Schiller a Goethe
Monsieur,
La feuille jointe à cette lettre vous porte le vœu formé par un groupe d'hommes qui a pour vous une considération sans bornes, d'obtenir, pour la revue dont il s'agit (1), la faveur d'une collaboration dont il va de soi que nous estimons tous également la qualité et le prix. Si vous acceptez de donner à cette entreprise l'appui de votre nom et Je votre personne, vous en assurerez l'heureux mccès, et nous souscrivons d'avance avec empressement à toutes les conditions que vous mettrez i votre consentement.
(1) La revue Die Horen (les Heures). La publication en avait ete décidée, le 7 juin, dans une conférence à laquelle .rirent part Schiller, Fichte, K.-L. Woltmann (alors promeut d histoire à l'Université d'Iéna) et Guillaume de iumboldt. Le prospectus fut rédigé le 13 juin. Le titre laçait la nouvelle revue sous l'inspiration des trois sœurs ivines, des trois Heures, filles de Thémis et de Zeus : Eunoua, la belle ordonnance ; Dike, la justice ; Eirene, la paix
Ici, à Iéna, MM. Fichte, Woltmann et de Humboldt se sont associés à moi pour la publication de cette revue. Nous avons jugé nécessaire que tous les manuscrits qu'on nous proposerait fussent remis à l'examen d'un comité peu nombreux. Nous vous aurions une infinie gratitude si vous vouliez bien nous permettre de soumettre de temps à autre à votre jugement tel ou tel d'entre les manuscrits qui nous parviendront. Plus vous ferez grande et intime la part que vous prendrez à notre entreprise, plus elle aura de prix aux yeux de cette portion du public à l'estime de laquelle nous attachons la plus haute importance. Je demeure, avec un entier respect, votre obéissant serviteur et très sincère admirateur. — Iéna, le 13 juin 1794. — F. Sch.