‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805Chapitre 189 sur 199 · Goethe a Schiller · texte numérisé non relu

Goethe a Schiller

Vous avez très souvent, vous-même et d'autres amis, exprimé le désir que nos acteurs pussent de temps à autre aller jouer à Iéna ; voici qu'il s'offre une occasion qui nous permettrait de vous les expédier de Lauchstâdt (2) ; après quoi, une fois que le théâtre aurait été mis en état, il va de soi que l'institution prendrait un caractère normal. Dites-moi donc un peu où en sont les esprits, et tâchez surtout de mettre les femmes en branle.

(1) L'article de Kant, « Sur un air de distinction qu'on s'est donné récemment en matière de philosophie », avait paru dans la Berlinische Monalschrift ; i lvisait Schlosser, le beaufrère de Gœthc.

(2) Ville d'eaux proche de Halle; la troupe de Wcimar alla fréquemment y donner des séries de représentations.

Le duc (soit dit entre nous) s'en est remis à moi de toute l'affaire ; on en a, par politesse, référé à Gotha, qui n'a pas d'objections, mais je ne puis ni ne veux rien pousser sans un avis favorable de l'Université. Toutefois, je compte ne faire porter la question par le prorecteur devant le Sénat que le jour où je serai sûr d'avoir une majorité. Faites donc en sorte que vos amis et connaissances s'emploient activement à vanter l'intérêt d'une pareille nouveauté, et dites-moi bientôt votre impression.

Je voudrais bien avoir la Mère coupable, pour très peu de temps ; si vous l'avez encore entre les mains, ou si vous pouvez vous le procurer très vite, M. Kirms (1), qui vous remettra ce mot, pourra l'emporter ce soir.

Ci-joint une lettre de ma mère (2).

Dites-moi comment vont les vôtres.

Avec tout cela, tout est dans un tel état de confusion et d'agitation, qu'on ne peut guère attendre que d'un don miraculeux du ciel l'état d'esprit esthétique qui serait indispensable pour achever la mise au point du roman telle que nous la souhaitons. Pourtant, ne désespérons pas de cela non plus. Adieu. — Weimar, le 28 juillet 1796.

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