‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805 (volume 2)Chapitre 222 sur 230 · III S · texte numérisé non relu

III S

de ce que je devrais faire, à supposer même que je n'y parvienne pas en ce moment. Ce seront, pour l'avenir, des indications directrices.

Le Paradis perdu de Milton, dont je fais ma lecture de l'après-midi, me fournit matière à beaucoup de réflexions dont j'espère bientôt vous faire part. La faute la plus grave qu'il ait commise, une fois décidé à choisir ce sujet, consiste en ce qu'il a jeté là pêle-mêle, et en quelque sorte sur le même plan, tous ses personnages, dieux, anges, démons, humains, et qu'ensuite, lorsqu'il en est venu à les faire agir, il lui a bien fallu, de temps à autre, en des cas particuliers, leur faire réintégrer de force leurs justes limites, ce dont il a bien fait tout ce qu'il a pu pour s'excuser adroitement, mais pourtant, le plus souvent, par un trait d'esprit. Ce qui n'empêche pas d'ailleurs le poète d'être un homme de premier ordre, qui, à tous égards, sort de l'ordinaire, et d'avoir le don du sublime, et, sous ce rapport, il n'est que juste de noter que l'absurdité de son sujet le sert souvent plus qu'il ne le dessert, et va même jusqu'à être pour le poème un titre auprès des lecteurs assez crédules pour avoir avalé la matière les yeux fermés. .

J'aurais encore une masse d'autres choses à vous conter, que je garde pour moi, parce qu'il me faut faire porter cette lettre à la ville. Quant à la date à laquelle je pourrai vous arriver, j'aime mieux m'en taire, parce qu'il n'est pas possible de la fixer au juste. Il ne faut donc pas qu'elle vous retienne d'entreprendre votre petit voyage. Adieu, portez-vous bien, et faites mes amitiés à votre chère femme. — Weimar, le 3 août 1799. — G.

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