‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805Chapitre 138 sur 199 · Schiller a Goethe · texte numérisé non relu

Schiller a Goethe

Iéna, le 27 janvier 1796.

La riche provision de xénies que vous m'avez envoyée m'a causé une très agréable surprise. Celles qui visent Newton vous trahiront, à coup sûr, ne fût-ce que par leur sujet, mais, étant donné qu'il s'agit d'une querelle scientifique, qui ne touche nominativement aucune personne vivante, je n'y vois nul inconvénient. J'ai souligné celles qui nous ont le plus agréablement divertis.

N'oubliez pas d'honorer de quelques xénies notre soi-disant (1) ami Reichardt. Je suis précisément en train de lire le compte-rendu qu'il a donné de nos Heures dans sa revue V Allemagne, que publie Unger ; il y a pris des libertés effrontées avec les Entretiens et avec quelques autres articles. Ceux de Fichte et de Woltmann sont cités tous deux à coup de larges extraits et comblés d'éloges. Notre cinquième numéro (le plus mauvais de tous) est présenté comme le plus intéressant que nous ayons publié, et il caresse avec une complaisance marquée les poésies de Voss, le Génie de Rhodes de Humboldt (2) et autres choses de même goût. Tout l'article est écrit sur un ton d'irritation qui réussit insuffisamment à se dissimuler. Le roman musical de Heinse, qui est sûrement à ses yeux l'œuvre capitale de la

(1) « Soi-disant », en français dans le texte. Reichardt, partisan déterminé des idées révolutionnaires françaises, faisait une guerre ouverte au conservatisme aristocratique du Goethe d'alors, tout en goûtant fort sa poésie, que, parfois, il mettait en musique, non sans succès. Les deux amis attaquèrent cruellement et injustement cet homme passionné et loyal. Goethe en eut du regret plus tard.

(2) D'Alexandre de Humboldt ; la pièce avait paru dans ce même cinquième numéro.

nouvelle littérature allemande (1), 8e voit gratifier d'un article immense, — mais que je n'ai pas encore lu.

Il faut absolument que, dans les Heures aussi, nous donnions une chasse impitoyable à ce Reinhardt, qui nous attaque sans le moindre motif, et sans aucun ménagement.

Ci-joint quelques nouvelles « échardes dans la chair » (2) de nos confrères. Choisissez là dedans ce qui vous agréera.

Adieu. Ma femme vous fait ses compliments les meilleurs. — Sch.

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