‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805 (volume 2)Chapitre 40 sur 230 · OH " MARS · texte numérisé non relu

OH " MARS

ne sont les fauteuils d'orchestre. D'autre part, l'isolement systématique où, comme chacun sait, l'on vit à Weimar, vous assurerait chez vous toute la solitude que vous pourriez souhaiter, sans compter qu'il y aurait certainement pour vous avantage à ne pas vous fermer rigoureusement à toute influence du dehors. Pour ce qui me concerne, vous savez que mes obligations me contraignent à graviter perpétuellement selon ma propre ligne zodiacale, et qu'à chaque signe où je pénètre, je trouve de nouvelles besognes et un nouvel état d'esprit. J'espère être en mesure de vous dire samedi (1) le prochain emploi que je compte faire de mon temps.

J'ai repris en main Cellini ; je corrige ma copie et j'esquisse mes notes additionnelles. Je m'apprête ainsi à mettre sur pied, petit à petit, les courts éclaircissements historiques qu'il est nécessaire de joindre au texie. Je les grouperai tous à la fin, disposés par ordre de matières, de manière qu'on puisse les lire à la suite, comme on ferait d'un petit article (2). La rédaction des études de Meyer sur l'histoire de l'art florentin progresse parallèlement, et nos travaux s'appuient mutuellement.

Je souhaite de trouver bientôt auprès de vous le temps de me ressaisir et de me recueillir, et de voir un peu plus clair dans cette masse d'occupations de toute nature ; le moment approche maintenant, et nous y trouverons profit à bien des égards.

Je vous félicite d'avoir enfin reçu le rescrit de Cobourg (3). A vrai dire, c'est grâce à notre duc que l'on a enfin consenti à l'expédier. Cobourg était en retard d'une bonne douzaine de rescrits, et, comme toutes les insistances exercées auprès des

(1) 10 mars.

(2) Les notes finales jointes à la nouvelle édition de Cellini furent intitulées : « Appendice ayant trait aux mœurs, à l'art et à la technique. »

(3) Voir la lettre précédente.

conseillers privés restaient vaines, notre duc prit finalement le parti d'envoyer tout simplement là-bas un exprès chargé d'en obtenir l'exécution, avec une lettre personnelle et cordiale de recommandation pour le duc et la duchesse ; sur quoi tout fut enfin mis à jour. Si seulement votre dignité nouvelle avait pu vous apporter par surcroît un avantage positif !

Je vous retourne la lettre de Humboldt. Le jugement qu'il porte sur l'état du théâtre en France m'intéresse vivement. J'aimerais bien qu'il me fût donné, une fois ou l'autre, de voir de mes yeux ces singuliers produits artistiques.

Adieu. — Weimar, le 7 mars 1798.

Page 1