‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805 (volume 2)Chapitre 52 sur 230 · Schiller a Gœthe · texte numérisé non relu

Schiller a Gœthe

Iéna, le 10 avril 1798.

Je vous retourne l'Amour : on y reconnaît aussitôt la main vigoureuse et l'art étoffé de notre maître-artiste. Mon unique crainte, c'est qu'il ne paraisse un peu trop sévère et trop sérieux à la première page de la petite bluette à laquelle il est destiné. Je vous aurai une vive reconnaissance, si vous voulez bien rechercher parmi vos collections quelque chose qui convienne à YAlmanach et si Meyer veut bien en faire le dessin. Je n'ai pas besoin de vous dire que ce qui conviendrait le mieux, ce serait un thème qui aurait un caractère poétique exactement dans le genre de cet Amour, et, comme V Almanachy en raison de la petitesse de son format et de son caractère de livret d'agrément, ne saurait comporter qu'une vignette de petites dimensions, il m'a toujours paru que le mieux serait de trouver un sujet où l'exécution eût moins d'importance que l'idée elle-même. — Mais j'oublie que cela, c'est votre affaire, et que je puis m'en remettre à vous du soin de choisir pour le mieux.

Je vous communique ci- joint une lettre et des poésies d'un certain Jacobi (1), qui s'est adressé

(1) Maximilien Jacobi, fils du philosophe. Il était connu de Gœthe, à qui il avait, l'année précédente, soumis un poème assez bizarre. Voir ci-dessus les lettres 249 et 276.

10 avril uns

à moi pour avoir de vos nouvelles. Je n'ai donné aux poésies qu'un coup d'oeil rapide, et je n'y ai rien remarqué qui fût ou bon ou mauvais. Je serais pourtant assez disposé à y prendre quelque chose pour le dernier numéro de nos Heures, car je suis encore très loin d'avoir toute la copie nécessaire. Ayez la bonté, au cas où vous estimeriez qu'il s'y trouve quelque chose qui soit utilisable, de me retourner le tout demain par la messagère, parce que j'ai occasion de l'expédier encore le soir même.

Si vous pouviez dire au conseiller intime Voigt un mot en faveur de notre ami Niethammer, vous vous emploieriez en faveur d'une très bonne cause (1). J'ai des raisons de penser qu'il témoigne de peu, de trop peu de zèle en sa faveur, et que toutes ses préférences vont au contraire à son concurrent, qui est tout à fait dénué de valeur (2). Si vous trouviez en outre l'occasion de remettre en branle l'affaire de Schelling (3), qui m'a tout l'air de sommeiller entre. les mains de Voigt, vous nous rendriez grand service, à nous autres, philosophes d'Iéna, et, pour vous-même, il ne saurait que vous être agréable de voir le personnel de notre Université accru d'un homme de son mérite.

Bien que le temps continue d'être beau, le brusque refroidissement de la température m'a valu une fois de plus un rhume violent, et a ravivé mes vieux maux. Le travail avance à pas lents, et j'en suis précisément parvenu à un point où l'entrain est la condition indispensable.

On prétend ici qu'Iffland arriverait à Weimar le

(1) Il s'agit de la candidature de Niethammer à une chaire de théologie ; il en a déjà été question dans la lettre 275.

(2) Lange.

(3) Schelling, qui résidait alors à Leipzig, finit par être appelé en juillet à l'Université d'Iéna, en qualité de professeur extraordinaire de philosophie.

24 de ce mois et y jouerait toute une semaine. Comme vous n'avez pas semblé en rien savoir lors de votre séjour ici, j'ai peine à le croire. Si la nouvelle était néanmoins exacte, je doute fort qu'il dût rencontrer l'accueil qu'il a reçu jadis, et notre digne Chat botté (1) pourrait bien se trouver très attrapé.

Adieu. Mon beau-frère, qui a été ici aujourd'hui, m'a appris que Thouret (2) se décidait enfin à vous arriver très prochainement. C'est une raison de plus pour qu'il vaille mieux que vous soyez de retour à \Yeimar, et que vous ne soyez pas interrompu en plein travail.

Ma femme vous envoie ses meilleurs compliments. Adieu. — Sch.

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