‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805 (volume 2)Chapitre 70 sur 230 · Gœthe a Schiller · texte numérisé non relu

Gœthe a Schiller

Je ne puis que dire Amen au premier feuillet de votre lettre, car il contient la quintessence de tout ce que je me suis dit à moi-même pour me réconforter et m'enhardir. Mes scrupules proviennent en majeure partie de l'inquiétude que je ressens à l'idée de me méprendre dans le choix d'un sujet qui pourrait risquer, soit de n'être pas traitable, ou de ne pas l'être pour moi, ou de ne pas l'être de cette façon. Prenons donc enfin le parti de faire taire tous ces soucis, et de nous mettre courageusement à l'ouvrage, sans tarder.

Le travail de Humboldt est véritablement pour moi une surprise, et j'en ai beaucoup de joie. J'en ai d'autant plus, que je redoutais un peu que son éloignement n'eût pour effet de nous aliéner, tout au moins pour un temps, son intelligence spéculative. Ce n'est pas pour moi un bonheur médiocre que de me trouver en accord avec la critique, au moins à la dernière étape de ma carrière poétique.

Je m'en tiens là pour ce matin, car j'ai, pour mes dernières journées, des occupations en masse.

Je serai auprès de vous demain soir (1), et j'escompte par avance tous les fruits que nous procureront les quatre semaines qui viennent. Adieu ; mes compliments à votre chère femme. — Weimar, le 19 mai 1798.

Page 1