‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805Chapitre 53 sur 199 · Schiller a Gœthe · texte numérisé non relu

Schiller a Gœthe

Iéna, le 1er mars 1795.

Je vous envoie, pour commencer, quatre exemplaires des Heures, et je vous prie d'en remettre un au duc. Les autres suivront.

La critique de Jacobi ne m'a pas surpris le moins du monde : il est fatal qu'un tempérament comme le sien soit froissé par la vérité sans ménagements avec laquelle vous peignez la nature, tout comme il est fatal que vous, tel que vous êtes, vous lui donniez cette occasion de froissements. Jacobi est de ceux qui, dans une œuvre poétique, ne cherchent que leurs propres idées, et qui tiennent ce qui doit être pour supérieur à ce qui est ; la raison du litige se trouve donc dans les principes qui sont au début de tout, et il est absolument impossible qu'on s'entende.

Sitôt qu'un homme me laisse voir que, dans les œuvres poétiques, il attache à quoi que ce soit plus d'importance qu'à la logique interne et à la vérité, cet homme ne compte plus pour moi. Sans doute, s'il pouvait vous prouver que l'immoralité de vos peintures ne dérive pas de la nature de votre matière et que la façon dont vous l'exécutez est l'effet de votre libre choix arbitraire, vous en porteriez évidemment la responsabilité, mais alors ce serait parce que vous auriez failli aux yeux du tribunal esthétique, et non du tribunal moral. Mais je serais curieux de voir comment il s'y prendrait pour faire cette preuve.

Voici qu'une visite vient m'interrompre, et je ne veux pas retarder le départ du paquet.

Weisshuhn sort de chez moi. Il se fera inscrire demain. — Adieu, — Sch.

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