‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805Chapitre 134 sur 199 · Schiller a Goethe · texte numérisé non relu

Schiller a Goethe

Iéna, le 22 janvier 1796.

Voici un petit lot d'épigrammes. S'il s'en trouve dans le nombre qui vous déplaisent, dispensez-vous

(1) Die neuen Arkadier, livret de Vulpius (père de Christiane), musique de Sùssmeyr ; la première eut lieu le 2 février

tout bonnement de les faire copier. On va, dans la confection de ces petites farces, bien moins vite en besogne qu'on ne se l'imaginerait, parce qu'on n'y a pas, comme on fait quand il s'agit d'un travail un peu étendu, le bénéfice de la suite des idées et des motifs sentimentaux. Elles veulent à toute force garder leur titre initial à être considérées comme d'heureuses inspirations improvisées. Je doute donc fort que je parvienne, avec mon allure paresseuse, à vous devancer autant que vous le pensez ; car il n'est pas possible que les choses aillent longtemps ainsi, il faudra que je me décide à retourner à des sujets plus importants, et à attendre qu'il plaise aux épigrammes de s'offrir soudain. Pourtant, je m'engage à ne pas laisser partir à vide un seul courrier, si bien que, d'ici quatre à cinq mois, nous aurons fait passablement de chemin.

Les épigrammes que vous avez données à Y Almanach font fureur, comme je le constate par une expérience sans cesse réitérée, et auprès de gens dont le jugement n'a rien de déshonorant. Que YAlmanach parvienne à se frayer son chemin à Weimar, en dépit des émigrés (1) et de YHespérus, j'ai grand contentement à l'apprendre.

Voulez-vous me. permettre de vous donner l'ennui d'une petite commission ? J'aurais besoin de soixante -trois aunes de papier peint d'un beau vert, plus soixante-deux aunes de bordure ; je m'en remets tout à fait, pour le choix, à votre goût et à votre théorie des couleurs. Auriez-vous la bonté d'en charger M. Gerning, et surtout de donner ordre que la livraison soit faite sans faute d'ici six à huit jours?

Adieu. Amitiés de ma femme. — Sch.

(1) Un certain nombre d'émigrés français, renvoyés d'Érfurt, avaient été fort bien accueillis à Weimar par Charles-Auguste, ce que l'opinion publique supporta mal.

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