Gœthe a Schiller
Je n'ai que le temps de vous dire combien j'ai de joie à revoir une lettre écrite de votre main. Puisse votre état de santé ne cesser de s'améliorer !
Iffland a été excellent dans le Marchand de vinaigre (2) : verve naturelle, étude profonde, supériorité, possession ancienne et familière du rôle, mesure, variété des tons, grâce et force, il n'y a eu
(1) De Rousseau, avec musique de Benda.
(2) De Mercier, adapté par Schrôder.
qu'à admirer. La pièce, clans l'ensemble, n'a pas marché avec une aisance assez coulante, parce que nos acteurs, qui avaient eu peu de temps à leur disposition pour l'étudier, ont joué moins bien qu'ils n'eussent été capables de le faire ; si bien qu'ils se sont empêtrés à diverses reprises, et qu'au lieu de jouer droit devant soi, Iffland a dû, à diverses reprises, se donner une contenance (1), ce qu'il a fait d'ailleurs avec beaucoup de maîtrise.
On donne aujourd'hui le Père de famille : nous ne savons pas encore ce qui sera joué vendredi.
Oui, c'est bien le Pygmalion de Benda qu'on doit représenter l'un de ces jours, et je suis très curieux de le voir. Je connais la pièce, et je l'ai vu jouer maintes fois ; l'idée en est originale et risquée, mais Iffland est beaucoup trop avisé pour arrêter son choix sur une pièce où il ne soit pas assuré de produire son effet. Vous aurez prochainement de mes nouvelles. — Weimar, le 25 avril 1798. — G.