Gœthe a Schiller
J'ai pu enfin, parmi cent distractions, faire copier ma lettre à Humboldt, ainsi que YElégie (3), et, au
(1) De Gries ; voir ci-dessus la lettre 475.
(2) La salle de théâtre de Weimar, qui ne contenait jusque-là que des places de parterre, fut agrandie par l'addition d'un balcon reposant sur une colonnade disposée en demi-cercle.
(3) Euphrosynè; voir ci-dessus la lettre 469.
moment où j'ai enfin la satisfaction et le désir d'expédier mon envoi, voici que je ne retrouve plus son adresse. Ayez donc la bonté de me l'envoyer aussi promptement que vous le pourrez.
Le programme de décoration nouvelle pour notre salle de théâtre est définitivement arrêté ; les travaux commencent dès demain. Une fois qu'ils seront terminés, elle aura bon air et sera confortable ; mais d'ici-là, elle m'imposera de gros sacrifices, car le trimestre prochain, à supposer même que je n'aie pas à le perdre complètement, ne manquera pas d'être déchiqueté à l'extrême par toute cette entreprise.
Je vais achever de mettre ici au point le premier envoi à faire à Cotta en vue de notre nouvel ouvrage (1) ; je vous le porterai alors, pour avoir votre sentiment. Comme tout est prêt, et qu'il n'y a plus qu'à mieux ordonner de-ci de-là, j'aurai fait du chemin en une quinzaine.
L'esquisse dont je vous ai dit un mot dans ma lettre de samedi (2) me met de fort bonne humeur, car elle m'a permis déjà, en ce peu de temps, d'ouvrir un assez grand nombre de voies plus directes. Il se peut d'ailleurs qu'au bout du compte nous soyons tout bonnement ramenés à ce dont nous nous doutions de longue date, je veux dire que ce que nous pouvons savoir est bien peu de chose, et que toute la question est de le bien savoir. Ce travail m'a d'ailleurs conduit à un état d'esprit tel que je redouterais tout à fait de ne plus jamais apercevoir les Muses, si je ne savais par une longue expérience que ce3 filles au cœur généreux n'attendent que l'heure du berger pour venir s'offrir à leurs amants, avec une tendresse qui ne se dément pas.
Adieu ; je vais voir ce qu'il me sera possible de
(1) Les Propylées.
(2) Voir la lettre précédente.
ÎOS 16 JUILLET 1798
dérober à chaque journée prise isolément ; si cela ne fait pas un tout, cela fera peut-être pourtant un total. Faites mes amitiés à votre chère femme, et écrivez-moi lorsque les bettes auront levé (1). Faites-moi savoir aussi si l'édification de votre petit pavillon s'est bien passée. — Weimar, le 15 juillet 1798. — G.