Gœtbe a Schiller
Je vous remercie de me donner un aperçu un peu précis sur l'étrange produit de la plume de Schlegel (1) ; on m'en avait déjà beaucoup parlé. Tout le monde le lit, tout le monde en dit du mal, et personne ne sait vous dire au juste ce que c'est. S'il me tombe sous la main, j'y jetterai les yeux à mon tour.
Nous avons vu sévir une fois de plus, ces jours-ci, le dilettantisme dans toute son horreur, et, ce qu'il y a de terrible, c'est qu'une fois qu'il est entendu qu'on va se mettre à galvauder, les gens galvaudent parfois très convenablement. Mais ce qui est incroyable, c'est à quel point cette unique expérience a eu pour effet de donner à la conversation mondaine, qui n'avait d'ailleurs pas grand'chose à perdre, un tour de suffisance, de vide et de platitude, et à quel point tout intérêt véritable à l'œuvre artistique elle-même a disparu du coup, du fait de icette faible représentation.
Au reste, cette nouvelle expérience, tout comme d'autres encore en d'autres matières, a confirmé chez moi une conviction ancienne : c'est que notre unique règle de conduite, à nous autres, devrait être de nous renfermer en nous-mêmes, sans autre ambition que de produire, l'une après l'autre, des œuvres tolérables. Tout le reste ne peut qu'être nuisible.
C'est aussi pourquoi je vous adresse mes félicitations pour votre premier acte, je souhaite d'être t bientôt de retour auprès de vous, et je ne me ré- ! dgne pas à abandonner l'espoir de voir cette fin •d'été m'être encore fructueuse, à moi aussi. Auguste î été tr^s content de revoir Karl, ainsi qu'Ernst, bur lequel il n'a pas tari.
Weimar, le 20 juillet 1799. — G.
(1) Lucinde; voir la lettre précédente.