‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805 (volume 2)Chapitre 76 sur 230 · Schiller a Gœthe · texte numérisé non relu

Schiller a Gœthe

Iéna, le 29 juin 1798.

J'ai été sincèrement surpris d'apprendre quElpénor est de vous (1) : je ne sais vraiment pas comment il se fait que je n'aie à aucun moment songé à vous en le lisant. Mais, si j'ai ressenti si vivement la curiosité d'en connaître l'auteur, c'est précisément parce que je ne savais à qui l'attribuer, parmi les noms connus, et sur lesquels le choix eût pu s'arrêter ; car l'ouvrage est du nombre de ceux à propos desquels, par delà l'œuvre elle-même, on éprouve un besoin impérieux de remonter jusqu'à l'âme d'où elle est issue. C'est d'ailleurs, pour l'histoire de votre esprit et des phases de son développement, un document qui est d'importance, et qu'il vous faut traiter avec considération.

J'aurai plaisir à lire ce cours méthodique de magnétisme (2) ; il se trouve précisément que, sur ce sujet, le dictionnaire de Fischer ne m'a que médiocrement satisfait, parce que ce premier volume ne va pas encore jusque-là. Si vous ne trouvez pas que ce soit du temps perdu, nous pourrons causer aussi d'électricité, de galvanisme et de chimie, et, dans la mesure du possible, instituer quelques expériences. D'ici-là, je ferai les lectures que vous me conseillerez et que j'aurai à ma portée.

Ma lettre à Humboldt part aujourd'hui. Je vous envoie une copie des parties qui ont trait à son livre. Comme je n'avais pas le manuscrit sous les yeux, et que cette façon d'envisager les choses m'est, d'une manière générale, devenue passablement étrangère et heurte un peu mes propres tendances, j'ai dû m'en tenir aux généralités. Je compte sur votre lettre pour faire sa part en détail.

(1) Voir les trois lettres précédentes.

(2) Voir la lettre précédente.

Si Schlegel consent à réserver aussi à YAlmanach quelques pièces plus importantes (1), je n'ai pas d'objection à la réception de ces vers de circonstance. Mais si sa collaboration devait s'en tenir à ces morceaux qu'il ne vous envoie même pas expressément en leur donnant cette destination, nous aurions l'air de saisir avidement tout ce qui sort de sa plume et tout ce qu'il veut bien consentir à nous abandonner, et nous n'en sommes pourtant pas réduits à ce degré de nécessité. J'ai été traité si discourtoisement par toute cette famille, que j'ai le strict devoir de veiller à ne pas leur fournir d'occasion dont ils puissent se prévaloir. Car le moindre risque que je courrais serait que Mme Schlegel allât conter partout que son mari ne songe pas le moins du monde à faire à YAlmanach l'aumône de sa collaboration, et que, pour avoir néanmoins la faveur de son nom, je me serais raccroché à deux poésies déjà antérieurement imprimées.

Je conviens d'ailleurs que celle qui s'adresse à Iffland est loin d'être mal faite, bien que je n'aie pu me retenir de sourire à voir Schlegel s'attaquer une seconde fois à ce sujet de Pygmalion (2), qui paraît l'obséder.

Les raisons de Meyer en faveur du titre de Propylées ont leur valeur. Vous connaissez mes raisons contre, mais, si l'entreprise elle-même doit y trouver son profit, il n'y a pas lieu de s'y arrêter. Adieu. — Sch.

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