‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805Chapitre 38 sur 199 · Gœthe a Schiller · texte numérisé non relu

Gœthe a Schiller

C'est au sujet du vieux Obereit (1) que je vous écris encore ces quelques lignes. Il paraît être dans une affreuse détresse. J'ai pour lui vingt écus, que je vous enverrai samedi. Voulez-vous bien, en attendant, lui avancer quelque chose? Puis-je vous demander de garder la somme par devers vous, et de la lui verser petit à petit, car c'est un outil qu'il ne saura jamais manier. Adieu. Mon troisième livre (2) est terminé, et tout semble annoncer que je pourrai vous voir en pleine sérénité d'esprit après le jour de Tan. — Weimar, le 25 décembre 1794. — G.

(1) Obereit, vieux théosophe, qui, au terme d'une existence vagabonde et bizarre, habitait Iéna.

(2) De Wilhelm Meister.

Iéna, le 2 janvier 1795.

Tous mes vœux les meilleurs pour la nouvelle année, et encore une fois merci de tout cœur pour l'année écoulée qui, par votre amitié, m'est entre toutes précieuse et inoubliable.

Je l'ai achevée dans une fièvre de travail, et, pour terminer quelque chose avant votre venue, j'ai mis les bouchées doubles ces jours-ci. J'en ai fini, et je pourrai vous le montrer lorsque vous

serez la.

UEpître, dont je vous remercie sincèrement, est encore entre mes mains : comme l'article qui doit venir après elle n'était pas encore prêt, je n'ai pas voulu l'expédier toute seule. D'ailleurs, il y avait moins d'urgence, car on m'a réclamé encore de la copie pour le premier numéro des Heures, l'article de Fichte ne suffisant pas à le remplir, si bien que l'apparition de ce numéro se trouve retardée de quinze jours.

M. Meyer ne m'en voudra pas d'avoir envoyé à la composition, pour le premier numéro, une partie de son article (1), sans sa permission expresse. Il n'était

(1) L'article de Meyer, dont il a été question déjà dans la lettre 24, parut seulement dans la deuxième livraison des Heures.

plus possible de lui soumettre les retouches que j'y ai apportées, parce que c'était jour de courrier, et qu'il y avait urgence extrême à l'expédier. Mais je crois pouvoir lui donner l'assurance qu'il en sera satisfait, car les changements que j'y ai introduits portent uniquement sur la forme extérieure. L'article m'a beaucoup plu, et il fera honneur aux Heures : il est si rare qu'un homme comme Meyer ait l'occasion de faire des études d'art en Italie, ou que celui qui en a l'occasion ait la valeur de Meyer !

Je n'ai pas lu l'ode de Klopstock dont parle votre lettre (1) ; si vous l'avez encore, veuillez l'apporter. Le titre à lui seul donne à penser ce que cela peut être.

J'attends avec bien de l'impatience la suite de Meister, que vous aurez également la bonté d'apporter, et je suis plus prêt que jamais à y trouver mon plaisir, car j'ai faim et soif de personnages vivants.

Si seulement vous consentiez à nous donner la joie d'entendre quelques scènes du Faust! Mme de Kalb, qui en sait plus que nous, nous en a mis dernièrement l'eau à la bouche, et je ne sache rien, par tout l'univers poétique, qui pût à présent me rendre plus heureux.

Je me charge de vos commissions pour Obereit. En ce moment, il lui reste de quoi vivre, parce qu'on lui a envoyé de l'argent de Meiningen. Il sera nécessaire de prendre sur vos quatre louis d'or de quoi le vêtir, surtout pour lui permettre d'accepter des invitations à dîner, ce que son cynisme tout philosophique lui a interdit jusqu'à présent.

J'espère qu'il ne se passera plus que peu de jours que je ne vous voie en personne, ou que je n'apprenne du moins la date de votre venue.

(1) La lettre de Goethe e6t perdue, et l'on ignore de quelle

o<l< i! s'agit.

Tout le monde vous envoie ses meilleurs compliments. — Sch.

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