Schiller a Goethe
Iéna, mercredi soir, 6 juillet 1796.
Je me proposais de consacrer cet après-midi à Meister et à vous, mais je n'ai pas eu un seul instant de liberté, et ma chambre n'a pas désempli de visites. En ce moment, tandis que je vous écris, les Kalb et les Stein (1) sont là, on ne tarit pas sur l'idylle, et j'entends quelqu'un dire « qu'elle contient des choses qui n'avaient encore jamais été énoncées par un mortel ». Pourtant, nonobstant tout son ravissement, la famille Kalb a été fortement scandalisée par le petit paquet que le héros, en allant s'embarquer, fait porter jusqu'au navire, et qu'elle estime être une grosse tache sur un chef-d'œuvre. Le poème est si riche, — et le héros se conduit comme un pauvre !
Vous pensez bien que cette critique m'a fait dégringoler du septième ciel. Elle était si inattendue, que j'ai cru qu'elle (2) parlait de tout autre chose. Mais je lui ai donné l'assurance que j'étais assez indifférent à ce genre de pauvreté, pourvu que l'autre genre de richesse fût là. Adieu. A vendredi la suite. — Sch.