‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805 (volume 2)Chapitre 37 sur 230 · Gœthe a Schiller · texte numérisé non relu

Gœthe a Schiller

L'unique félicitation que je trouve à vous adresser, pour le décret civique qui vous parvient du fond de l'empire des morts, c'est que vous soyez encore, pour le recevoir, du nombre des vivants. Faitesnous l'amitié de patienter encore un peu avant d'aller rendre visite à feus vos grands concitoyens. M. Campe m'a tout l'air de ne pas encore être guéri, pas plus que bon nombre de nos naïfs Allemands, de la plus dangereuse de toutes les folies. Malheu reusement, là-contre, aussi bien que contre n'im porte quelle autre épidémie, il ne sert de rien de faire quoi que ce soit, ni de parler.

Le beau temps me sollicite journellement à courir vous retrouver, et j'utilise de mon mieux la nécessité où je me trouve de prolonger ici mon séjour. Je me suis remis aux insectes, et j'ai en outre classé mes minéraux. Lorsque l'on a l'habitude de ramasser tant de choses diverses de gauche et de droite et qu'on a omis pendant quelque temps d'ordonner ce que l'on a rapporté chez soi, on ne sait bientôt plus où donner de la tête.

Meyer avance dans son travail ; il y aura bientôt là la matière d'un petit volume.

Les récents événements d'Ischia et de Suisse (1) m'ont définitivement consolé de notre retraite ; et d'ailleurs il n'y a aucun inconvénient à ce que nous publiions sous une forme fragmentaire ce que nous avons recueilli. Le public mord toujours plus volontiers aux morceaux détachés, et il y a toujours moyen de donner, chemin faisant, un aperçu systématique de ce que serait l'ensemble. L'intro-

(1) C'est le moment où le Directoire « révolutionnait », de gré ou de force, le Corps helvétique et les cantons suisses, et, en Italie, la Cisalpine, les États pontificaux et la Toscane.

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duction à ces études sera vraisemblablement le premier de mes soucis à Iéna, outre que j'aurai à perfectionner encore l'esquisse déjà rédigée touchant la recherche théorique et la totalité du monde de l'expérience.

Mes considérations sur les êtres organisés, aussi bien que mes réflexions sur la doctrine des couleurs, vont dans le même sens que nos réflexions sur l'art, et les rejoignent ; et je donnerai en outre, à la suite des recherches de Meyer sur l'histoire de l'art florentin, une seconde édition de Cellini, enrichie d'un petit nombre de notes auxquelles j'attache de Fimportance.

Comme je compte rédiger cette introduction sous la forme de lettres qui vous seraient adressées, mon bien cher ami, il serait très gentil de votre part d'en profiter pour écrire quelques lignes à notre intention, ne fût-ce que pour indiquer qu'il est fort possible que vos propres recherches vous amènent dans l'avenir, vous aussi, à vous rencontrer avec nous. Car le monde qui nous environne m'a tout l'air de vouloir dresser encore plus d'un obstacle en travers de notre route, et il n'en est que plus nécessaire que la poussée que nous comptons exercer soit unanime et agisse obstinément immuable dans une unique direction.

Adieu. Mes amitiés à votre chère femme. — Weimar, le 3 mars 1798. — G.

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