‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805Chapitre 186 sur 199 · Gœthé a Schiller · texte numérisé non relu

Gœthé a Schiller

J'ai reçu de Meyer deux lettres qui me tranquillisent : il s'est retiré à Florence avec un compatriote à lui ; il est de bonne humeur et se porte bien ; il étudie les ouvrages de Cellini, et est plein d'enthousiasme pour les œuvres des vieux Florentins.

Ci-joint un billet que je vous prie de ne montrer à personne ; si j'apprends quelque autre nouvelle, je vous en ferai part. Il semble que Francfort ait souffert plus qu'on ne pouvait s'y attendre.

On recopie le roman avec zèle. J'espère expédier mercredi prochain la grande moitié. Je suis très content d'en être là, et ravi d'avoir l'aide de votre jugement : dans les circonstances présentes, j'aurais peine à trouver le recueillement et l'intensité d'attention nécessaires. Adieu. — Weimar, le 22 juillet 1796.

Le 23. — - Voici encore quelques nouvelles.

La Saxe électorale se dispose à établir un cordon.

Les Français ont bousculé les Autrichiens près de Gmùnden, et n'étaient donc plus qu'à cinq milles de Wurzbourg. Ils doivent y être à l'heure qu'il est, et y avoir trouvé des magasins énormes et une masse de trésors qu'on y avait mis à l'abri.

Tous les renseignements s'accordent à donner les contingents saxons comme étant en retraite. Les Autrichiens se retirent derrière le Danube. Wurzbourg doit fournir douze mille chevaux qui seront expédiés à l'arrière.

Le Wurtemberg traite et a, dès à présent, son

(l) Dalberg, qui eut, plus tard, la brillante destinée qu'on sait, n'était encore que coadjuteur des évêchés de Maycnce, de Worms et de Constance. Il était lié d'amitié avec Goethe et Herder,

armistice. Marmheim est perdu, ou peu s'en faut. La cour impériale appelle 30 000 hommes de Bohême et de Galicie.

Francfort a perdu 174 maisons, paiera 8 millions de livres en argent, un million et demi en drap et en fournitures et des vivres en masse ; moyennant quoi aucun habitant ne sera molesté sans jugement et sans motif.

Telles sont, à peu près, les consolantes nouvelles qui parviennent de divers endroits et des divers points de l'horizon. Quant à ce qu'il adviendra de nos régions, l'unique question est de savoir s'il y aura moyen de gagner du temps. On sera en tout cas en mesure de tenir tête à un premier assaut et à une pointe. Le fait que le roi de Prusse est à Pyrmont et que nous avons donc toute prête la ressource suprême, que lui-même et le landgrave de Hesse ont évidemment tout intérêt à s'entremettre pour obtenir la paix à l'électorat de Saxe (1), que les Français auront bien assez à faire de donner la chasse aux Autrichiens par la Franconie, la Souabe et la Bavière jusqu'en Bohême, et de venir à bout d'eux sur leur propre territoire, tout cela réuni nous permet de garder quelque espoir, à moins que cet espoir, comme tant d'autres, ne soit destiné à s'évanouir.

Je n'ai encore aucune nouvelle de ma mère ; elle habite sur la grand'place, où se trouve le corps de garde, face à la Zeil, et elle a donc eu sous les yeux tout le demi-cercle de la ville qui a été atteint par le bombardement.

Entre temps, j'ai continué à pousser devant moi mon tonneau. A mesure qu'avance la copie du roman, j 'ai tâché de donner satisfaction aux différents desiderata, avec quel succès, vous en jugerez

(1) Le roi de Prusse avait spontanément écrit au duc de Saxe-Weimar pour lui offrir sa médiation et le décider à la neutralité.

vous-même. Adieu. — La nouvelle relative au coadjuteur n'est guère vraisemblable ; il disposait d'assez de temps et d'espace pour se retirer sur Ulm ; il semble même que le corps de Condé, qui était à Fribourg, ait trouvé le moyen de s'échapper. Ce que je viendrai à apprendre, vous ne manquerez pas de le savoir. — G.

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