‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805Chapitre 100 sur 199 · Gœthe a Schiller · texte numérisé non relu

Gœthe a Schiller

L'envoi joint à cette lettre fera voir à l'homme excellent que vous êtes avec quel entrain j'ai poussé devant moi mon tonneau (1) parmi toute l'agitation de ces derniers temps. Bienheureux ceux qui écrivent des contes de fées, car les contes de fées sont à l'ordre du jour (2). Voici que le landgrave de Darmstadt est entré à Eisenach avec deux cents chevaux, et les émigrés qui y résident menacent de se replier sur nous. Voici que le prince électeur d'Aschafïenburg est attendu à Erfurt. « Hélas ! pourquoi le temple ne se dresse-t-il pas sur le bord du fleuve? Hélas I pourquoi le pont n'a-t-il pas été bâti (3)? »

Parmi toutes ces féeries, nous sommes toujours, malgré tout, des hommes et des écrivains, et je souhaite donc que mon ouvrage ne vous déplaise pas. J'ai éprouvé une fois de plus à quel point la moindre chose devient sérieuse, sitôt qu'on veut la traiter en artiste. J'espère que les dix-huit personnages de ce petit drame seront accueillis avec faveur, comme autant d'énigmes, par les amateurs de devinettes.

Meyer fait ses malles, et vous nous verrez bientôt ;

(1 ) Allusion au tonneau de Diogène, familière à Gœthe.

(2) « A l'ordre du jour » est en français dans le texte.

(3) Citation empruntée au Conte de fées.

nous espérons bien que vous nous réservez plus d'un régal. — Weimar, le 26 septembre 1795. — G.

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