Schiller a Goethe
Iéna, le 25 mars 1795.
J'ai reçu aujourd'hui une nouvelle lettre qui réitère la proposition récemment faite par Tubingue, en offrant en outre de me dispenser de toutes fonctions publiques et de me permettre de donner à ma guise aux étudiants ce qu'il me plaira, etc. Bien que je n'aie rien changé à ma décision première et que je ne songe guère à y rien changer, je ne m'en suis pas moins trouvé amené à faire à ce propos de sérieuses réflexions quant à l'avenir, qui m'ont convaincu de la nécessité de m'assurer quelque sécurité pour le cas où l'état de ma santé, en s'aggravant, m'interdirait le travail de la plume. J'ai donc écrit à M. le conseiller privé Voigt (1), et je lui ai demandé d'obtenir de notre seigneur et maître l'assurance qu'en cette extrémité mes appointements seraient doublés. Si l'on m'accorde cette sécurité, j'espère bien y avoir recours le plus tard possible, et peutêtre jamais ; mais les inquiétudes que me cause
(1) Ministre à Weimar,
l'avenir s'en trouveront apaisées, et c'est tout ce que je puis demander pour le moment.
Comme il est possible que vous entendiez parler de cette affaire et que vous pourriez risquer de n'y rien comprendre, j'ai cru bien faire en vous en informant d'un mot.
Nous vous attendons impatiemment pour dimanche prochain (1). Amitiés de tous. — Sch.