‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805 (volume 2)Chapitre 228 sur 230 · Schiller a Gœthe · texte numérisé non relu

Schiller a Gœthe

léna, le 16 août 1799.

J'ai constaté aujourd'hui, en ouvrant YAlhenseum (1), que les Schlegel l'ont grossi d'un buisson d'épines, et qu'ils cherchent par ce moyen, qui n'est pas mal choisi, à maintenir leur barque à flot. Les xénies ont fourni un modèle qui a eu du succès. D se trouve, dans ce moniteur de l'empire des lettres, des trouvailles qui sont bien venues, mais qui sont aussi, il faut le reconnaître, fortement mélangées d'idées qui ne sont guère que des impertinences. A lire l'article qui concerne Bôttiger, on s'aperçoit que l'amertume du ressentiment a étouffé l'humour. La sortie contre Humboldt est inconvenante et ingrate, car il s'est toujours bien comporté envers les Schlegel, et l'on constate une fois de plus qu'au fond ils ne valent rien.

D'ailleurs, la grande élégie qui vous est dédiée (2) est, si l'on fait abstraction de son excessive longueur, de bon travail, où il y a plus d'une beauté. J'ai eu aussi l'impression d'y trouver plus de chaleur qu'on n'est accoutumé d'en rencontrer chez Schlegel, et

(1) Le second fascicule du second volume.

(2) L'Art grec, d'Auguste-W. Schlegel,

plus d'un passage est conçu en des termes excellents. Autrement, je n'ai encore rien lu de ce fascicule. Je suis convaincu que le ton que les auteurs ont adopté leur procurera bon nombre de lecteurs, mais il n'est guère probable qu'il leur vaille des amis, et je crains fort qu'ils ne soient bientôt à court de matière, après avoir, comme ils l'ont fait, gaspillé en une fois et à jamais leurs espèces sonnantes en menue monnaie d'aphorismes (i).

S'il pouvait se faire que vous me fissiez encore quelque cadeau pourl!;4/m<:mrtc/z,et si j'arrive de mon côté à fournir ma part, j'y insérerais aussi quelque chose de Matthison, de Steigenteseh et de quelques autres encore, et je donnerais ainsi à Y Almanaeh son aspect coutumier. Je serais ravi pour Cotta qu'il ne se heurtât pas ici à un nouvel échec, mais d'ailleurs les gravures suffisent à me remplir d'espoir.

En songeant à votre recueil de poèmes, je me suis demandé si vous ne devriez pas grossir aussi la série des poèmes didactiques dont fait partie la Métamorphose des plantes, et c'est peut-être pour des poèmes de ce genre qu'on aurait le plus vite fait de trouver i'inspiration nécessaire, vu qu'en pareil cas l'ébranlement est donné par la raison. Lorsque vous serez arrivé ici et que nos entretiens porteront sur ces sujets, peut-être jaillira-t-il quelque chose très vite, aussi vite qu'a jailli en son temps le poème de la Métamorphose (2). Et ce serait du même coup une contribution à Y Almanaeh.

Mon travail de dramaturge continue d'avancer à vive allure, et, si rien ne vient à la traverse, j'arriverai avant la fin du mois d'août à avoir le second acte derrière moi. Le brouillon en est dès à présent terminé. J'espère que dans cette tragédie

(1) Au premier volume de VAthenseum; voir ci-dessu» les lettres 483 et 484.

(2) Goethe l'avait écrit en deux jours, les 17 et 18 juin 1798, ■: Iéna.

il n'y aura rien qui ne soit adapté à la scène, bien que je m'applique immédiatement à la ramasser et à la resserrer quelque peu pour les besoins de la représentation. Comme la matière n'est pas d'une moindre richesse si on l'envisage du point de vue de l'histoire, j'ai fait une place quelque peu large aux éléments historiques, et j'ai admis des thèmes qui sont de nature à plaire à un lecteur sérieux et cultivé, mais qui, à la scène, où d'ailleurs on a sous les yeux, en chair et en os, l'objet concret lui-même, sont superflus, et sont même dénués d'intérêt, faute de pouvoir compter trouver chez la masse les connaissances historiques nécessaires. Aussi ai-je dès à présent, dans mon travail, tenu compte des suppressions qu'exige l'emploi scénique auquel il est destiné, et il n'y aura donc pas à prendre toute la peine spéciale qu'a coûtée W allenstein.

Adieu ; donnez-nous bientôt l'espoir de vous avoir ici. Ma femme vous fait ses amitiés : elle compte bien que notre transplantation à Weimar ne sera pas retardée au delà du milieu de janvier. Peut-être pourrai-je, en ce qui me concerne, y venir plus tôt. Adieu. Mille amitiés à Meyer. — Sch.

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