Gœthe a Schiller
Dans la situation qui est actuellement la mienne, le mieux est de me persuader que ma présence contribue à hâter la réalisation de ce qu'il est devenu nécessaire que l'on fasse, et, en admettant même que ce soit pure illusion que de me juger indispensable, c'est toujours autant de gagné. Quant à tout le reste, que ce soit poésie ou littérature, histoire naturelle ou philosophie, il n'est pas question d'y songer, et mes espoirs se portent tout entiers sur le début du mois d'août, où je compte vous revoir. D'ici-là, j'espère bien avoir fini de régler l'affaire de mon domaine de Rossla, car il faut encore que je reçoive l'investiture (1), et autres formalités de ce genre.
Mme La Roche s'est décidée à arriver à Ossmanstedt ; comme je me trouve en ce moment très bas, je n'éprouve pas le besoin d'appeler à l'aide la secourable mairesse (2), et je suis homme à voir venir la visite de pied ferme.
En somme, comme je vous l'ai déjà dit, je ne sais rien qui soit ou nouveau, ou agréable, ou réconfortant, et j'en suis réduit, une fois de plus, à clore cette lettre sans y avoir rien mis.
Adieu ; tenez-vous fermement à votre travail, et apprêtez-moi ainsi une belle réception. Mille amitiés à votre chère femme. — Weimar, le 17 juillet 1799. — G.
(1) Oberros6la était juridiquement un bien noble ; Gœthe venait de demander au duc, par lettre du 10 juillet, de le transformer en fief héréditaire.
(2) Mme Bohl ; voir ci-dessus la lettre 601.