(2) Allusion à l'indiscrétion précédemment commise en faveur de Bôttiger ; voir ci-dessus la lettre 573.
(3) La troupe de Weimar joua à Lauchstâdt du 6 juillet au 12 août. Le Camp de Wallenstein y fut donné les 29 juillet et 12 août, les Piccolomini les 31 juillet et 7 août, la Moi de Wallenstein les 1er et 8 août.
qu'auraient les gens de Halle et ceux de Leipzig à aller voir mes pièces à Lauchstâdt pourrait fort bien compromettre mes négociations avec Opitz (1). On ne peut fonder d'espoirs que sur la curiosité du public, et, une fois qu'elle est dérivée, il ne reste plus rien sur quoi l'on puisse compter. Au reste, je n'insiste pas particulièrement pour les droits d'auteur sur les représentations, et je souscris volontiers là tout arrangement compatible tout à la fois avec les convenances du théâtre et avec les miennes. J'ai de plus exprimé, en ce qui concerne l'attribution du rôle de Thekla, un vœu (2) que vous approuverez certainement, et je pense avoir écarté ainsi les prétentions qu'une autre actrice pourrait émettre à cet égard.
Pour passer à un autre sujet, je n'ai guère avancé depuis mon retour de Weimar : la forte chaleur a eu une action également fâcheuse sur mes dispositions d'esprit et sur ma santé ; bien que le ciel ait fait mine à maintes réprises de nous préparer un orage, nous n'avons pas eu le refraîchissement de la moindre goutte de pluie, et l'herbe de mon jardin est toute comme brûlée.
Je suis très désireux d'apprendre à quelles résolutions vous vous arrêterez touchant les Propylées. Tout bien pesé, et eu égard, ainsi qu'il sied, à l'argent que Cotta y a engagé, le mieux me paraîtrait être malgré tout de voir encore s'il ne serait pas possible de pousser (3) à présent plus énergiquement, et de donner du même coup un nouvel élan aux fascicules antérieurs. En tenant convenablement
(1) Il négociait avec lui depuis février; voir ci-dessus la lettre 575.
(2) Le rôle de Thekla appartenait, à Weimar, à Caroline Jagemann, à laquelle Schiller tenait. Pour les représentations données en tournées au dehors, il était confié à la femme de l'acteur Vohs ; elle prétendit en effet qu'il lui restât à Weimar.
(3) a Poussieren » dans le texte.
compte de ce que le public souhaite et recherche di préférence, il me semble qu'on ne pourrait man'i quer de réussir. Pour commencer, on tirerait moins grand nombre, afin de réduire les frais. Peut] être consentiriez-vous vous-même un sacrifice, e ! puis on tâcherait de faire à la revue plus de publi cité, en usant des gazettes et d'autres périodiqueJ encore. Au premier abord, j'ai trop vite perdu touj espoir ; mais il ne faut pas abandonner la place ave \ tant de précipitation. S'il vous était possible d''| mettre quelque chose de votre Faust, ce serait uni excellente chose. La cinquième livraison devrai i paraître vers la fin de l'année, pas avant ; peut-êtri arriverais- je à y donner un morceau de ma Mari\ Stuart, ce qui ferait pencher la balance du côté d < la littérature d'imagination, qui trouve toujours 1 plus grand nombre d'amateurs. Il faut que nou réfléchissions ensemble à tout cela : peut-être, 8 l'on tient ferme, finira-t-on malgré tout par gagne la partie.
Adieu. Amitiés cordiales de ma femme. — Sch