Goethe a Schiller
Je suis encore loin de compte pour notre recueil de petites poésies. Voici toujours ma contribution de cette semaine. Si nous voulons atteindre le chiffre que nous nous sommes proposé (1), il faudra bien que nous traitions aussi quelques-uns des sujets qui nous touchent personnellement du plu3 près, car, comme l'on dit, lorsque le cœur est plein, la bouche déborde sans effort, et, en outre, ce sera pour nous une magnifique occasion de révéler quelque peu au grand public, sous une forme plaisante, les secrets du cabinet de travail et du monde des journalistes ; bon motif à s'échauffer, pour plus d'un qui, autrement, eût laissé nonchalamment passer la chose, sans s'émouvoir.
Nous commençons ces jours-ci à être terriblement bousculés : on entreprend toujours plus qu'on ne peut achever. Adieu ; amitiés à votre chère femme. — Weimar, le 27 janvier 1796. — G.
(1) « Nous comptons, écrivait Schiller à Kôrner, en donner au înoins six cents, mais il faudra bien aller jusqu'à mille. »