Gœthe a Schiller
Weimar, le 27 avril 1798.
Les divertissements de société et de théâtre continuent d'aller leur train ; mais je ne veux pas que notre correspondance ait à en souffrir, et c'est pourquoi je tiens à mettre d'avance par écrit quelques lignes en vue du courrier de demain.
Permettez-moi de commencer par une confidence relative à ma propre personne, que ces dernières journées m'ont donné l'occasion de vérifier. Dans mes rapports intellectuels avec les choses, je suis réaliste dans toute l'acception du terme, c'est-à-dire que je puis considérer les choses qui s'offrent à mon esprit sans éprouver le moindre désir d'y voir ajouter quoi que ce soit, et que l'unique différence que je fasse entre les objets est de les trouver ou intéressants ou indifférents. Tout au contraire, lorsqu'il s'agit d'action positive, en quelque ordre que ce soit, je me comporte en idéaliste à peu près aussi déterminé que possible : je ne m'inquiète nullement du donné, et j'exige au contraire que tout se plie à ma manière de voir. Cette confession faite, je puis être bref sur ma condition présente.
Le jeu d'Iffland me fait infiniment de plaisir, pare^ que je ne suis pas gêné le moins du monde
par les limites entre lesquelles se meut son talent, et qui sont pour tant de gens une pierre d'achoppement ; tout au contraire (1)...