Schiller a Gœthe
Iéna, mardi soir, 12 juillet 1796.
Mon petit monde continue d'aller aussi bien qu'on peut le souhaiter. Ma femme tient à nourrir ellemême, ce qui répond à mon propre désir.
Le baptême aura lieu jeudi. Si tout persiste à se passer aussi paisiblement que jusqu'à présent, j'aurai assez de sérénité pour lire une fois encore le huitième livre du roman à tête reposée, avant de vous le renvoyer.
Il est indifférent que le prochain morceau de Cellini soit, cette fois encore, un peu court. J'ai toutes sortes de choses possibles pour remplir la livraison.
Vous ne m'avez pas encore dit où en est l'affaire du dessin et de la gravure pour l'article de Hirt (2).
Je regrette vivement de ne pouvoir donner votre portrait dans VAlmanach de cette année. Il nous faut de toutes façons un embellissement artistique, et celui-là eût été le plus raisonnable. Comme je n'ai de goût pour la tête d'aucun autre personnage vi* vant, je vais tâcher d'avoir le portrait d'Uz, qui vient de mourir (3). Nous aurons ainsi un air de bienséance et d'honnêteté (4), en rendant cet hommage à un homme de l'ancien temps. Peut-être pourriez-vous, par Knebel, m'aider à l'obtenir. Je
(1) Le manuscrit porto « juin », par un lapsus évident.
(2) Voir ci-dessus la lettre 165.
(3) Le vieux poète Uz était mort le 12 mai à Ansbach. ('i) « Honnêteté », en français dans le texte.
paierai volontiers le prix que pourra coûter une peinture ou un dessin.
Portez-vous aussi bien que possible. Ma femme vous envoie ses meilleurs compliments. C'est Mme Charlotte (1) qui tiendra l'enfant ; grande affaire pour elle, et elle s'est montrée fort surprise de ne pas le faire en votre compagnie, d'autant que le petit s'appelle Wilhelm, entre autres prénoms. Adieu. — Sch.