Schiller a Gœthe
Iéna, le 11 juin 1796.
Les xénies que vous nous avez envoyées hier nous ont beaucoup plu : sans doute la haine y prédomine, mais la part de l'amour y est charmante. Je vais implorer ardemment les muses, pour qu'elles m'accordent de contribuer à mon tour. Faites, en attendant, bon accueil à ma Cérès, comme à ma première offrande poétique de l'année, et, si vous y trouvez quoi que ce soit qui vous choque, ayez la gentillesse de me le signaler.
J'espère vous envoyer les xénies vendredi prochain, recopiées. Je pense comme vous qu'il ne faut pas que nous allions jusqu'aux accusations criminelles, et que nous devons d'ailleurs quitter aussi peu que possible le terrain de la bonne humeur joyeuse. Les muses ne sont pas des bourreaux ! Mais il ne faut rien passer à ces messieurs.
Kôrner m'écrit qu'il a eu finalement la Victoire pour huit louis d'or, et qu'elle est donc à vous. Il vous envoie, lui et tous les siens, ses meilleurs compliments. Adieu. — Sch.
Herder m'a écrit hier, très affectueusement, et m'a envoyé Y Humanité (1). Il promet quelque chose pour les Heures et pour YAlmanach.
(1) Les tomes VII et VIII des Lettres sur l'humanité. I U