‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805 (volume 2)Chapitre 42 sur 230 · Gœthe a Schiller · texte numérisé non relu

Gœthe a Schiller

Il ne manquait plus, pour compliquer encore si possible mon existence, que quelques arpents de terres venant s'intercaler dans la dixième maison de mon horoscope (1). C'est pourtant ce qui est arrivé. J'ai fini par enlever, contre vents et marées, le bien noble d'Oberrossla (2), après que les fermiers qui l'ont détenu jnsqu'à ce jour et le conseiller aulique Gruner eurent tout fait, deux années durant, pour me dégoûter de cette acquisition. Je n'en suis pas moins satisfait de l'avoir à moi, ni du prix dont je l'ai payé, car il en va aujourd'hui des biens fonciers comme jadis des livres sibyllins, chacun frémit à voir monter les prix, et cependant les prix ne cessent de monter.

D'ailleurs, l'achat que j'ai fait est aussi « pur » (3) que possible, et est sans doute à peu près sans exemple, car, jusqu'à ce jour, je n'ai encore vu ni le domaine ni les bâtiments, et j'irai demain pour la première fois y donner un coup d'œil. Les décisions et les formalités de tout ordre qu'il y aura certainement à prendre et à remplir ne m'occuperont guère qu'une huitaine. Si vous pouviez venir

(1) Les astrologues partageaient la sphère céleste en douze maisons d'égale grandeur, dont chacune était censée avoir rapport à une portion des affaires humaines ; la dixième avait pour attribution» les dignités et les biens. Schiller avait tiré parti de ces traditions astrologiques dans son Wallenstein.

(2) Situé à courte distance de Weimar, entre Ossmanstedt et Apolda. L'achat avait été conclu le 8 mars.

(3) Au sens kantien du mot, c'est-à-dire indépendant de toute expérience. Gœthe joue sur le terme favori de la philosophie critique.

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nous voir, ce serait parfait, mais il faut que je vous fasse remarquer que, la semaine prochaine, il y aura opéra jeudi, et qu'on donnera samedi une nouvelle pièce de Kotzebue (1), à laquelle je n'aurais garde de vous convier. Si vous voulez bien vous contenter d'occuper, aux côtés de notre ami Meyer, la petite chambre verte, vous serez le bienvenu ; je ne puis, pour cette fois, mettre à votre disposition rien de plus spacieux.

Je n'ai pas entendu parler de la tragédie anglaise ; il serait bon, de toutes façons, que nous pussions nous la procurer.

Nous vous ferons établir une copie authentifiée de votre diplôme civique, avec un certificat attestant que l'original est conservé à la bibliothèque ducale. Il est très gentil de votre part de donner satisfaction à l'envie qu'a le duc d'avoir ce document. Nous en possédons déjà un analogue, l'annonce, rédigée en plusieurs langues, et adressée à tous les peuples du monde, de la magnifique Révolution française.

Venez donc si vous le pouvez ; car je souhaiterais vivement que vous eussiez vu les œuvres de Meyer avant que nous poursuivions nos chemins solidaires.

Adieu. Amitiés à votre chère femme. — Weimar, le 10 mars 1798. — G.

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