‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805Chapitre 141 sur 199 · Schiller a Gœthe · texte numérisé non relu

Schiller a Gœthe

Iéna, le 5 février 1796.

La collection grossit à merveille sous nos doigts. J'ai été content d'en trouver aussi qui sont d'allure politique parmi celles que vous m'envoyez : nous pouvons être si certains d'être infailliblement confisqués en tous pays insalubres, que je ne vois pas pourquoi nous ne nous donnerions pas la satisfaction de mériter aussi la saisie sous ce rapport. Vous en trouverez ci-joint quarante ou quarante-deux nouvelles, de ma plume ; j'en ai encore en réserve près de quatre-vingts, qui font un ensemble, et où il reste de menus détails inachevés. Reichardt est bien arrangé, mais cela ne suffît pas. Il faut empoigner aussi sa musique, puisque là aussi il prête le flanc à la critique : il n'est que trop juste qu'il soit traqué jusque dans sa dernière forteresse, puisqu'il a le premier porté la guerre sur le terrain où nous sommes légitimement chez nous.

Je suis très content d'apprendre que vous voulez vous atteler à quelques fragments de Cellini. C'est ainsi que vous vous mettrez le plus aisément entrain, car je suis d'avis que, partout où le sujet le permet, il vaut toujours mieux ne pas s'attaquer d'abord au début, qui est en règle générale ce qu'il y a de plus difficile et de moins substantiel. Vous ne me dites pas si je puis espérer quelque chose de vous pour le numéro 3 des Heures. Mais il faudrait que je l'eusse au plus tard d'ici trois à quatre semaines. J'en suis encore réduit à l'affreux Tourville (1). Je voudrais bien avoir le deuxième morceau de Properce dans la huitaine. Herder s'est excusé pour un temps indéfini. Je ne sais pourquoi il nous bat

(1) Le Chevalier de Tourville, de Gerber, paput dans les numéros 2 et 3 de 1796.

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froid, à moins qu'il ne soit vraiment accaparé par quelque autre travail.

C'est uniquement ma faute si les Heures du premier mois ne sont pas encore distribuées ; je n'ai expédié qu'il y a quatre semaines mon article, celui que vous avez lu ici. Il faut trois semaines pour le va-et-vient, et une pour l'impression. Les exemplaires seront sûrement ici demain, car j'ai depuis lundi celui qui m'a été envoyé par la poste aux lettres. La nouvelle composition typographique a meilleur aspect, et le papier plaira mieux.

J'attends les nouvelles parties du Meister avec la joie qu'on se promet d'une véritable fête. Avant que nous causions de l'ensemble, je compte prendre, de mon côté, une familiarité plus intime avec ce qui est dès à présent publié.

Kôrner m'écrit qu'il compte venir ici à la fin de mai, et y passer quinze jours ; c'est pour moi un grand bonheur. A vous aussi, sa présence à Iéna vous fera sûrement plaisir. Comme Schlegel doit venir également ce printemps, et comme Funk fera vraisemblablement à Iéna un séjour d'un mois, il y aura passablement d'animation chez moi.

Je vous enverrai pour Knebel, avec l'exemplaire des Heures que je joindrai à votre paquet, quinze louis d'or à titre d'avance. Comme le Properce doit faire au total moins de feuilles d'impression que je n'avais cru d'abord, cette somme, qui représente plus de la moitié du total des honoraires, sera convenablement décente.

Adieu. Ma femme vous envoie ses meilleurs compliments. — Sch.

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