Gœthe a Schiller
J'espère arriver à Iéna demain matin vers dix heures avec Meyer et passer auprès de vous quelques journées agréables (3). Je souhaite de vous trouver en parfaite santé. — Weimar, le 1er novembre 1794, — G.
Iéna, le 16 novembre 1794.
Cet horrible temps, qui glace tous les sens, m'a fermé depuis une semaine à tout ce qu'on nomme la vie ; aujourd'hui que je me réveille de cet engourdissement et que je reviens à moi, c'est comme si je vous retrouvais après une longue séparation. J'ai un besoin intense de recevoir de vous un signe amical d'existence. Pour que vous ayez près de vous quelque chose qui de temps à autre me rappelle à votre souvenir, trouvez pour le portrait que je vous
(1) Ou ne sait ce que c'est.
(2) Elle ne fut jamais achevée; on en possède les fragments.
(3) Ils restèrent à Iéna du 2 au 6 novembre.
envoie (1) une place, quelle qu'elle soit, dans votre maison, — pourvu que ce ne soit pas le coin où vous avez enterré le portrait de Reinholdi.
Je vous retourne aussi, selon votre désir, les Elégies et le livre de Stolberg, avec tous mes remerciements. J'ai expédié avant-hier au libraire le premier manuscrit des Heures. Je lui ai écrit qu'il pouvait compter sur le reste du premier numéro d'ici quinze jours.
Je vous prie de me rendre pour une quinzaine la comédie, la Veuve (2), que vous avez emportée l'autre jour. Elle doit paraître dans la Thalia, et on vous la renverra imprimée, si vous avez l'idée d'en faire usage.
J'ai attendu impatiemment cette semaine un manuscrit de Meyer (3). Voulez-vous bien lui rafraîchir la mémoire? M. de Humboldt se met en route samedi prochain pour Erfurt (4).
Nous nous rappelons tous à votre affectueux souvenir. — Sch.