‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805Chapitre 166 sur 199 · Schiller a Gœtke · texte numérisé non relu

Schiller a Gœtke

Iéna, le 27 juin 1796.

Merci de tout cœur pour votre envoi. Il me trouve en heureuse disposition, et j'espère m'y plonger avec délices, de toute mon âme.

Il y a toujours plus de tristesse que de satisfaction à prendre congé d'un travail long et important. La tension intellectuelle et sentimentale s'affaisse trop soudainement, et l'énergie ne parvient pas à s'appliquer immédiatement à un nouvel objet. Ce qu'il vous faudrait maintenant, c'est avoir à manier quelque chose, à travailler sur une matière vivante.

Des xénieSj je vous envoie par le messager ce qui est prêt. Il m'en reste environ quatre-vingts qui sont inachevées, et que vous recevrez par la messagère. Je suis précisément occupé à enrichir ces dernières, qui sont de l'espèce aimable, d'un certain nombre de nouvelles, que m'a suggérées une bouffée de bonne disposition d'esprit. J'ai maintenant l'espoir que la fin se présentera très bien. — - Parmi celles que je vous expédie, vous constaterez l'absence d'une centaine d'entre les récentes, que vous connaissez, et de quelques anciennes. Je vous dirai de vive voix pourquoi je les ai écartées. Barrez sans merci tout ce qui vous choquera, à quelque égard que ce soit. Nous en avons une si riche provision que nous pouvons y faire un choix sévère.

Ne faites rien écrire sur ce manuscrit de la main de votre Esprit (1). J'aimerais à l'envoyer à Hum-

(1) Le copiste de Goethe se nommait Geist, ce que les deux amis traduisaient plaisamment en Spiritus, esprit.

boldt, et il ne faut pas que la diversité des écritures puisse le mettre sur la piste des auteurs. S'il vous vient des titres, je vous prie de les noter au crayon.

Pour grossir la classe des xénies du type poétique et bienveillant, je serais heureux si vous vouliez bien vous promener un peu parmi les œuvres d'art antiques les plus importantes et les peintures italiennes les plus belles. Ce sont des figures qui sont toutes vivantes dans votre âme, et la chance d'une heureuse humeur d'esprit vous suggérera à propos de chacune d'elles quelque belle inspiration. Cette sorte de sujets vous convient d'autant mieux en ce moment que ce sont autant d'êtres individuels et concrets.

Adieu, jouissez de la vie et de votre œuvre accomplie. N'était cela, qui pourrait trouver au monde motif à joie?

Ma femme vous envoie ses compliments cordiaux, et soupire très fort après le huitième livre. — Se h.

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