‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805Chapitre 159 sur 199 · Goethe a Schiller · texte numérisé non relu

Goethe a Schiller

Voici, cher ami, pas mal de choses. J'ai réduit cette partie de Cellini de cinq cahiers de mon écriture, que j'aime mieux supprimer : ils racontent son nouveau voyage en France, et, faute d'y trouver cette fois de l'ouvrage, son retour à Rome. Je n'y prendrai que de courts extraits, si bien que le prochain numéro pourra donner son emprisonnement au château Saint- Ange, dont j'abrégerai également le récit très circonstancié ; vous aurez ainsi au total, cette fois encore, quatorze ou quinze cahiers d manuscrit.

Je vous envoie en même temps l'idylle et la parodie. Et je vous retourne le spécimen d'impression.

Le poème est très bien venu : le présent et l'allégorie, l'imagination et le sentiment, le symbole et . sa signification s'y entrelacent parfaitement. J'aimerais bien l'avoir bientôt.

Le gros caractère me plaît beaucoup ; pourvu que vous trouviez un correcteur qui, avant l'impression, fasse disparaître, non seulement les fautes, mais aussi les lettres mal faites, écrasées, inégales, et qu'au moment de l'impression on donne le soin nécessaire à l'encrage et au reste, on n'y verra pas grande différence d'avec le précédent Almanach. Vous feriez bien de ne pas tarder à vous décider, caractère, papier et le reste, et de faire commencer tout de suite l'impression. Je vais hâter de mon mieux mes menues contributions. — Vous jugerez, M. Schlegel et vous, si le poème de Cellini sur sa prison vaut la peine d'une traduction. Je vous ai envoyé déjà dernièrement le sonnet ; vous l'intercalerez à l'endroit marqué. Et je vous demande de lire la plume à la main la portion de Cellini que je vous envoie : je n'ai pu la relire qu'une seule fois.

Je vais m'occuper des cuivres. Sitôt que je saurai qui les exécute, et ce qu'ils coûteront, je vous communiquerai ces renseignements.

Je fais une nouvelle lecture du septième livre du roman, et j'espère le faire partir jeudi. Il ne manque plus qu'une impulsion du dehors pour que le huitième soit achevé, après quoi nous pourrons passer à bon nombre d'autres choses.

J'ai une lettre de Meyer, toute pleine de détails sur la terreur et la confusion qui régnent en ce moment à Rome ; il doit être maintenant en route pour Naples.

Remerciez vivement Korner pour toute la peine qu'il a prise au sujet de la Victoire. Je tiens de plus en plus à cette œuvre ; elle est réellement inestimable.

J'ai lu comme vous les deux nouveaux volumes de Herder avec un vif intérêt. Le septième surtout me paraît parfait, vision, pensée et forme ; le huitième renferme certes plus d'une chose excellente, mais laisse du malaise chez le lecteur, et l'auteur ne s'est pas senti fort à l'aise en l'écrivant. Une sorte de réserve, un air de prudence précautionneuse, des circonlocutions et des ambages, des réticences voulues, une distribution parcimonieuse de l'éloge et du blâme, tout cela donne en particulier à tout ce qu'il dit de la littérature allemande un air extrêmement étriqué. Il se peut sans doute que cela tienne à mon état d'esprit du moment, mais je suis absolument d'avis que si Ton ne sait pas mettre à juger quoi que ce soit, écrits ou actes, une certaine ardeur de sympathie et quelque partialité d'enthousiasme, ce qui reste est si peu de chose qu'il ne vaut pas la peine d'en parler. Le plaisir, la joie, l'intérêt que l'on prend aux choses, il n'y a que cela qui soit réel, et qui crée à son tour de la réalité ; tout le reste est vain, et n'engendre que vanité. — Weimar, le 14 juin 1796. — G,

212 17 JUTN 1706

Page 1