Schiller a Gœthe
Iéna, le 6 décembre 1794.
A l'instant où je quitte mon lit, je reçois votre paquet, ce qui me fait grand plaisir et me tire d'inquiétude. Je vais m'ettquérir de mon mieux aujourd'hui même touchant l'histoire de fantômes. Je n'ai, pour ma part, rien lu à ce sujet, ni rien entendu raconter.
Fichte m'a promis pour d'ici huit jour6 le quatrième article de notre premier numéro : il a tout prêt dans ses papiers de quoi l'écrire rapidement. Le chargement sera donc complet, et. comme l'Avertissement sera imprimé et paginé à part, nous aurons même surcharge. Si, tandis qu'on imprime le numéro un, vous pouviez terminer la seconde partie des Entretiens^ l'imprimerie pourrait se mettre immédiatement à composer la seconde livraison. Pour celle-ci, nous aurons votre deuxième Epître, la suite des Entretiens, la suite de mes Lettres et le Siège d? Anvers, ce qui, je pense, sera suffisant.
Cotta désire très vivement que les articles soient signés. On pourrait, me semble-t^il, lui donner satisfaction, sous cette réserve que les articles resteraient anonymes quand l'auteur préférerait n'être pas nommé. Pour vos Elégies, auxquelles nul lecteur ne pourra se méprendre s'il n'est totalement dénué de jugeote, la signature sera parfaitement super* flue. Quant aux Entretiens, si vous aimez mieux, soit n'être pas nommé du tout, soit signer simplement d'un G., ayez la bonté de me le faire savoir par votre
prochaine lettre. Au reste, les noms ne seraient pas imprimés au bas des articles ; ils seraient simplement portés au sommaire.
L'affaire des comptes-rendus de notre revue à paraître dans la Gazette littéraire est enfin arrangée : elle publiera tous les trois mois un compte-rendu détaillé. Mais notre premier numéro sera recensé longuement dès la première semaine de janvier. Cotta paiera les comptes-rendus, qui seront rédigés par des membres de notre groupe. Nous pourrons donc nous y étendre à notre aise, en long et en large, et nous n'aurons pas grand mérite à aller jusqu'à ennuyer les autres et nous ennuyer nous-mêmes, car il faut bien toujours, qu'on le veuille ou non, en donner à garder au public.
Mon état de santé est redevenu aujourd'hui très supportable, et je vais me mettre tout de suite à l'Avertissement. Tout à vous. — Sch.