‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805 (volume 2)Chapitre 80 sur 230 · Gœthe a Schiller · texte numérisé non relu

Gœthe a Schiller

Ces dernières journées n'auront donc été des plus favorables ni pour vous ni pour moi, car, depuis que je vous ai quitté, le mauvais génie des nécessités pratiques n'a cessé de me maltraiter cruellement. Je suis pourtant parvenu, en dépit de tous ses méfaits, à mettre sur pied une esquisse méthodique (2) où je répartis sur deux colonnes parallèles ies effets physiques qui paraissent se grouper sous deux pôles. Je les assemble dans l'ordre suivant : phénomènes magnétiques, électriques, galvaniques, colorés et sonores. Pour satisfaire à votre désir, je n'oublierai pas ceux de l'odorat et du goût. Quelle que soit la valeur de ce que j'en tirerai, cette méthode permet de découvrir avec une extrême aisance les problèmes qui se posent.

Les objets de fer fondu (3) sont arrivés d'Ilmenau. Les expériences en vue desquelles je les ai fait fondre ont donné les résultats que j'en attendais, mais j'ai observé en outre un certain nombre

(1) Un certain Hirt, d'Erlangen (qu'il ne faut pas confondre avec le critique d'art) : YAlmanach pour 1799 donna de lui deux sonnets.

(2) Aujourd'hui perdue ; mais elle servit de canevas à un exposé plus détaillé, dont la rédaction n'est que peu postérieure, et qui est conservée.

(3) Gœthe les avait fait exécuter, d'après des modèles de bois, pour servir à des expériences sur le magnétisme.

de phénomènes nouveaux, que je ne pouvais prévoir, et qui sont très dignes d'attention.

Je vous retourne ci-joint le poème (1) : c'est un néant d'une sorte toute spéciale. Les jeunes gens d'aujourd'hui apprennent à faire des vers comme on fait des petits pâtés ; si encore ils nous faisaient la grâce d'y mettre un peu de sauce ! Je ne sais vraiment pas si l'on peut prendre cela pour Y Almanach. Tout dépend, à mon sens, de la place dont vous disposez, car le public, et surtout le public féminin, a un goût particulier pour ce genre de récipients creux, où il lui est loisible d'épancher le peu de cœur et d'esprit qui lui est échu en partage.

Les grandes lignes du théâtre rajeuni (2) sont arrêtées ; elles sont même déjà tracées sur le sol, et l'on doit commencer les travaux la semaine prochaine. L'idée est bien venue et convenablement conçue, et, une fois terminée, la nouveauté sera sûrement bien accueillie. Nous aurons environ deux cents places de plus, sans que pourtant la salle ait l'air vide les jours où la fréquence sera faible. J'espère bien que nous en aurons fini en temps utile.

Je vais faire mon possible pour tout régler et mettre en train et pour vous arriver au plus vite, car j'ai hâte de poursuivre avec vous dans la voie où nous sommes entrés. Adieu, amitiés à votre chère femme, et pensez à moi. — Weimar, le 14 juillet 1798. — G.

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