‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805 (volume 2)Chapitre 223 sur 230 · Schiller a Goethe · texte numérisé non relu

Schiller a Goethe

Jéna, le 6 août 1799.

Je me suis attardé aujourd'hui dans mon travail, et je n'ai que le temps de venir vous donner un

bonjour affectueux. Je suis heureux d'apprendre que vous vous êtes mis à vos poésies, et qu'on va enfin les imprimer en un recueil. La seule catégorie dont, autant que je sache, la corpulence soit encore grêle, est celle des Epîtres et des Ballades, à moins que vous n'ayez aussi le désir de grossir les Idylles. Quant aux Elégies, aux Epigrammcs et aux Chansons, elles sont parfaitement nourries. J'espère que vous ne renoncerez pas à l'intention où vous étiez de donner une place dans le recueil à toutes celles de vos poésies qui figurent dans des œuvres plus étendues (1). La collection sera riche et précieuse, même si vous ne trouvez pas le temps de satisfaire aussi complètement que vous le souhaiteriez à vos exigences critiques, et, au reste, ce qui ne se fera pas cette fois pourra être réalisé une autre fois, un ouvrage de cette qualité étant nécessairement appelé à être épuisé en trois ou quatre ans.

J'aurais bien aimé donner encore moi-même au prochain Almanarh quelques petites choses, mais je ne trouve pas la disposition d'esprit qu'il faut, parce que mon travail de dramaturge exclut toute autre occupation. En ce qui concerne ce dernier, tout marche jusqu'à présent à souhait, et, si le petit voyage que j'ai projeté de faire à Rudolstadt ne m'apporte pas une diversion trop forte, je pourrai encore avoir terminé mon second acte pour la fin de ce mois.

Adieu ; portez-vous bien dans votre solitude. Auguste a procuré avant-hier à mes petits un très grand plaisir en venant les voir (2). Ma femme vous fait mille amitiés. Je vous retourne Parny, avec tous mes remerciements. — Sch.

- (1) L'unique pièce que Goethe recueillit ainsi, ce fut <s le Chanteur >> qu'il prit dons Wilhelm Mci^ter.

(2) Le jeune Goethe avait passé le? journées des 3 et 4 août à Iéna avec sa mère. Il est à noter que Schiller ne fait pas mention de Christiane.

Page 1