‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805Chapitre 118 sur 199 · Schiller a Gœthe · texte numérisé non relu

Schiller a Gœthe

Iéna, le 29 novembre 1795.

La lettre du prince Auguste m'a amusé. Surtout pour un prince, il a beaucoup d'esprit.

Ne pourrions-nous obtenir de ce prince la faveur de traduire, pour les Heures, la Religieuse de Diderot qui se trouve dans le journal manuscrit (1), et qui n'a pas encore été traduite, que je sache. C'est de là aussi qu'on a tiré Jacques le Fataliste, et la traduction a paru chez Unger, à Berlin. J'ai beau faire, quand il s'agit d'un prince, ma première pensée est toujours pour me demander s'il ne pourrait pas être bon à quelque chose.

Voici le numéro 7 que vous désirez.

J'attends pour cette semaine des exemplaires de YAlmanach des muses.

Si c'est possible, je voudrais bien faire régulièrement partie de votre coopérative weimarienne

(1) La Correspondance de Grimm, qui était rédigée pour la cour de Gotha, avait fait connaître en Allemagne divers inédit» de Diderot, notamment, de 1778 à 1780, Jacques le Fataliste, et, de 1780 à 1782, la Religieuse. Une traduction complète de Jacques le Fataliste avait paru à Berlin en 1792. Schiller avait traduit lui-même, de son côté, l'épisode de Mme de la Pommcraye.

d'abonnement aux revues, et en ce cas je pourrais fournir trois revues, soit Clio, soit les Annales européennes de Posselt, soit Flora. Si Ton recevait déjà ces revues, et qu'on ne voulût pas se désabonner, je paierais ma quote-part en argent.

A ce propos, il me revient à l'esprit que je dois encore un demi-carlin (1) au monsieur dont le nom finit en us (je ne sais pas les premières syllabes) qui a gravé pour moi le cachet des Heures. Auriez-vous la gentillesse de le régler en attendant?

La préface de Stolberg est vraiment une horreur. Tant de platitude élégante, d'impuissance prétentieuse, et cette dévotion affectée, — car il est de toute évidence que c'est pure affectation : aller célébrer Jésus-Christ jusque dans une préface à Platon !

Il y a une éternité que je suis sans nouvelles de Jacobi ; il aurait pu pourtant, ne fût-ce que par politessse, me donner signe de vie à propos de quelques poésies, que je lui ai communiquées, et que je ne lui ai communiquées que sur sa demande.

S'il ne vous a pas été possible de me retourner mon étude par le courrier de ce jour, ayez donc la bonté de la mettre à la poste mardi, sauf le cas où vous en auriez encore besoin. J'aimerais à l'envoyer à Humboldt. Je suis très anxieux de savoir ce que vous en pensez. Quand aujourd'hui je regarde en arrière, et que je vois jusqu'où j'ai eu la hardiesse de pousser mon chemin, sans guide, avec l'unique secours des principes qui découlent de l'ensemble de mon système, je prends une joie extrême à la fécondité de ces principes, et je me promets de leur faire rendre davantage encore dans l'avenir.

Le reste de l'étude, que je viens seulement de terminer, et qui traite de l'idylle, n'est pas encore

(1) Le carlin valait onze florins ou quatre écus de six livres. — Le monsieur en us se nommait Facius.

recopié. Vous le recevrez demain ou après-demain. Il y aura un appendice à l'étude, sous le titre : De la platitude et de l'enflure, — le double écueil du naïf et du sentimental ; il sera prêt en janvier (1). Je m'y amuserai à organiser une battue à travers le champ de notre littérature, et je soignerai tout particulièrement quelques-uns de nos bons amis, tels que Nicolaï et consorts. Adieu, bien cordialement. — Sch,

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